santéChemsex et prévention : l'Assemblée demande des moyens au gouvernement

Par Nicolas Scheffer le 01/04/2025
L'Assemblée nationale.

À l'initiative de la députée du Nord Brigitte Liso, une résolution réclamant au gouvernement la mise en œuvre d'une politique nationale de prévention contre les risques liés au chemsex a été votée à l'unanimité.

Mieux vaut tard que jamais. L'Assemblée nationale a voté ce lundi 31 mars une proposition de résolution, émanant de la députée du Nord Brigitte Liso (Renaissance), qui réclame à l'État la mise en œuvre d'une "politique nationale permettant de lutter efficacement contre les dangers sanitaires et sociétaux (risque épidémiques VIH/VHC et désinsertion sociale) et les risques individuels du « chemsex »". Objet d'un consensus transpartisan, le texte, qui a fait l'unanimité des 96 députés votants, n'est pas contraignant : une résolution parlementaire n'a pas d'autre valeur que de donner l'avis de l'Assemblée sur un sujet.

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"Après quatre années à essayer de mobiliser les acteurs publics, nous espérons qu'enfin, les problèmes liés aux chemsex soient pris en compte. Nous voulons améliorer la prévention et l'information sur cette pratique", plaide Brigitte Liso auprès de têtu·. Et la députée de souligner : "Il s'agit d'un enjeu de santé publique majeur qui est délicat à aborder car il relève de la sexualité, d'illicite et de l'intime. Pour autant, cela ne doit pas être une excuse pour ne pas agir car 100.000 à 200.000 personnes sont concernées par cette pratique."

Le gouvernement face au chemsex

"Sans intervention résolue de l'État en la matière, la situation risque de devenir incontrôlable et poser un problème de santé publique majeur", alerte la résolution, qui demande "une action plus rapide et résolue de l'État, sur le plan logistique, humain et financier" et "invite" le gouvernement à plusieurs actions dont notamment l'établissement d'un "état des lieux épidémiologique précis" du chemsex, l'information et la formation "de l'ensemble des personnels appelés à être en contact avec les « chemsexeurs »", l'accompagnement des "associations et structures de terrain en première ligne" et la mise en place de campagnes de prévention et de réduction des risques.

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En juin 2021, dans une interview à têtu·, le ministre de la Santé de l'époque, Olivier Véran, s'était montré conscient de l'enjeu : "Le phénomène du chemsex est inquiétant, les substances concernées sont extrêmement dangereuses et addictives, donc le risque est majeur." Pour y faire face, reconnaissait-il, "la réduction des risques est la seule méthode de santé qui vaille". Commandé dans la foulée par le ministère de la Santé, le rapport "Chemsex" du Pr Benyamina avait déjà formulé en mars 2022 des recommandations en termes de prévention et de réduction des risques associés, mais sans être suivi de grands effets. "On ne peut pas dire que rien n'est fait, même si c'est peu, soutient Brigitte Liso. Des initiatives locales et des actions associatives sont financées, comme Le Lounge, un espace géré par Aides pour accompagner et rencontrer des chemsexeurs, inauguré fin 2023."

Au cours de la discussion du texte, l'actuel ministre de la Santé, Yannick Neuder, a annoncé que ces initiatives expérimentales testées dans six villes seraient pérennisées "sous réserve d'une dernière évaluation définitive positive", reconnaissant leur valeur : "Ces centres ont la capacité de développer des parcours complets de prévention, de réduction des risques et de prise en charge pour les personnes pratiquant le chemsex qui représentent environ 40 % de leur file active." Le ministre a par ailleurs annoncé pour septembre le renouvellement de la feuille de route gouvernementale en matière de santé sexuelle.

Guerre à la drogue vs. prévention

Il n'a en revanche pas été question de moyens supplémentaires. Pour le budget 2025, la députée Liso était parvenue à débloquer une enveloppe de 300.000 euros dédiée à la prévention des risques liés au chemsex, mais celle-ci n'a finalement pas été reprise dans le budget en cours, et le ministre ne s'est pas exprimé sur ce point. "J'utiliserai tous les moyens à ma disposition pour obtenir les moyens supplémentaires, même minimes", assure-t-elle. Et les besoins sont énormes : davantage de place dans les services d'addictologie, une meilleure connaissance scientifique du phénomène, une meilleure information des services non spécialisés et de la coordination pluridisciplinaire…

Las, face à la drogue, le gouvernement a surtout choisi de mettre les moyens dans la répression, dans la droite ligne de Gérald Darmanin (Justice) et de Bruno Retailleau (Intérieur). Ainsi, ce dernier a encore fait diffuser en février un nouveau clip visant à culpabiliser les usagers. "La campagne culpabilisatrice de Bruno Retailleau a coûté plusieurs millions d'euros, voire une dizaine de millions d'euros. Certes, nous allons, en face, mettre en place une campagne de prévention sur les enjeux du chemsex, mais celle-ci ne sera pas dans les mêmes proportions et pas à la hauteur des enjeux", grince une source ministérielle.

"Culpabiliser les gens, c'est les mettre hors du soin et les contraindre à se cacher pour échapper à la police. Dans le cadre du chemsex, la pénalisation tue, car lors d'un malaise, les usagers hésitent fréquemment à appeler les secours de peur de voir arriver des forces de l'ordre", alerte la sénatrice écologiste Anne Souyris dans une interview à têtu·. Pour réduire les risques liés à la consommation de drogue, il est plus que temps de changer de paradigme.

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Crédit photo : Telmo Pinto / NurPhoto via AFP

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