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portraitLaura Gandonou, l'avocate qui défend les personnes trans devant la Sécu

Par Laure Dasinieres le 16/10/2025
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[Portrait à retrouver dans le magazine de l'automne ou sur abonnement.] L’avocate lyonnaise Laura Gandonou fait valoir les droits des personnes trans dont la caisse primaire d'assurance maladie refuse la prise en charge des soins liés à l’affirmation de genre.

Photographie : Laurence Revol pour têtu·

Laura Gandonou nous prévient d’emblée : elle ne souhaite pas se mettre en avant, et voudrait surtout attirer l’attention sur les associations qui travaillent dans l’ombre sur le terrain. Ce n’est pas têtu· qui dira le contraire, citons-les donc d’emblée : le Centre LGBT+ de Lyon, le Collectif ­fiertés en lutte, ­Chrysalide, SOS homophobie, Fransgenre, le Planning familial 69. Rassurée sur nos intentions, l’avocate lyonnaise de 36 ans accepte de nous parler de sa contribution essentielle au combat pour la défense des droits des personnes minorisées.

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Native de Thonon-les-Bains, en Haute-Savoie, Laura Gandonou quitte à l’adolescence un contexte familial protecteur pour suivre une formation en sport-étude. Une expérience émancipatrice qui la confronte aussi à l’injustice des discriminations. Tout en poursuivant sa carrière sportive en football, puis en rugby, la jeune femme se rêve journaliste d’investigation, mais se découvre au fil de son cursus une passion pour le droit. "Mon double parcours en droit et en sciences politiques m’a confrontée à la réalité des relations ­sociales ainsi qu’aux rapports de domination et aux injustices qui peuvent en résulter", retrace-t-elle. Lors d’un premier stage dans un cabinet toulousain, sa vocation est arrêtée : "Le métier d’avocat donne la possibilité de faire évoluer les situations, de réparer, ou du moins de réhabiliter les personnes défendues. Le droit est un puissant levier de transformation sociale."

Dès le début de sa carrière, Laura Gandonou s’engage donc tout naturellement dans la défense des droits des personnes les plus vulnérables : travailleurs, usagers des organismes sociaux, victimes d’accident ou d’agressions, personnes LGBTQI+. "Je n’ai pas choisi ce combat, développe-t-elle. Il est venu à moi de par ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu et ce que j’ai vécu en tant que femme, lesbienne, métisse, assignée noire : les disqualifications, les exclusions, les microagressions, les discriminations intersectionnelles… J’ai décidé de politiser ce vécu et d’user de la matière juridique pour faire avancer les choses."

Avec les associations, faire face à l’urgence

C’est par son engagement militant et associatif que l’avocate est amenée à défendre en particulier les droits des personnes transgenres. En mars 2023, ­Mathis, un jeune Lyonnais trans en plein parcours d’affirmation de genre, la contacte. Alors qu’approche la date de sa torsoplastie, qu’il envisage comme une intervention “vitale”, sa caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) lui oppose un refus de prise en charge, pourtant prévue par le droit de la santé dans le cadre d’une procédure spécifique d’affection de longue durée (ALD). Face à l’urgence, l’avocate se mobilise avec trois associations pour obtenir une audience dans les plus brefs délais. Une course ­collective contre-la-montre s’engage alors, et portera ses fruits. Quinze jours plus tard, l’audience se tient dans la plus grande salle du tribunal judiciaire de Lyon, bondée de militant·es et de citoyen·nes engagé·es. "C’était un très grand moment, très fort, relate Laura Gandonou. Le juge a décidé de reconnaître l’urgence de la situation et le dommage imminent : l’absence de chirurgie aurait représenté pour Mathis un danger pour lui-même, et un risque accru d’exposition à la transphobie."

Mais cette victoire reste partielle : le juge ne se prononce pas sur l’existence ou non d’une discrimination, estimant que la question dépasse son champ de compétence. La femme de droit reprend : "Nous nous sommes dits que nous ne pouvions pas nous arrêter là. Si Mathis s’est vu opposer un refus, c’est bien parce qu’il est trans. Or de nombreuses autres personnes sont dans son cas. Il a donc souhaité rendre cette action collective afin de faire reconnaître la dimension discriminatoire du refus de prise en charge." Cette démarche ouvre la voie à une mobilisation plus large : un collectif de neuf personnes concernées, soutenu par les six associations citées plus haut, se constitue pour porter l’affaire en justice. Laura Gandonou accompagne également une autre personne trans à Strasbourg, qui obtient gain de cause en mai dernier : le caractère discriminatoire du refus de prise en charge est reconnu par le tribunal.

Agir ensemble contre l’isolement et l’exclusion

Ces victoires dépassent largement les enjeux individuels. Leur médiatisation joue un rôle central dans la sensibilisation aux discriminations systémiques et aux obstacles juridiques et administratifs auxquels sont confrontées les personnes trans. Elles ont surtout des effets concrets immédiats. "Il y a eu des incidences sur la politique de l’Assurance Maladie qui, depuis 2024, a donné de nouvelles indications à ses agents", se félicite l’avocate. Et d’ajouter aussitôt : "S’il y a bel et bien une évolution des pratiques, le combat continue pour que soient prononcées des sanctions judiciaires appropriées et dissuasives." Ainsi espère-t-elle que, bientôt, plus aucune personne trans ne pourra se retrouver confrontée à un refus de prise en charge et à la nécessité de se battre pour faire valoir ce droit : "Même si les personnes trans peuvent s’appuyer sur l’aide de collectifs, déposer un recours est lourd, aussi bien financièrement qu’émotionnellement, d’autant qu’elles ont d’autres problématiques à gérer, avec les transitions administrative, sociale et ­médicale, ­signale Laura Gandonou. Il peut alors leur être difficile de trouver la force nécessaire."

Heureusement, les victoires qui s’accumulent face aux CPAM dans toute la France rappellent la force du collectif et de la solidarité, et montrent que le droit demeure un garde-fou essentiel face aux ­LGBTphobies. "Je veux faire passer le message que le système ­d’exclusion auquel les personnes ­LGBTQI+ peuvent être exposées peut être mis à mal grâce à un engagement collectif. Des associations, des ­militant·es, des ­avocat·es, des universitaires, s’engagent pour faire avancer les choses et agir contre l’isolement et ­l’exclusion", fait valoir Laura ­Gandonou, qui insiste : "Il y a de nombreux moyens de lutter contre la stigmatisation, les rapports d’oppression et de ­domination. Mais pour que ces luttes portent leurs fruits, elles doivent être collectives. C’est ensemble que nous ­pouvons bâtir une société plus juste, capable de ­reconnaître et d’embrasser les différences pour en faire une force."

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