justiceGuets-apens sur Grindr en Moselle : le motif homophobe non retenu

Par Romain Siraut le 24/07/2026
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Six jeunes hommes ont été condamnés pour avoir attiré, violenté et dépouillé des hommes gays dans des guets-apens organisés via Grindr à Sarreguemines. Les peines prononcées vont jusqu'à cinq ans de prison.

Un rendez-vous fixé sur Grindr, puis des victimes encerclées, frappées et dépouillées. Entre juillet et la fin du mois d'octobre 2025, au moins sept hommes ont été piégés selon ce même mode opératoire à Sarreguemines, en Moselle (Grand-Est). Ce mercredi 22 juillet, le tribunal correctionnel de la ville a condamné les six auteurs de cette série de guets-apens à des peines allant jusqu'à cinq ans de prison. Si la justice a reconnu la gravité des violences, des vols et des extorsions, elle n'a en revanche pas retenu la circonstance aggravante d'homophobie, malgré le ciblage exclusif sur une application de rencontres gay et les insultes homophobes rapportées par plusieurs victimes au cours des agressions.

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Un mode opératoire connu et rodé

Le mode opératoire des agressions répond au schéma classique des guets-apens homophobes. Appâtées sur Grindr, les victimes, à leur arrivée au point de rendez-vous, sont immédiatement encerclées par plusieurs jeunes hommes, le visage dissimulé, qui surgissent de leur cachette. Sous la menace d'un couteau ou d'un taser, elles sont contraintes de remettre leur argent liquide, de déverrouiller leur téléphone portable ou d'effectuer des virements pouvant atteindre plusieurs milliers d'euros. Tous les effets personnels sont systématiquement volés. Avant de quitter les lieux, les assaillants prennent soin de photographier les papiers d'identité des victimes ainsi que les plaques d'immatriculation de leurs véhicules. Une manière de les dissuader de déposer plainte. L'enquête menée par les gendarmes permet finalement d'identifier les membres de la bande.

Des adolescents récidivistes condamnés

Les cinq principaux auteurs, âgés de 20 à 23 ans, ont rapidement reconnu leur participation aux faits lors de leur garde à vue. Pour tenter de justifier leurs actes, ils ont eu recours à une explication devenue courante pour justifier les guets-apens, affirmant avoir voulu "lutter contre la pédophilie" et niant toute motivation crapuleuse ou homophobe. "Cela partait d'une blague", avancent même plusieurs d'entre eux pour se défendre. Des explications qui peinent à convaincre au fil des témoignages des victimes, lesquelles dressent le portrait d'agressions méthodiquement préparées, homophobes et violentes.

Un des hommes piégés raconte : "Ils m'ont versé un liquide sur la tête. J'ai cru qu'ils allaient me mettre le feu. Je suis encore traumatisé". Il explique également avoir été la cible d'insultes homophobes lors de l'agression. Une autre évoque les “30 jours d'interruption totale de travail” prescrits après "trois côtes cassées". Pour lui, il ne fait aucun doute que les auteurs étaient venus sur Grindr choisir leurs victimes en raison de leur orientation sexuelle : "Nous sommes des proies faciles" déplorent-ils.

À la barre, certains des prévenus ont exprimé des regrets : "On n'aurait pas dû s'embarquer là-dedans", déclare l'un d'eux. Un autre parle d'un "engrenage". Face à eux, lors de ses réquisitions, le procureur de la République Aurélien Rubio a rappelé la gravité des faits, décrivant "des regrets de façade" alors que tous présentent déjà des mentions à leur casier judiciaire et que deux comparaissent en état de récidive. Décrit comme "le plus violent" du groupe, et le seul en détention provisoire depuis sa garde à vue, l’un des bourreaux écope de cinq ans de prison, dont trois avec sursis, avec maintien en détention. Les autres peines vont de 18 mois de prison à du sursis partiel. 

La semaine dernière déjà, dans une affaire similaire de guet-apens organisé via Grindr dans la forêt d’Amboise (Centre-Val de Loire), la justice avait également écarté la circonstance aggravante d’homophobie pour un prévenu de 18 ans jugé en comparution immédiate.

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Crédit photo : Jean-Christophe Verhaegen / AFP