États-UnisVingt ans de prison pour le meurtre du danseur gay O'Shae Sibley

Par Romain Siraut le 20/07/2026
O'Shae Sibley, mort poignardé à New York

Il y a trois ans, O'Shae Sibley est mort poignardé à New York, dans une station-service où il exécutait des pas de voguing sur une musique de Beyoncé. Le procès de son meurtrier, Dmitriy Popov, s'est achevé par une condamnation.

"O'Shae Sibley se contentait d'être lui-même, un homme noir et gay profitant d'une soirée d'été, mais sa simple existence a suffi à pousser le prévenu à l'insulter, le harceler puis le tuer." C'est par ces mots que le procureur de Brooklyn, Eric Gonzalez, a conclu son réquisitoire, ce jeudi 16 juillet, devant le tribunal de New York. Trois ans après le meurtre d’O'Shae Sibley, danseur de 28 ans poignardé à l'été 2023, le principal suspect, Dmitriy Popov, a été condamné à 20 ans de prison pour homicide involontaire motivé par la haine. 

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Cette décision referme un dossier qui a marqué les mémoires aux États-Unis. Après sa mort, l'émotion avait largement dépassé les frontières de New York. Sous le hashtag #JusticeForOShaeSibley, danseurs, artistes, communauté du voguing et anonymes du monde entier avaient rendu hommage à la victime et des centaines de personnes s'étaient rassemblées sur les lieux du drame les jours suivants. Beyoncé avait consacré la page d'accueil de son site officiel à sa mémoire en inscrivant : "Repose en force O’Shae Sibley" – la chanson sur laquelle O'Shae Sibley pratiquait le voguing au moment des faits était extraite de son album Renaissance. Le réalisateur Spike Lee avait, quant à lui, publié sur ses réseaux sociaux : "Que Dieu te bénisse mon frère."

Homicide involontaire motivé par la haine

Le soir du 29 juillet 2023, O'Shae Sibley s'arrête avec quatre amis dans une station-service de Brooklyn pour faire le plein. Après quelques pas de danse sur le parking, ils sont pris à partie par un groupe de jeunes hommes. Très vite, des "propos homophobes" et des "commentaires racistes", selon les termes employés par la police de New York, sont proférés à leur encontre. Après quelques minutes, si le reste du groupe finit par s'éloigner, Dimitriy Popov, 17 ans, continue d'invectiver les cinq amis tout en filmant la scène avec son portable. O'Shae Sibley s'avance pour lui faire face. Popov sort un couteau et menace d'abord de poignarder l'un des amis du danseur. Ce dernier s'interpose et reçoit en pleine poitrine une lame de 14 centimètres qui lui perfore le cœur. Transporté à l'hôpital, il succombe à ses blessures moins d'une heure plus tard. Dmitriy Popov se rend à la police une semaine après l'agression meurtrière.

Lors de l'audience, la défense du jeune homme a demandé ce que celui-ci bénéficie du statut de "jeune délinquant", un régime prévu par le droit pour les mineurs, permettant d'effacer la condamnation pénale et de réduire considérablement la peine encourue. La juge a rejeté cette requête, compte tenu de la gravité des faits. À la barre, Dimitriy Popov a livré sa version : "Je n'ai jamais voulu tuer qui que ce soit. J'avais un couteau, mais je n'avais pas l'intention de m'en servir", a-t-il affirmé devant les jurés. L'accusé a invoqué la légitime défense, soutenant que Sibley se serait précipité sur lui pour le frapper après avoir sorti son couteau.

Plus tard, il a nié tout mobile discriminatoire : "Je voudrais que tout le monde sache que cela n'avait rien à voir avec la race ou la sexualité". Des faits contredits par plusieurs témoins présents au procès, qui ont affirmé que des insultes homophobes et racistes avaient été proférées à l'encontre d'O'Shae Sibley et de ses amis avant le coup de couteau. Au terme de plusieurs heures de délibération, le verdict a écarté la qualification pour meurtre, faute d'avoir pu établir l'intention volontaire de tuer, mais a déclaré Dmitriy Popov coupable d'homicide involontaire motivé par la haine, et a reconnu les menaces, le harcèlement aggravé et la possession criminelle d'une arme comme circonstances aggravantes. Le jeune homme a été condamné à une peine de 20 ans de prison, une sanction proche des 25 ans de réclusion maximum prévus par la loi.

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