cinéma"Slow", ou quand l'asexualité bouscule les clichés hétéronormatifs

Par Timoté Rivet le 31/07/2025
Slow_film Marija Kavtaradze

Entre le drame romantique et le documentaire pédagogique, le deuxième film de Marija Kavtaradze, propose une plongée intime dans la vie d'un couple hétérosexuel qui voit ses repères amoureux bouleversés lorsque l'un des deux annonce son asexualité. 

Forte d’un premier film récompensé à trois reprises par l’Académie du cinéma lituanienne, Marija Kavtaradze poursuit son ascension avec Slow, sur nos écrans ce mercredi 6 août. Le film suit Elena (Greta Grineviciute), professeure de danse contemporaine qui s’apprête à dispenser un cours de danse à des adolescents atteints de surdité. En plein échauffement, elle fait la rencontre de Dovydas (Kestutis Cicenas), charmant interprète en langues des signes. Le coup de foudre est immédiat. Au gré des moments qu’elle passe avec lui, l’amour s’accroît et le désir émerge. Mais alors qu’elle tente un rapprochement physique, Dovydas lui révèle : "Je suis asexuel."

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Déconstruire l’hétéronormativité 

Bien que la relation entre les protagonistes soit trop précipitée et semble sauter des étapes, le film séduit par la douceur singulière qui émane de ce couple hors norme. Leur alchimie crève l’écran, et apporte une remise en question pertinente des modèles traditionnels de l’amour. La vision hétéronormée d’Elena, qui place le besoin physique au centre du couple, est bouleversée par l’asexualité de son compagnon. L’incompréhension et la frustration apparaissent. Pourquoi ne ressent-il pas de désir pour elle alors qu’il prétend l’aimer ? Est-ce parce qu’elle n’est plus désirable ? Et pourquoi se masturbe-t-il s’il est asexuel ? Une fracture s’opère : lui veut tisser une relation différente des principes hétérosexuels qui lient l’amour à la sexualité et donc à l’envie charnelle ; tandis que pour elle, l'attirance sexuelle est une preuve d’amour et elle cherche ainsi à être désirée. `

Slow nous plonge ainsi dans l’intimité d’un couple qui tente de conjuguer deux visions de l’amour diamétralement opposées. Au fil des scènes où discussions et silences s’entremêlent, les croyances s’effacent, mais les normes persistent et les tensions s’accumulent. Et si l’on s’attendait à une morale claire qui exposerait la "bonne manière" d’être ensemble, le film surprend une nouvelle fois en laissant entrevoir une autre possibilité : celle de construire à deux une forme d’amour unique qui échappe aux cadres établis. Une manière de danser autrement.

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