Trente ans après son premier envol, la relecture queer et torturée du Lac des Cygnes par Matthew Bourne pose ses ailes à la Seine Musicale
Trente ans après sa création, la version masculine du Lac des cygnes revient à Paris du 9 au 26 octobre à la Seine Musicale. Spectacle créé en 1995, Swan Lake est une relecture du chef-d’œuvre de Tchaïkovski par le chorégraphe britannique Matthew Bourne, 65 ans cette année, laquelle conserve intacte la partition originelle du compositeur russe du xixe siècle tout en la détournant vers une vision intensément homoérotique… Une recette qui a déjà fait plusieurs fois le tour du monde et continue de nous hypnotiser.
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Attention, fans des contes de fées, cette version ne met pas en scène un prince qui tombe amoureux d’une princesse et essaie de la sauver d’un sort du maléfique Rothbart, le sorcier qui l’a transformée en cygne. Bourne présente en effet le récit d’un prince mélancolique, ignoré par sa mère depuis l’enfance, qui finit par tomber amoureux d’un cygne mâle, ou du moins c’est ce qu’il croit.
Un prince torturé à la sexualité réprimée
Au-delà de sa réinvention formelle, l’œuvre s’inscrit dans une époque fascinée par la folie. Dans la seconde moitié du XXe siècle, écrivains, penseurs et cinéastes explorent les couloirs des hôpitaux psychiatriques, remettant en question les diagnostics hasardeux et les traitements par électrochocs. Durant ces décennies, Michel Foucault interroge la notion même de folie, Jack Nicholson marque les esprits dans Vol au-dessus d’un nid de coucou, Angelina Jolie remporte un Oscar pour Une vie volée (Girl, Interrupted), soit l’histoire vraie d’une femme enfermée dans un institut psychiatrique.
Dans l’esprit du prince torturé où nous immerge Matthew Bourne, la solitude et la sexualité réprimée donnent naissance à la folie. Tout au long du ballet, on peine à distinguer le délire de la réalité, certains jeux de lumière et projections nous donnant même accès à ses hallucinations. Si son Swan Lake continue de nous parler, c’est grâce aux prouesses physiques de ses cygnes, à sa mise en scène saisissante, aux costumes iconiques et à la mélodie intemporelle de Tchaïkovski. C’est sans doute, aussi, parce que beaucoup d’entre nous ont déjà éprouvé une solitude telle qu’elle fait craindre la folie.
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>> Swan Lake, de Matthew Bourne. À La Seine musicale, à Paris, du 9 au 26 octobre 2025.
crédit photo: Johan Persson