homophobie"On a dû courir pour nos vies" : un spectacle visé par des violences homophobes à Lyon

Par Romain Siraut le 13/08/2026
Francesco Colaleo et Maxime Freixas ont fondé la compagnie MF à Lyon.

Dans le quartier de La Duchère, à Lyon, un trio queer de danseurs a dû interrompre son spectacle de rue, programmé par la municipalité, après avoir été ciblé par des insultes homophobes et des tirs de mortiers d'artifice.

Ils étaient venus danser. Ils ont dû fuir sous les insultes homophobes et les tirs de mortiers d’artifice. Sur la place Gisèle-Halimi, dans le quartier de La Duchère à Lyon, deux danseurs et un musicien de la compagnie "MF" présentaient le samedi 1er août "Say Something", un spectacle de rue gratuit et participatif. Programmé dans le cadre de "Tout l’monde dehors", un festival municipal qui propose chaque été près de 200 représentations en plein air, le spectacle a rapidement tourné court. Des habitants ont d’abord pris les artistes à partie avec des insultes homophobes, avant d'être pris pour cible par une salve de mortiers d'artifice. Le musicien de la troupe a été blessé.

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"Dès notre arrivée, on avait l’impression de déranger, pour garer nos voitures et même pour installer notre matériel", témoigne pour têtu· Francesco Colaleo, fondateur avec Maxime Freixas du trio qui mêle danse, théâtre, improvisation et humour. Leur performance a débuté quand un adolescent arrive en trottinette et se met à tourner autour des danseurs. "Il faisait semblant de nous foncer dessus pendant tout le show. Puis il a essayé de nous frapper au visage en criant PD et tapette”, reprend Francesco.

"Une pluie de mortiers"

Les artistes décident alors d’interrompre la représentation. "On avait peur pour notre sécurité", résume Maxime. Mais alors qu’ils commencent à ranger leur matériel, la situation s’envenime encore. "Une pluie de mortiers est tombée sur nous. On a dû courir pour nos vies", s’insurge Francesco. Tirés depuis les immeubles alentour, les projectiles visent directement la troupe. L’ordinateur du musicien est détruit par un tir, et son tympan atteint. "On ne comprenait pas ce qu’il se passait", poursuit Maxime, qui pointe "une certaine responsabilité de la municipalité de nous avoir mis ici, sans policiers ni sécurité".

Édouard Hoffmann, élu de centre-droit au conseil municipal du 9e arrondissement où se sont déroulés les faits, voit dans cette agression homophobe "le symptôme d'un quartier où la loi de la rue l'emporte régulièrement sur la loi de la République". Contacté par têtu·, le maire socialiste de l'arrondissement Emmanuel Giraud, reconnaît que La Duchère est "un quartier sensible", où le spectacle de deux hommes qui dansent heurterait notamment des convictions religieuses. "Les caméras de surveillance pourront permettre de localiser d'où les tirs de mortiers ont été effectués et d'identifier leurs auteurs", espère-t-il, avant de marteler : "Il est hors de question que les valeurs de la République soient exclues du quartier. On ne va pas adapter nos événements culturels, sportifs ou patrimoniaux au regard d’une religion ou de quelques fondamentalistes qui domineraient le quartier."

Et maintenant ?

De son côté, la Ville de Lyon a condamné "avec la plus grande fermeté" des faits qu’elle qualifie d’"une extrême gravité". Le maire écologiste, Grégory Doucet, assure que la municipalité "restera intransigeante face à toutes les formes de haine" et poursuivra son engagement pour une ville "ouverte, inclusive et respectueuse". L’édile a même réagi directement auprès des artistes sur Instagram, sous la publication d’une vidéo dans laquelle les deux danseurs expriment leur désarroi. "Vous serez toujours les bienvenus à Lyon", leur a-t-il écrit.

Dès le lendemain des faits, l'adjointe à la Culture d'Emmanuel Giraud a contacté les artistes pour leur proposer de reprogrammer leur spectacle dans les prochains mois. Revenir jouer à La Duchère ? La compagnie hésite, encore sous le choc : "On doit encore réfléchir à la proposition… On s'est produit en Croatie, en Roumanie, dans des pays où souvent l’homosexualité est encore moins acceptée, et les gens nous remerciaient ! Ici, nos simples costumes brillants ont suffi à provoquer une telle violence, c’est dingue."

Avec son groupe "Lyon Démocrate et Humaniste", Édouard Hoffmann réclame que ce soit le maire de la ville, Grégory Doucet, qui organise une nouvelle programmation du spectacle à la rentrée, en y conviant tous les élus. Il même d’un autre symbole : "On peut imaginer une projection de Drag Race France à La Duchère… Il faut bousculer le quartier !" Une idée qui résonnerait particulièrement sur la place Gisèle-Halimi, du nom de la députée qui porta en 1982 la dépénalisation de l’homosexualité devant l’Assemblée nationale.

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Crédit photo : Alberto Foresta