[Portrait à retrouver dans le dossier mode du magazine de têtu· de l'automne, ou sur abonnement.] Fasciné par les tailleurs couture qui épousent la silhouette comme un gant, Steven Passaro écrit sa mode en mariant sensibilité et nouvelles technologies.
Photographie : Kevin Jordan O'Shea pour têtu·
Tailleur, coupe, prémontage à la main, broderie… Lors de son dernier défilé, pour la Fashion Week homme de Paris, en juin, Steven Passaro a décidé de montrer les coutures de son métier, en faisant réaliser les pièces en direct par quatre artisans qui donnaient vie, sous les yeux du public, aux silhouettes qui défilaient. "J’aime assembler et façonner, il est essentiel pour moi que mon métier soit lié à l’artisanat, à la main, à la matière", décrypte-t-il, avec une autre idée en tête : "On réclame aujourd’hui du vrai, du concret, de l’humain. Le véritable luxe, c’est la pièce unique, pensée pour soi, qui vivra avec soi. Du prêt-à-porter sur mesure."
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À 33 ans, Steven Passaro donne l’impression de réfléchir depuis des décennies à son métier, et bien au-delà : "Qu’est-ce qu’être romantique en 2025 ? Comment remettre l’émotion, l’essence humaine et la nature au centre ? Comment se battre de manière douce et poétique, sans gueuler et faire encore plus de bruit ?" Au départ, il ne se destinait pas à devenir un créateur de mode. Adolescent, il adorait l’esthétique des clips de Björk et de Lady Gaga, et a suivi de près le travail du photographe britannique Nick Knight. Mais sa première idée était de devenir architecte, pour créer des espaces et penser plus grand. Il intègre donc la prestigieuse école publique Duperré, avant d’effectuer un stage chez Dior. Il réalise alors que "là où un immeuble prend des années, un vêtement réclame une semaine entre le dessin et la réalisation".
Architecte de la mode
Les dés sont jetés, direction le London College of Fashion, où il trouve plus facile de changer de voie : "À Londres, peu importe ton parcours initial, on t’ouvre la porte si tu as quelque chose à apporter. J’étais intimidé, mais on m’y a encouragé à avoir une autre vision." Ses études terminées, il démarre sa carrière dans la capitale britannique, avant que le Brexit ne rebatte les cartes. Steven Passaro rentre alors en France, où il travaille pour de grandes maisons, comme Loewe ou Hermès. Des expériences qui lui donnent envie de relancer sa marque pour retrouver sa liberté créative. "Je ne voulais pas être réduit à une seule tâche, j’avais envie de travailler sur tous les fronts, même si cela implique plus de responsabilités et de risques financiers, développe-t-il. Pendant le confinement, je me suis enfermé avec mes tissus et mes patrons, et j’ai présenté mes premières créations en septembre 2020."
De ses études initiales, il a conservé un intérêt pour les technologies 3D, auxquelles il recourt pour ses créations : "C’est un moyen de moderniser l’art du tailoring traditionnel dans la mode masculine, argue-t-il. J’adore en reprendre les codes et les appliquer à un simple t-shirt blanc, une veste en daim ou un pantalon en jean. À partir du moment où tu sais faire une veste, tu sais tout faire !" Au passage, la technologie offre une manière de produire une mode plus écologique et plus responsable, en diminuant le gâchis de matière pour les essais. Sa prochaine idée, à lui qui partage déjà les coulisses de son métier sur TikTok : lancer une série de podcasts et y inviter d’autres créatifs à parler de leur univers. "Je veux créer une communauté, pour inspirer les autres à tracer leur route." À suivre, donc.
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