Abo

États-UnisPermettre aux médecins de refuser des patients LGBT ? La Floride réfléchit aussi à ça…

Par Tessa Lanney le 13/04/2023
Ron De Santis, gouverneur de la Floride

L'État américain dirigé par Ron De Santis poursuit son escalade discriminatoire envers la communauté LGBTQI+. La Chambre des représentants de Floride examine désormais un projet de loi qui accorderait aux médecins une clause de conscience leur permettant de refuser de soigner un patient si celui-ci n'est pas en phase avec leur vision des mœurs.

Imaginez un épisode de Grey's Anatomy se terminer abruptement au bout de dix minutes parce que le médecin refuse de soigner son patient gay. En Floride, ce scénario pourrait devenir réalité. L'État du sud-est américain envisage en effet un projet de loi, le House Bill 1403, relatif "aux protections de la conscience médicale" et qui donnerait le droit aux médecins et aux compagnies d'assurance – qui financent les traitements médicaux – de "soigner les patients conformément à leurs principes moraux, éthiques, et convictions religieuses" et, quand ils refusent des soins selon ces principes, de ne pas être attaquables pour discrimination.

À lire aussi : Dix ans après La Manif pour tous, les petits Barjot de sœur Frigide…

Concrètement, c'est donc bien d'une autorisation de discriminer selon ses principes moraux ou religieux dont il est ici question. "Vous pouvez facilement imaginer comment cela pourrait être utilisé comme arme contre la communauté LGBTQ+, mais cela pourrait également être employé contre l'avortement, la contraception ou toute autre procédure médicale", s'est indignée lors d'un point presse Fentrice Driskell, cheffe de file de l'opposition démocrate à la Chambre des représentants de Floride, ce lundi 10 avril après l'approbation du texte par la commission de la santé et des services sociaux de l'assemblée, concluant : "C'est dangereux, c'est discriminatoire, ce n'est pas bien pensé et cela aggravera la qualité des soins de santé déjà coûteux des Floridiens".

La Floride fer de lance de la croisade anti-LGBT

Le texte doit désormais être examiné par l'ensemble des élus de la Chambre. Il s'inscrit dans la lignée de l'offensive réactionnaire lancée dans cet État à majorité conservatrice et dirigé par Ron De Santis, principal concurrent de Donald Trump dans le camp réac en vue de la prochaine présidentielle aux États-Unis. Depuis l'adoption de sa loi "Don't say gay" interdisant d'évoquer dans les écoles les sujets d'orientation sexuelle ou d'identité de genre, le gouverneur issu du parti Républicain n'a pas rendu les armes, au contraire : Ron De Santis a d'ores et déjà dégainé de quoi élargir la LGBTphobie d'État dans les écoles et priver les élèves d'éducation à la santé sexuelle, interdire aux élèves et aux enseignants d'utiliser un pronom "qui ne correspondrait pas au sexe de la personne", et il s'en est même pris à Disney World, jugeant la firme de Mickey trop LGBTfriendly.

Bref la Floride se pose en phare LGBTphobe dans un pays qui ne manque pas d'imagination de ce côté. Ainsi, le groupe américain de défense des droits LGBTQI+ Human Rights Campaign suit l’avancement de plus de 470 projets de lois LGBTphobes à travers le pays lancés en 2023. "Plus de 190 de ces projets de loi restreindraient spécifiquement les droits des personnes transgenres, le plus grand nombre de projets de loi ciblant les personnes transgenres en une seule année à ce jour", vient d'annoncer l'organisation. Ce type de propositions essaime d'ailleurs dans le monde entier, jusqu'en France où, emboîtant le pas à Éric Zemmour, le Rassemblement national vient de lancer une offensive contre une soi-disant "propagande LGBT" à l'école. Une rhétorique reprise à des experts en la matière tels Vladimir Poutine, Viktor Orbàn en Hongrie ou désormais, donc, Ron De Santis, en bonne voie pour devenir le réac en chef du monde libre…

À lire aussi : De Poutine à l'extrême droite française : le vrai lobby LGBTphobe

À lire aussi : Contre "la propagande LGBT", le RN organise le lobby réac au Parlement

Crédit photo : Octavio Jones / Getty Images via AFP