Le pape Léon XIV est en France pour quatre jours, du vendredi 25 au lundi 28 septembre. Alors que son pontificat commence à prendre forme, les catholiques LGBT scrutent les premiers signaux envoyés par le successeur de François : maintien de l’ouverture pastorale, évolution de la doctrine, reconnaissance des personnes trans… Autant de sujets sur lesquels les attentes restent fortes.
Pour sa première visite en France, le pape américain doit passer par Paris, Lourdes et Metz. Au programme : célébrations religieuses, rencontres avec les fidèles, mais aussi plusieurs séquences consacrées à la paix et au dialogue interreligieux. Un voyage essentiellement pastoral, qui ne devrait pas être l’occasion de grandes annonces doctrinales. Mais pour les catholiques LGBT, sa venue intervient à un moment particulier : un peu plus d’un an après son élection, la ligne de Léon XIV sur les questions LGBT commence à se préciser.
"Il y a des messages très chouettes qui sont portés depuis son élection, notamment sur la paix ou l’écologie, mais il n’y a toujours pas eu de grosses annonces concernant les personnes LGBT", constate Claire, lesbienne, 36 ans, membre de D&J Arc-en-Ciel, association qui milite pour une meilleure intégration des personnes LGBT au sein de l’Église. Elle ne prévoit d’ailleurs pas d’assister aux célébrations organisées pendant la visite.
Après François, quelle continuité ?
Pour Claire, le pontificat de François avait ouvert une brèche. "C’était un showman, un vrai réformateur", se souvient-elle. Dès 2013, le pape argentin avait marqué les esprits avec sa formule : "Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ?" Dix ans plus tard, devant quelque 500.000 jeunes réunis à Lisbonne, il insistait : "Il y a de la place pour tout le monde dans l’Église, personne n’est superflu."
Cette ouverture s’est aussi traduite par plusieurs décisions. En novembre 2023, le Vatican précisait qu’une personne trans pouvait recevoir le baptême dans les mêmes conditions que les autres fidèles, y compris après un traitement hormonal ou une opération, sous réserve qu’il n’existe pas de "risque de scandale public ou de désorientation parmi les fidèles". Quelques semaines plus tard, le 18 décembre, François approuvait Fiducia supplicans, qui autorise les prêtres à bénir de manière spontanée et non liturgique des couples de même sexe, sans assimiler cette bénédiction au mariage. "J’ai toujours voulu que nos vécus LGBT et notre foi se nourrissent l’un l’autre", explique Claire. Depuis l’élection de Léon XIV, elle attend de savoir jusqu’où cette dynamique se poursuivra.
Théo Moy, journaliste au Cri média, magazine catholique progressiste, voit dans Léon XIV "un pape du christianisme social", attaché à une Église ouverte à tous. Mais il invite à ne pas attendre de sa venue en France des avancées immédiates sur les sujets LGBT : "Cette visite est pastorale." Elle devrait donc davantage être placée sous le signe du dialogue et du rassemblement que de changements sur les questions qui continuent de diviser l’Église.
Une volonté d’ouverture, sans changement de doctrine
Depuis son élection, Léon XIV s’est peu exprimé directement sur les questions LGBT. Le 1er septembre 2025, il recevait toutefois au Vatican le jésuite américain James Martin, connu pour son travail auprès des catholiques LGBT. À l’issue de leur entretien, celui-ci décrivait un échange "chaleureux, accueillant, amical et détendu" et estimait que le pape entendait poursuivre l’approche d’ouverture de François envers les personnes LGBTQ. Les bénédictions de couples de même sexe n’avaient toutefois pas été abordées.
Quelques mois plus tard, lors du "Jubilé des pauvres", une cinquantaine de femmes trans participaient au déjeuner organisé au Vatican avec des personnes en situation de précarité. Contrairement aux années précédentes, aucune n’était installée à la table d’honneur du pape. Le cardinal Konrad Krajewski, organisateur du repas, avait alors invoqué un tirage au sort des places et assuré qu’il n’y avait eu "aucune exclusion".
