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interviewPhilippine Leroy-Beaulieu : "Ce n’est pas facile d’être un monstre avec des talons hauts de 10 cm"

Par Florian Ques le 18/12/2025
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[Interview à retrouver dans le magazine de têtu· de l'hiver ou sur abonnement.] Exquise en pédégère cassante et snob dans la série Emily in Paris, dont la saison 5 vient de sortir sur Netflix, Philippine Leroy-Beaulieu est autrement plus accessible que son personnage à l’écran… mais tout aussi modasse.

On devrait la détester… mais, qu’est-ce qu’on l’adore ! Elle, c’est Sylvie Grateau, la patronne tranchante qui malmène l’héroïne ingénue d’Emily in Paris, incarnée par l’actrice française Philippine Leroy-Beaulieu. À la façon d’une Miranda Priestly dans Le Diable s’habille en Prada, le personnage est une figure forte, à la féminité assumée et à l’arrogance jubilatoire, notamment lorsqu’elle rembarre ses homologues masculins. On ne résiste pas non plus à son snobisme qui épouse parfaitement les clichés sur les Parisiennes. Autant de caractéristiques qui en font le personnage préféré des fidèles de la série, particulièrement apprécié du public gay. Un engouement qui la ravit ! Nous avons rencontré l’actrice de 62 ans, à l’occasion de la sortie de la saison 5 d’Emily in Paris sur Netflix.

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  • Après cinq saisons, le personnage de Sylvie Grateau ne colle-t-il pas un peu trop à la peau ?

Jouer un personnage, c’est hypertrophier une petite partie de soi. Il y a peut-être 10 % de Sylvie en moi… qui se transforment en 100 % pendant les quatre mois de tournage. Mais j’arrive facilement à l’évacuer ensuite. Et tant mieux, car vivre avec Sylvie n’est pas forcément une partie de plaisir !

  • Est-ce que ça a toujours été simple de comprendre Sylvie ?

Je me démerde ! Ce n’est pas facile d’être un monstre avec des talons hauts de 10 cm. Il y a des moments où elle me pèse. Vraiment. Certaines choses me dépassent chez elle, et Darren Star [le créateur de la série, ndlr.] n’est pas du genre à tout nous expliquer.

  • Entre Sex and the City et Emily in Paris, Darren Star a su créer des personnages féminins forts qui sont devenus des icônes gays… Comme Sylvie !

On m’a beaucoup dit que Sylvie plaisait aux hommes gays, et ça me touche beaucoup. Mais ça, c’est la signature de Darren ! Il y a quelque chose de très complet dans ses personnages, comme s’il réunissait en eux le meilleur du masculin et du féminin. C’est sans doute parce qu’il met beaucoup de lui et de sa sensibilité d’homme gay dans son scénario. Pour nous, les interprètes, c’est une vraie chance !

  • Vous étiez téléspectatrice de Sex and the City ?

Dans les années 90, on ne pouvait pas binge-­watcher [regarder tout ou partie de la saison d’une traite, ndlr.]. Et comme je n’avais jamais la patience d’attendre la diffusion de l’épisode suivant, je ne regardais pas de séries à cette époque. Mais je l’ai rattrapée plus tard, bien sûr !

  • Alors, plutôt Carrie, Charlotte, Miranda ou Samantha ?

On ne peut pas être un mélange de plusieurs ? J’aime le caractère rentre-dedans de Miranda, le côté fleur bleue de Carrie – qui est d’ailleurs assez brillante dans sa manière d’analyser le monde –, le franc-­parler de Samantha… Il y a clairement quelque chose de Samantha chez Sylvie d’ailleurs, c’est évident.

  • Pour beaucoup de femmes de sa génération, Sex and the City a représenté quelque chose de libérateur. Y a-t-il une œuvre qui, sur vous, a eu un effet comparable ?

Quand j’avais 12 ans, j’ai vu Cabaret, le film avec Liza Minelli. Le réalisateur, Bob Fosse, a fait d’elle un personnage complet, avec la force déterminée du masculin et la délicatesse très marquée du féminin. C’est un film qui est longtemps resté avec moi.

  • Et le côté snob de Sylvie, c’est de la composition ?

Je m’observe suffisamment pour reconnaître que je peux parfois être snob. Je plaide coupable ! Je n’y peux rien, c’est comme des petits réflexes de protection.

  • Une autre grande similitude que vous avez avec votre personnage, c’est votre goût pour la mode…

J’ai toujours baigné dedans, car ma mère était styliste. Sans m’en rendre compte, il y a plein de choses que j’ai absorbées grâce à elle. C’était une esthète, elle aimait la beauté au-delà des vêtements. Elle pouvait être émue devant un paysage comme devant un tableau ou un joli manteau… tout était mis sur le même plan. Et ça m’est resté.

  • Qu’est-ce qui signe un fashion faux-pas à vos yeux ?

Quand on n’a pas l’air à l’aise dans ses vêtements. Ma mère disait "endimanchée". Le problème n’est pas le vêtement, mais comment on incarne sa tenue. J’adore les Anglais : ils s’habillent souvent n’importe comment, mais ils l’assument. Quand je suis à Londres, ça m’éclate !

  • Avez-vous déjà regretté un look ?

Je ne l’ai pas regretté, mais je me souviens d’un look osé : à 14 ans, j’avais demandé à ma grand-mère des santiags violettes pour Noël. Elle était très bourge, et j’ai senti que ça lui faisait mal de m’offrir ça. Je les portais avec une improbable veste rouge et un pantalon de type pyjama, bleu ciel et blanc. En plus, j’avais rasé mes cheveux, il me restait 1 cm sur la tête. À l’école, on me disait que j’étais excentrique, et j’adorais ça !

  • Qu’aurait dit Sylvie en voyant cette tenue ?

"Viens, c’est l’heure du relooking, je t’emmène faire du shopping !" [Rires.]

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Crédit photo : Sarah Krick