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portraitDestin Conrad, nouveau visage gay du R'n'B

Par Florian Ques le 17/04/2026
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[Rencontre à retrouver dans le magazine de têtu· du printemps, disponible chez vos marchands de journaux ou sur abonnement.] À 25 ans, le chanteur américain Destin Conrad a sorti son deuxième album, wHIMSY, et contribue au renouveau queer de la scène R’n’B.

Dansant, franc et bouillant. C’est ainsi que l’on qualifierait Love on Digital, le tout premier disque du chanteur américain Destin Conrad paru en avril 2025. Nommé cette année aux Grammy Awards dans la catégorie Meilleur album de R’n’B progressif, ce quinze-titres fonctionne comme une invitation à se déhancher ­collé‑serré sur des sonorités sexy. "Pour moi, le R’n’B, c’est la musique de l’amour, défend l’artiste lorsque nous échangeons en visio, alors qu’il s’apprête à clore sa tournée internationale. C’est un genre musical très frontal, qui demande une certaine audace au niveau de l’écriture, et c’est précisément ce qui m’inspire."

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Longtemps monopolisé par des récits hétérosexuels, le R’n’B prend désormais un virage de plus en plus queer grâce à des artistes comme Kehlani, Serpentwithfeet ou encore Lil Nas X… Est-ce un heureux hasard si on les repère tous dans ses morceaux ? "Certainement pas, réplique Destin en souriant. Je voulais surtout collaborer avec des amis, et il s’avère que la majorité de mes amis sont queers."

Coming out, Vine, Khalid…

Cela n’a pas toujours été le cas. Dans sa Floride natale, le garçon grandit sans représentation gay autour de lui et accompagne sa tante évangéliste à l’église pour chanter dans la chorale paroissiale. Alors qu’il a 10 ans, sa famille déménage en Californie. Un changement radical : "C’est une région avec une ouverture d’esprit dingue ! Au collège, j’avais des amis qui assumaient leur homosexualité. Il y avait déjà une très forte autodétermination, je n’en revenais pas. Je me disais : ‘Quoi ? Mais vous avez le droit de dire ça ?’ [Rires.] Je crois que ça aurait été plus compliqué pour moi de faire mon coming out si j’étais resté à Tampa."

Adolescent, comme toute sa génération, il se frotte assez tôt aux réseaux sociaux. "À 12 ans, je postais des vidéos humoristiques sur Vine, se remémore-t-il en évoquant l’ancêtre de TikTok. Je suis tombé sur des choses que je n’aurais peut-être pas dû voir à cet âge‑là, mais je pense que ça m’a permis d’avoir la peau dure." Ayant malgré tout développé un sain recul au sujet de ces plateformes, il n’a de cesse d’encourager la bienveillance chez ses fans. Le chanteur s’est par exemple permis une réprimande à celles et ceux qui le comparaient à Khalid, autre figure ouvertement gay de la scène R’n’B américaine, pour les mettre en compétition et les dénigrer. "C’est important que les artistes prennent la parole pour ‘recadrer’ les membres de leur communauté quand leur comportement est limite. Nous avons beaucoup plus de contrôle qu’on ne le croit."

Côté carrière aussi, Destin Conrad jouit pleinement de son contrôle en tant qu’artiste indépendant. Une liberté qui lui permet d’imaginer un horizon sans bornes, où tous les genres musicaux seraient à portée de main. Quelques mois après Love on Digital, il s’aventure ainsi en terres jazzy avec un deuxième album, le très convaincant Whimsy. "Je ferai toujours ce que j’ai envie de faire, annonce-t-il, bravache. Si je voulais enregistrer un album rock, je le ferais. Je n’ai de comptes à rendre à personne, c’est l’un des avantages de ne pas avoir signé avec un label." Et pourquoi pas un disque 100% gospel, le défie-t-on ? "C’est vrai que c’est un genre sans représentation queer… Alors j’ai envie de te dire 'allons-y !'".

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Crédit photo : Ryder