Mais sur le terrain doctrinal, Léon XIV s’est montré beaucoup plus clair. Dans un livre d’entretiens publié en 2025, il jugeait "très improbable, au moins dans un avenir proche" une évolution de l’enseignement de l’Église sur la sexualité et le mariage. C’est précisément là que se concentrent les attentes de Claire. Le Catéchisme qualifie toujours les actes homosexuels d’"intrinsèquement désordonnés", une formulation qu’elle voudrait voir disparaître. "Il faut qu’on évolue sur cette question", insiste-t-elle. Elle espère aussi "que les bénédictions des couples deviennent doctrinales, et qu’on sorte du cas par cas".
Alix, 33 ans, également membre de D&J Arc-en-Ciel, attend de son côté une meilleure reconnaissance des personnes trans au sein de l’institution."Elles doivent être reconnues par l’Église, car sinon cela peut avoir des conséquences concrètes, comme le refus du baptême ou de la confirmation pour ces personnes", estime-t-elle.
Elle n’imagine pas davantage une reconnaissance prochaine du mariage entre personnes de même sexe. "En tant que bisexuelle, même si je me marie avec un homme, je ne le ferai pas à l’Église. Pour l’instant, ils ne reconnaissent pas la même valeur aux LGBT qu’aux personnes hétérosexuelles. Donc ce n’est pas possible."
La crainte d’une récupération politique
Les attentes ne concernent pas seulement la doctrine. Pour Bertrand, homosexuel et père d’un petit garçon né d’une coparentalité, la venue du pape doit aussi rester un moment de communion. "Le sujet principal, c’est qu’il faut éviter la récupération politique", estime ce doctorant en théologie. Il redoute qu’une frange catholique identitaire profite de l’événement pour mettre en avant ses propres thèmes réactionnaires. Une inquiétude partagée par Théo Moy, qui observe selon lui "un phénomène d’entrisme fort de l’extrême droite identitaire dans l’Église". Il insiste toutefois sur la nécessité de distinguer cette mouvance du conservatisme catholique traditionnel.
Dans ce contexte, il attend surtout du pape une parole susceptible de dépasser les fractures politiques et religieuses, notamment lors de la rencontre interreligieuse prévue à Metz. "Le symbole est très fort. Cette rencontre entre musulmans, juifs et chrétiens, ce n’est pas banal, cela peut servir à l’apaisement", estime-t-il.
Cette inquiétude s’accompagne aussi d’une attention particulière aux résistances internes à l’Église. Plusieurs prêtres ou conférences épiscopales ont contesté ou refusé d’appliquer certaines dispositions introduites sous François, notamment les bénédictions prévues par Fiducia supplicans. Dans plusieurs pays africains, comme au Ghana ou en Ouganda, les Églises chrétiennes jouent également un rôle dans les débats autour des lois criminalisant les relations homosexuelles, avec des positions qui varient selon les pays et les autorités religieuses.
Alix dit percevoir elle aussi un retour à des pratiques plus conservatrices dans certaines paroisses. "Quand je vais à l’Église, je vois que les femmes sont à nouveau reléguées au second rang, elles sont complètement infériorisées, jusqu’à leur place autour de l’autel", raconte cette Auxerroise. Elle continue pourtant de croire que le changement peut venir des fidèles eux-mêmes. "C’est parce qu’il y aura des personnes LGBT de plus en plus baptisées que le Vatican évoluera", espère-t-elle.
Pendant la visite de Léon XIV, elle assistera donc à une messe avec une autre ambition : "Ma venue, au-delà d’apprécier ce genre d’événements, c’est aussi une manière de visibiliser l’association et les personnes LGBT, de montrer qu’on existe." Une présence qui fait écho, quelques jours avant la marche des Fiertés parisienne, à une même revendication : être visible au sein d’une institution dont les personnes LGBT restent membres, même lorsque sa doctrine continue de les tenir à distance.
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