cinéma"The Celluloid Closet", quand Hollywood était enfermé dans le placard

Par Tessa Lanney le 13/03/2026
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Sorti en 1995, le documentaire The Celluloid Closet revient sur presque cent ans de représentations gays et lesbiennes au cinéma. On l'a revu pour vous.

Alors que les yeux des cinéphiles du monde entier sont tournés vers les Oscars, on s’est replongé dans le documentaire The Celluloid Closet. Sorti en 1995 et réalisé par Rob Epstein (oscarisé en 1985 pour The Times of Harvey Milk) et Jeffrey Friedman, le documentaire fut diffusé en France avec le sous-titre Les Homosexuels (re)vus par Hollywood. Explorant cent ans de cinéma hollywoodien, il aligne une centaine d'extraits de films qu'il fait dialoguer avec des figures du septième art comme Shirley MacLaine, Susan Sarandon, Whoopi Goldberg, Tony Curtis ou encore Gore Vidal. Avec une question : comment Hollywood a appris à penser les homos ?

Le minutieux travail d’archives du film met en lumière une mécanique bien huilée. D’abord la construction dès le cinéma muet – les premiers extraits remontent à 1895 – du personnage de la "folle", dont les manières efféminées sont tolérées tant qu’elles font rire. Avant les premières audaces, les sous-entendus, les travestissements, les personnages vraisemblablement homos mais qu’on devine seulement. S'ensuit une longue période sous la grande chape du code Hays, censure imposée de 1934 à 1968 et qui interdisait à Hollywood la représentation explicite de la sexualité, a fortiori de l’homosexualité et de tout contenu jugé immoral. Le documentaire fouille tout le système de ruses et de sous-entendus qui se met alors en place pour contourner l'interdit : Morocco, La Reine Christine, Rebecca, La Corde, Thé et Sympathie, Ben-Hur, Certains l'aiment chaud, Victim

Après la fin du code Hays, Hollywood sort doucement du placard, mais avec quarante ans de honte collée à la semelle. Dans Les garçons de la bande (1970), la réplique "Tous les PD ne se flinguent pas à la fin" sonne comme une percée. Des personnages homos peuvent enfin s'expliciter, même si l’autodérision reste une armure. Deux ans plus tard, Cabaret fait de l’homosexualité une fête. Mais les habitudes ont la vie dure. Dans les années 1980, le mot "PD" fuse dans les films comme une insulte réflexe, un levier humoristique facile. Quelques œuvres déplacent pourtant la focale. Sous son vernis de polar, Cruising montre un vrai milieu gay. Making Love (1982), lui, ouvre la voie à des personnages qui ne sont pas punis pour leur existence. La sortie du placard est amorcée.

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Crédit photo : capture d'écran