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rencontre"Les Enfants vont bien" avec Camille Cottin : Nathan Ambrosioni évoque son nouveau film

Par Florian Ques le 03/12/2025
Nathan Ambrosioni sort son troisième film au cinéma, "Les enfants vont bien", avec Camille Cottin.

[Rencontre à retrouver dans le magazine de têtu· de l'hiver ou sur abonnement.] Avec Les Enfants vont bien, son troisième film au cinéma à seulement 26 ans, Nathan Ambrosioni s'allie de nouveau avec Camille Cottin et continue de creuser le thème de la famille.

Photographie : Tanguy Sergheraert pour têtu·

Ce n’est pas le thème le plus attendu chez un tout jeune cinéaste gay. Mais Nathan Ambrosioni confesse bien volontiers une obsession pour la famille, dénominateur commun des trois longs-métrages qu’il a déjà réalisés. "La fatalité des liens familiaux me fascine, développe-t-il. Que fait-on des gens avec qui on naît et qu’on ne choisit pas ? Doit-on forcément les accepter ? C’est un endroit où l’amour peut exister, mais aussi où des ­violences peuvent émerger. Il y a tellement de dynamiques familiales différentes que c’est une source infinie d’inspiration pour moi."

En 2018, dans Les Drapeaux de papier, il déploie l’histoire d’un frère et d’une sœur qui ­renouent après douze ans d’absence. Sa précocité – il n’a alors que 19 ans – lui vaut d’être comparé à Xavier Dolan. En 2023, dans Toni, en famille, il confie à Camille Cottin le rôle d’une mère célibataire de cinq enfants. Le duo, qui a noué une amitié, a remis le couvert pour Les Enfants vont bien, où l'actrice campe une ­lesbienne fraîchement séparée contrainte d’accueillir son neveu et sa nièce lorsque sa sœur les lui laisse sur les bras.

Nathan en famille

À force, on a donc envie de demander à Nathan Ambrosioni comment se passent ses rapports avec sa propre famille. "Des hauts et des bas, résume-t-il. Je trouve difficile de revenir dans sa famille à l’âge adulte, quand tu as l’impression d’avoir dénoué plein de choses de ton côté. Une dynamique étrange s’installe : on redevient enfant et on repart dans des schémas régressifs… Je n’aime pas toujours qui je suis en présence de mes parents."

Comme beaucoup d’entre nous, le retour dans ses Alpes-Maritimes natales renvoie aussi le jeune homme à l’époque où il n’assumait pas son homosexualité. Au collège comme au lycée, un coming out était exclu : "Je me rappelle d’un garçon qui était soupçonné d’être gay et je voyais l’enfer que c’était pour lui. Il n’y avait aucune personne queer out dans mon établissement. Moi, j’avais la chance qu’on parle surtout de mes films, ils fonctionnaient comme une diversion." En effet, avant la carrière qu’on lui connaît, l’adolescent se fait la main en amateur avec des films d’épouvante autoproduits. Avec le recul, il décèle déjà dans ces projets "quelque chose de camp", même s’il ne s’autorisait pas encore à être gay.

Un coming out fantasmé

C’est à l’âge de 20 ans qu’il fait son coming out, pile entre les sorties de ses deux premiers longs-­métrages. À ses yeux, l’avant/après est évident dans son travail : "Aujourd’hui, je pense Les Drapeaux de papier comme une œuvre très éloignée de ma filmographie actuelle, car je l’ai fait sans vraiment être honnête sur qui j’étais, ce qui a donné un récit très ­hétéronormé. Quand je le revois, je repense à son écriture et à ma volonté de cacher à tout prix mon identité sexuelle." Dès lors, Toni, en famille fait figure de ­libération. Il a d’ailleurs pu y intégrer cette scène désopilante où un ado entreprend d’annoncer son homosexualité à sa famille… dans l’indifférence générale. "Cette non-réaction, c’est presque un ­fantasme, analyse le réalisateur. Ça ne s’est pas déroulé comme ça pour moi, même si mes parents n’ont pas été violents ni choqués. J’ai juste eu envie de faire une scène qui m’aurait aidé si j’avais voulu sortir plus tôt du placard."

Le fait d’assumer son orientation sexuelle ne prémunit pas le jeune réalisateur contre les écueils rencontrés par bien des projets queers, comme lorsqu’il s’entend dire que l’homosexualité de son héroïne serait superfétatoire… "Quand on me dit que le fait qu’elle aime les femmes complique les choses, je me dis alors que c’est totalement nécessaire qu’elle soit lesbienne, affirme-t-il. Donc le personnage reste lesbien. C’est un choix politique. Au-delà du cinéma, c’est un combat social qui est en train de se jouer."

Nouveaux récits lesbiens

Le combat, c’est aussi de représenter autre chose de l’homosexualité que ses difficultés ou son annonce : "Il y a déjà plein de films qui tournent autour de la découverte de l’identité sexuelle d’un personnage, de l’oppression qu’il subit, ou encore de la maladie et de la mort. J’estime qu’il est important, aujourd’hui, de donner à des personnages queers des récits habituellement réservés à des personnages hétéros. Il faut qu’on vive autre chose !"

De ce point de vue, Les Enfants vont bien résonne intelligemment avec The Kids Are All Right, film de Lisa Cholodenko avec Julianne Moore sorti en 2010. Tandis que celui-ci se concentrait sur la ­recherche, par les enfants d’un couple lesbien, de leur géniteur, chez Ambrosioni, c’est la mère qui disparaît et les gouines n’ont ­besoin d’aucun homme. Avec son film, ainsi que ceux d’Alice Douard (Des preuves d’amour) et d’Anna Cazenave Cambet (Love Me Tender), cette année les lesbiennes sont servies en nouveaux récits !

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