spectacleOn applaudit "La Cage aux Folles" avec Laurent Lafitte

Par Laure Dasinieres le 12/12/2025
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Cet hiver au théâtre du Châtelet, à Paris, le metteur en scène Olivier Py et le comédien Laurent Lafitte nous dévoilent leur version française d'un classique gay de Broadway : La Cage aux Folles, comédie musicale engagée et festive.

Presque quinze minutes de standing ovation. Le public présent lors de la première de La Cage aux Folles, au théâtre du Châtelet à Paris, ne s'y est pas trompé : cette version 2025 est une réussite, et une pièce idéale à voir en famille et entre potes durant les fêtes de fin d'année.

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Si en France, nous avons surtout en tête des images – et souvent un souvenir mitigé – de la pièce, adaptée ensuite au cinéma, de Jean Poiret avec Michel Serrault, c'est de la version comédie musicale de Broadway, moins connue chez nous, que le metteur en scène Olivier Py s'empare, jusqu'au 10 janvier 2026 dans le théâtre parisien qu'il dirige. Une version plus musicale, plus ancrée dans le milieu du cabaret, mais aussi plus sensible et engagée, loin des clichés qu'on a beaucoup reproché à la version initiale.

"I Am What I Am"

Et pour cause : lorsque le compositeur américain Jerry Herman, qui a rencontré le succès à la fin des années 60 avec Hello Dolly, découvre le film d'Édouard Molinaro tiré en 1978 de la pièce, il voit un objet hybride, à la fois audacieux et bourré de stéréotypes. Projetant d'en faire une comédie musicale plus politique, il demande à l'acteur, scénariste et dramaturge Harvey Fierstein – que l'on retrouvera ensuite dans Torch Song Trilogy – d'en écrire le livret. D'abord dubitatif, ce dernier finit par accepter et les deux militants gays de la première heure montent un musical à succès qui fera le tour du monde, déployant un propos éminemment moderne et engagé sur les identités queers ainsi que sur l'homoparentalité. La chanson phare, "I Am What I Am", sera même reprise par Gloria Gaynor pour devenir un hymne incontestable de la fierté queer.

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"J’ai le droit d’être moi", proclame en français Laurent Lafitte, qui dans la mise en scène d'Olivier Py reprend le fameux rôle d'Albin, alias Zaza Napoli, artiste travesti dans le cabaret tropézien nommé "La Cage au Folles". Son compagnon, Georges, est joué par le chanteur Damien Bigourdan. Alors que les deux mènent une vie d'amour, de plumes et de paillettes, le fils de Georges, qu'Albin a élevé, revient au bercail avec le projet d'épouser la fille d'un homme politique conservateur. C'est là que tout déraille : Albin est jugé trop exubérant, trop efféminée, trop "folle" en somme, pour que l'union puisse être acceptée par la belle-famille. Alors qu'il doit apprendre à performer la virilité, comme dans la scène de la biscotte restée dans les mémoires, des tensions dans le couple apparaissent.

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Après Le Molière imaginaire, les retrouvailles d'Olivier Py et de Laurent Lafitte se font donc sous le signe de l'exploration des normes du genre mais aussi sous celui du cabaret. Cadre principal du show, le genre est cher au metteur en scène également connu pour son personnage de Miss Knife, son double scénique féminin. Et, s'il ne fait aucune concession sur la grandiosité du show – une magnifique troupe à la danse et au chant, plus de 155 costumes, 39 changements de décor et des kilos de paillettes –, il n'oublie pas son caractère engagé et subversif. Actualisant le propos du musical américain, le spectacle parle d'égalité des droits, d'homoparentalité et de l'amour inconditionnel qui transcende les normes du genre, multipliant les tacles aux réacs de tout poil sans omettre quelques clins d'œil aux pionniers de nos luttes. La qualité des traduction et des orchestrations, l'enthousiasme des "cagelles" et le sourire incendiaire de Laurent Lafitte sont autant d'arguments pour acclamer le spectacle que de camouflets à ceux qui voudraient étouffer nos fiertés. On rit, on pleure, et on applaudit un show fédérateur.

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Crédit photos : théâtre du Châtelet © Thomas Amouroux