Le maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau, est accusé d'être au cœur d'un chantage homophobe visant son ancien premier adjoint. Son procès s'est ouvert ce lundi au tribunal correctionnel de Lyon.
Chantage, association de malfaiteurs, détournement de fonds publics… Le tribunal correctionnel de Lyon commence l'examen, ce lundi 22 septembre, des lourdes charges qui s'élèvent contre le maire de Saint-Étienne, Gaël Perdriau. L'élu de 53 ans, exclu du parti Les Républicains (LR), est accusé d'avoir organisé en 2015, sur fonds municipaux, un kompromat homophobe visant Gilles Artigues, qui était alors son premier adjoint. Dans le cadre de son procès, le maire, qui risque une peine de prison assortie d'inéligibilité, dénonce une instruction "à charge", à quelques mois des élections municipales de mars 2026.
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Malgré les poursuites et la perte de confiance au sein de son propre camp, Gaël Perdriau compte se présenter à nouveau devant le jugement des électeurs l'année prochaine. D'ici-là, il pense pouvoir être blanchi : "J'ai besoin d'être débarrassé de cette épée de Damoclès", a-t-il déclaré à l'AFP avant l'ouverture de son procès, qualifiant l'affaire de "campagne de [s]es opposants".
En août 2022, Mediapart avait révélé le complot homophobe : Gilles Artigues a été filmé à son insu, en janvier 2015 alors qu'il était dans une chambre d'hôtel, accompagné d'un travailleur du sexe (TDS). Cette vidéo aurait été utilisée pour organiser un chantage politique contre le premier adjoint, catholique opposé au mariage pour tous, dont les valeurs affichées seraient en désaccord avec son orientation sexuelle.
"Tenir" le premier adjoint
Les juges d'instruction ont donc décidé de renvoyer le maire devant la justice, ainsi que son ancien directeur de cabinet, Pierre Gauttieri, son ancien adjoint en charge de l'Éducation, Samy Kéfi-Jérôme, ainsi que son ancien conjoint, Gilles Rossary-Lenglet. C'est par ce dernier que le scandale a éclaté.
Selon le témoignage de Gilles Rossary-Lenglet, après les élections municipales de 2014, le maire et son directeur de cabinet souhaitaient "tenir" le premier adjoint avec qui ils s'étaient pourtant associés pour remporter l'hôtel de ville, mais dont ils redoutaient l'émancipation. Ils s'en étaient ouverts aux autres prévenus, c'est alors que Gilles Rossary-Lenglet eut l'idée de piéger Gilles Artigues "sur le plan des mœurs". Son ex-conjoint, Samy Kéfi-Jérôme, a reconnu auprès des enquêteurs, avoir attiré Gilles Artigues dans la chambre d'hôtel et installé une caméra discrète.
Dénégations du maire
Selon l'ordonnance de renvoi de 167 pages, consultée par Le Monde, Gaël Perdriau évoque à plusieurs reprise la vidéo compromettante, lors d'une conversation enregistrée à son insu. "Tout ce qu’on lui reproche est un scénario monté à partir de quelques propos, qui ne résistera pas à l’analyse d’une juridiction de fond", dénoncent les conseils de Gaël Perdriau, MMe Jean-Félix Luciani et Christophe Ingrain.
Quant à Pierre Gauttieri, s'il a nié dans un premier temps, le directeur de cabinet a par la suite reconnu son implication et même avoué avoir envisagé un autre chantage visant cette fois l'ancien maire, Michel Thiollière, qu'il entendait attirer avec une TDS mineure, avant de se raviser. Selon Pierre Gauttieri, Gaël Perdriau aurait donné son "feu vert" au complot et assuré l'aspect financier qui a été évalué à 40.000 euros de fonds municipaux déboursés par la mairie à deux associations via des subventions à la discrétion du maire. À la tête de ces associations, deux couples seront jugés pour "abus de confiance".
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Crédit photo : Olivier Chassignole / AFP