Présentée à la BnF François-Mitterrand à Paris, l'exposition Les mondes de Colette nous plonge dans le foisonnement d’une vie d’écrivaine libre : manuscrits, correspondances, objets, films, parfums... Tout ce qui fit Colette.
Colette, Claudine, la Vagabonde… les multiples facettes de l'écrivaine transparaissent dans chaque trait de ses personnages, aussi audacieux soient-ils. L'exposition Les monde de Colette, à voir jusqu'au 18 janvier 2026 à la BnF François-Mitterrand, s’articule autour de cinq grandes sections thématiques – "Souvenirs sensibles", "Le Monde", "S’écrire", "Le Temps", "La Chair" – qui alternent la chronologie de la vie de Colette et son œuvre littéraire pour montrer à quel point ses écrits sont le reflet d’une vie vécue intensément, sans compromis. On y découvre plus de 300 artéfacts (manuscrits, photographies, estampes, objets d’atelier, costumes, affiches, extraits de films et entretiens), ce qui permet non seulement de retracer le destin de l'écrivaine, mais de sentir la tension entre le soi et le paraître chez Colette.
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Ce qui frappe, c’est la mise en scène sensorielle : des parfums évoqués via les carnets, une reconstitution d’atelier, des bornes sonores et visuelles qui rappellent que Colette puisait son inspiration dans ses souvenirs les plus intimes comme dans les plus quotidiens. Jardin d'enfance, passion pour le music-hall, obsessions pour la nature, scènes publiques et privées, rien n'est laissé au hasard. Les costume de scènes, les affiches, les extraits cinématographiques, tout est là pour donner à voir les espaces où Colette se met en scène, y compris dans ses désirs.
Colette et ses désirs pluriels
On y découvre notamment les amours lesbiennes de Colette. L’exposition met en avant sa relation passionnée avec la Marquise Mathilde de Morny, dite Missy, également connue sous le surnom d'"Oncle Max". Ses vêtements masculins, sa manière d’habiter le genre, dérangent. Leur liaison, incarnée dans Lettres à Missy, témoigne d’une affection profonde, d’un refuge, parfois d’une complicité et d’une vulnérabilité qui ne se cachent pas mais oscillent entre liberté et normativité imposée. Parmi les pièces les plus commentées de l’exposition, Rêve d'Egypte fait figure de manifeste queer avant l’heure. Sur scène, Colette embrasse fougueusement son amante devant un public médusé. Scandale immédiat : nous sommes en 1907, les journaux crient à la décadence, les moralistes s’étranglent. Colette et Missy transforment les planches en champ de bataille symbolique de l’irréductible désir féminin qui s’affiche sans permission.
Tout au long de son œuvre, notamment dans Claudine à l’école, Claudine en ménage, ou encore Le Pur et l’Impur, Colette a interrogé aussi bien les désirs féminins que les identités. Les épisodes saphiques ou les désirs qui sortent des schémas hétéro traditionnels ne sont pas anecdotiques. Ils structurent un jeu de miroirs entre la figure publique de l’écrivaine et ses personnages. L’exposition offre une précieuse occasion de revisiter Colette non comme un mythe figé, mais comme une figure vivante, plurielle, qui aimait librement et écrivait depuis une position toujours à contre-courant. Elle rappelle que certaines de ses correspondances, ses choix de vie, ses vêtements, ses amours furent considérés comme des actes de résistance, non pas dans l’affrontement permanent, mais dans l’habitude d’être soi, même si cela dérangeait.
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Crédit photo : BnF, photographie de Colette par Reutlinger