musiqueAvec son EP "Jardin", Oscar and the Wolf fait le pont entre mondes gay et hétéro

Par Florian Ques le 23/12/2025
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Mélange fructueux de rap dynamité et de dream pop taillé pour les clubs, l'EP Jardin acte surtout la rencontre de deux artistes aux univers bien différents : Roméo Elvis et Oscar and the Wolf. On a discuté avec ce dernier pour mieux comprendre ce qui se cache derrière ce disque ultra festif.

Contre la morosité hivernale, un disque aux sonorités estivales. "J'ai toujours aimé le contraste", concède le chanteur belge Oscar and the Wolf que nous rencontrons dans un recoin intimiste des studios de Quotidien, peu de temps après son passage dans l'émission. Avec Jardin, paru le 12 décembre dernier et conçu en totale collaboration avec le rappeur Roméo Elvis, il livre un sept-titres diablement efficace qui s'écoute comme on boirait un jus d'orange pressé le matin pour se donner un coup de boost. De l'énergie pure, généreuse, avec des sonorités groovy et des paroles qui hantent vite l'esprit.

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Sur chaque morceau, Oscar and the Wolf entrelace sa dream pop au rap tapageur de Roméo Elvis, le tout sur des instrus électro-dance qui évoquent les racines belges du genre. Diamétralement opposés sur le papier, leurs univers fusionnent avec une facilité aussi déconcertante que séduisante. "Notre première intention était de nous amuser et de faire de la musique qui nous fasse bouger, explique le jeune chanteur. Mais on avait conscience de ce que notre union représentait. Déjà, c'est la première fois qu'un projet commun existe entre deux artistes belges où l'un est de Flandres et l'autre de Wallonie. Mais surtout, on aimait ce contraste entre le côté très street de Roméo et mon côté plus insaisissable et torturé."

Si le plaisir musical est là, on apprécie aussi la symbolique derrière ce projet : Jardin est également la rencontre entre un chanteur ouvertement gay et un rappeur hétéro. "On nous avait mutuellement déconseillé au début de faire ce projet ensemble justement parce qu'on avait des publics très différents, poursuit Oscar and the Wolf. Mais ça n'a fait que davantage nous motiver à plancher dessus." Il parle de Roméo comme d'un véritable allié ayant grandi entouré de personnes queers et accessoirement fervent admirateur de la franchise Drag Race. Dans leurs échanges, l'orientation sexuelle n'a jamais vraiment été un sujet – mais ils savent que ça l'est pour une partie du public de Roméo.

C'est pour cette raison qu'ils ont écrit le titre "M'en Ballec", pied de nez à ceux qui verraient d'un mauvais œil leur collaboration. Dans le couplet, le rappeur imagine ce que diraient ses fans – "Elvis tu fais un EP avec une folle" – et souligne, plus tard, la pertinence de ce projet homo/hétéro : "Les communautés s'affrontent, il faut qu'on les croise". Pour l'heure, la mission porte ses fruits. "Après notre dernier concert à l'Ancienne Belgique, son public est venu me voir tandis que le mien est allé à la rencontre de Roméo, s'enthousiasme Oscar and The Wolf. J'ai eu l'impression qu'on avait réussi, au moins dans une toute petite partie du monde."

Une heureuse anomalie

Construire une amitié avec un musicien hétéro n'allait pas forcément de soi pour le chanteur. Max – c'est son prénom à la ville – évoque une adolescence compliquée. "Je me suis fait gifler et cracher dessus dans les rues de Bruxelles, confie-t-il. À l'école, je me faisais harceler, même par mes profs." Puis, à 17 ans, il tombe amoureux et partage une histoire secrète avec un autre garçon qui, aux yeux de tous, s'identifie comme hétéro : "C'était mon premier amour et j'aimais cette idée de romance interdite, sans doute parce que j'avais été influencé par Brokeback Mountain donc je me disais que c'était la norme. Par la suite, je ne suis tombé amoureux que de mecs hétéros mais c'est quelque chose que j'ai dû déconstruire si je voulais être heureux."

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Crédit photo : Daniil Lavrovski / UFORIA - OWTWO - Strauss

Autrement dit, l'artiste éprouve en grandissant une relation conflictuelle avec les hommes hétérosexuels mais elle n'a jamais terni la perception qu'il avait d'eux car il avait d'autres modèles, plus positifs : "Mon père a toujours été entouré de gays parce que sa propre mère était écrivaine et tous ses amis l'étaient. La sexualité n'était pas un sujet avec lui." Il n'a ainsi jamais nourri de haine envers eux, là où certains auraient pu faire une généralité des hétéros qui le harcelaient.

Cependant, en réponse à cette période traumatisante, Oscar and the Wolf reconnaît avoir mis en place un bouclier autour de lui pour se protéger – au point où il a longtemps eu du mal à sympathiser avec d'autres artistes du milieu musical. Roméo Elvis se présente alors comme une heureuse anomalie. "Notre amitié m'a fait réaliser qu'il est important de s'entourer de personnes qui partagent des expériences similaires, appuie le chanteur. On partage les mêmes pressions, les mêmes craintes." Tout comme il est primordial pour une personne queer d'avoir d'autres personnes queers dans son entourage ? "C'est exactement ça", affirme-t-il.

Au contact l'un de l'autre, les deux Belges ont également pu s'apporter non seulement du soutien mais aussi des perspectives différentes : "Je l'ai aidé à avoir une vision plus globale de la musique et à mieux considérer l'aspect visuel, les performances, le storytelling. Et lui, il m'a vraiment poussé à davantage voir le verre à moitié plein. Il a une âme d'enfant qu'il insuffle dans sa musique, c'est fascinant." Pour nous, Roméo Elvis qui s'en sort également grandi, avec un son plus riche que ce qu'il avait pu proposer jusqu'ici et qui contraste avec ce que ses homologues rappeurs proposent.

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Crédit photo : Daniil Lavrovski / UFORIA - OWTWO - Strauss