théâtreFestival d'Avignon 2025 : trois seuls en scène gays et singuliers

Par Franck Finance-Madureira le 18/07/2025
"Ancora tu" de Salvatore Calcagno, interprété par Nuno Nolasco.

Dans la jungle du off au festival d'Avignon 2025, têtu· a repéré pour vous trois spectacles qui brillent par leur intensité, leur sincérité et leur singularité. 

Dispositif original pour raconter un amour perdu, déclaration passionnée sans artifice ou confession introspective et amusée d’un jeune homme qui va mieux… Cette année au off du festival d’Avignon, trois comédiens évoquent seul en scène des histoires gays dans des styles très différents.

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  • Ancora tu de Salvatore Calcagno, interprété par Nuno Nolasco

Quand le public entre, le comédien est déjà là, attablé à son bureau tel un conférencier préparant sa prise de parole. Nuno Nolasco accueille avec un grand sourire et un fond d’accent portugais pour nous annoncer que ce spectacle ne sera pas celui qui était prévu car l’auteur, Salvatore, son amant, l’a quitté juste avant le départ pour Avignon. Au tableau, une liste hétérogène et mystérieuse de mots/souvenirs parmi lesquels le comédien offre au public la possibilité de choisir. À chaque item son enregistrement audio, video ou simplement l’évocation d’un souvenir, d’une chanson, d’une photo ou d’un poème qui, grâce à la fougue charmeuse du comédien, nous permettent de toucher du bout des doigts son histoire personnelle et celle qu’il a partagée avec son amour perdu. Par bribes sensibles ou drôles, on plonge dans ses racines portugaises et ses souvenirs d’enfance autant que dans l’histoire d’amour passionnée, sensuelle, physique et profonde que les deux garçons ont vécue entre les plages portugaises et italiennes. En une heure à peine, cette intimité offerte, réveille en soi les souvenirs de ses propres amours passées. Avec ce dispositif original et créatif, Ancora tu est une expérience singulière, un théâtre adressé et immersif qui touche sa cible – le cœur – avec douceur, humour et sincérité. 

>> au Théâtre du Train Bleu, à 17h25 jusqu’au 24 juillet

  • La Déclaration d’amour de Louis Hee à John Ah-Oui, écrit et interprété par Nicolas Barry

La pièce se joue dans un de ses jardins luxuriants dont Avignon a le secret. Nicolas Barry est Louis Hee, et il avait écrit un texte, une déclaration qu’il voulait lire mais il a perdu sa feuille. Alors il va "improviser" avec ce dont il se souvient, avec ses tics et ses failles, ses tocs et ses obsessions. C’est la rencontre qui est le cœur du récit, cette rencontre inopinée, dans un centre commercial, entre Louis et John qui s’étaient déjà vus une fois mais n’avaient jamais vraiment échangé. Cette rencontre va remettre en cause tous les équilibres de Louis, sa relation à lui-même, à son corps (qui s’autorise quelques mouvements chorégraphiés), ses doutes sur sa capacité à aimer et être aimé, a désirer et à être désiré. Et même s’il serre le cœur à coup d’envolées lyriques déchirantes, le propos de Nicolas Barry est éminemment politique puisque se pose la question des représentations. Avec cette déclaration d’amour enflammée d’un homme pour un autre homme, l’auteur-interprète pirate le répertoire, envoie valser Roméo et Juliette pour imposer un référentiel queer dans une histoire théâtrale à l’hétérosexualité envahissante. Un acte fort, sensible et puissant.

>> au Théâtre du Train Bleu / Jardins de l’ancien Carmel, à 18h15 jusqu’au 24 juillet (les jours pairs)

  • Heureux soient les fêlés, écrit et interprété par François Mallet

Avec ce seul en scène plus classique que les deux précédemment évoqués, François Mallet impose son personnage longiligne et barbu en racontant sa propre histoire dont il incarne quelques-uns des personnages qui en ont jalonné les étapes. L’histoire d’un jeune homme qui a grandi dans un village de l’Ain entre un père agriculteur et une mère institutrice et qui se sent, dès son plus jeune âge, différent. Celle d’un ancien patineur artistique aux rêves olympiques brisés. Celle d’un jeune homme bipolaire tardivement diagnostiqué après avoir multiplié les tentatives thérapeutiques, de l’hôpital psychiatrique à la gourou new-age. Celle d’un jeune homme gay qui n’a pas vraiment connu l’amour et qui ne maîtrise pas les codes de Grindr. Celle d’un gay un peu beauf, comme il se plaît à le dire, mais qui pourrait craquer pour son psy/daddy. Avec une sincérité sans faille, François Mallet se raconte sans s’épargner, mais toujours avec le recul nécessaire qu’insuffle son sens de l’humour. Il virevolte et "air patine" sur le plateau, évoquant frontalement ses fêlures pour la bonne cause : en faire sa force. 

"Heureux soient les fêlés"
Heureux soient les fêlés. Crédit photo : Fabienne Rappeneau

>> au Théâtre des Brunes, dernière à 16h30 le 22 juillet ; à Paris au Théâtre du Marais à 19h30 les 18 et 25 juillet / reprise en septembre

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Crédit photo d'illustration : Nuno Nolasco dans "Ancora tu", par Pablo-Antoine Neufmars