Joes, jeune Congolais de 23 ans arrivé enfant en France, a été expulsé cette semaine vers son pays d'origine. Porteur du VIH, il risque d'être privé de soins adaptés car la République démocratique du Congo (RDC) souffre d'une difficultés d'accès aux traitements antirétroviraux, aggravée par la suppression des financements humanitaires américains.
“Une condamnation à mort”, alertent plusieurs associations depuis la fin juin. Joes, un jeune Congolais de 23 ans vivant en France depuis l'âge de onze ans, a été expulsé ce mercredi 9 juillet vers Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), en Afrique centrale, après avoir passé deux mois au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu (Haute-Garonne). Vivant avec le VIH, il bénéficiait en France de soins, or son expulsion en RDC met en péril son accès à un traitement.
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Depuis douze ans, Joes a grandi dans l'Oise avec sa grand-mère. À sa majorité en 2020, retrace Mediapart qui a pu le contacter, il aurait dû demander un titre de séjour mais les services d'immigration des préfectures étaient alors fermés en raison de la pandémie de covid, ce qui vaudra à Joes de recevoir une Obligation de quitter le territoire français (OQTF). Pendant cinq ans, le jeune homme ne se fait pas remarquer, jusqu'à une dispute à son domicile en mai 2025 qui déplace les forces de l'ordre. Il est alors arrêté et placé en centre de rétention, éloigné de sa compagne qui attend un enfant.
Difficulté d'accès au traitement
Aujourd'hui, Joes pourrait faire une demande de titre de séjour pour raison médicale, mais le Code de l'immigration précise que pour l'obtenir, il faut démontrer une impossibilité d'accéder à ses traitements dans le pays d'origine. Dans son cas, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a statué qu'accéder à des traitements anti-VIH était possible à Kinshasa, et s'est par conséquent prononcé en faveur de l'expulsion. Mais dans les faits, l'accès à ces traitements est particulièrement compliqué au Congo.
Autour de Joes, des associations et élus se mobilisent pour obtenir l'annulation de son expulsion. Fin juin, une quinzaine d'associations, parmi lesquelles Aides, La Cimade ou Médecins du monde, ont interpellé le ministère de l'Intérieur. L'expulsion de Joes, alertaient-elles, "constituerait une atteinte à ses droits fondamentaux et à son droit à la santé" et "pourrait représenter, pour lui, une condamnation à mort". Hadrien Clouet, député (LFI) de Haute-Garonne, a demandé lors d'une séance de questions au gouvernement de "suspendre les expulsions des personnes atteintes du VIH vers des pays où elles seront privées de soins".
Recul de l'aide américaine
"Il est scandaleux que l'OFII considère que les traitements antirétroviraux sont disponibles à Kinshasa. Il y a des traitements, mais ils sont rarement accessibles", s'agace le député auprès de têtu·. Un constat partagé par Aides : "Dans la théorie, des médicaments arrivent en RDC mais en réalité, il n'y a pas de moyens pour garantir leur acheminement vers les centres de santé, et donc ils n'arrivent pas aux populations contaminées", explique Camille Spire, la présidente de l'association de lutte contre le VIH. "Statuer que la situation est sous contrôle et qu'il n'y a aucun problème parce que des traitements existent sur le territoire, cela revient à laisser les gens mourir", s'indigne Anne Souyris, sénatrice écologiste de Paris. Également contacté, le ministère de l'Intérieur n'a pas souhaité répondre à nos questions.
Le manque de moyens contre le VIH au Congo est accentué depuis que les États-Unis de Donald Trump ont drastiquement réduit les financements internationaux destinés aux traitements contre le VIH. "Six mois seulement après la perte de financements américains, les associations sur place recensent déjà des pénuries de médicaments, et une morbidité qui a augmenté", rapporte Camille Spire. Si la France ne veut pas compenser cette perte de financements, observe Anne Souyris, "elle pourrait au moins ne pas expulser les gens qui n'ont plus accès effectif aux médicaments dans leur pays". Il n'est pas trop tard pour faire revenir Joes.
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Crédit photo : Henrique Campos / Hans Lucas via AFP