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interview"Chez nous, tous les corps sont célébrés" : dans la salle de bains de Vinii Revlon

Par Florian Ques le 22/10/2025
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[Interview à retrouver dans le magazine de têtu· de l'automne, ou sur abonnement.] Pilier de la scène voguing en France, father de la House of Revlon et star du docu-série Ballroom, danser pour exister, disponible sur france.tv, le légendaire Vinii Revlon nous invite à nous faire mousser dans sa baignoire.

Photographie : Yann Morisson pour têtu·

  • Quel est ton indispensable lorsque tu te prépares pour un ball ?

Mon téléphone ! Je ne peux pas être dans ma salle de bains sans mettre de musique. Même pour faire pipi, c’est dire ! Ça va d’Evanescence à Jennifer Lopez, en passant par Aya Nakamura… Sinon, je dirais que mon anticernes est mon indispensable. Si tu veux tout savoir, j’utilise en général celui de MAC ou d’Erborian.

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  • Tu penses qu’il faut absolument se sentir en beauté pour entrer dans la ballroom ?

C’est l’environnement du ball qui te fait te sentir beau. Chez nous, tous les corps sont célébrés. Par exemple, une personne grosse est mal jugée dans la vie de tous les jours car elle ne correspond pas aux standards de beauté. Dans la scène ballroom, on va lui crier “Look at this big bitch, shake your body !” C’est comme ça qu’on gagne en confiance en soi. En revanche, c’est important de bien s’habiller : tu veux être au maximum !

  • Ce n’est pas trop dur d’être à la tête de la House of Revlon ?

Ça demande beaucoup de transparence, de communication, de loyauté… En tant que father, je veux aussi m’assurer que tu excelles autant lors des balls que dans ta vraie vie. On a de vraies discussions, parce qu’il n’est pas toujours facile de parler de tout avec sa famille biologique, surtout quand tu es queer et racisé. En 2012, j’étais à la tête d’une autre version de la House of Revlon, avec des membres différents. Mais l’énergie n’était pas bonne, il y avait beaucoup d’ego…

  • Pourtant, l’ego est important dans le milieu ballroom, non ?

On dit toujours “leave your ego on the floor” : quand le ball est terminé, tu redescends. Mais parfois, les gens sont piqués et ce n’est pas évident de prendre de la hauteur.

  • Te dirais-tu séducteur ?

Je dirais surtout que je sais jouer de mes charmes… Quand j’ouvre la bouche, je sais que j’ai ce petit truc qui fait qu’on veut vite devenir mon ami. Mais c’est normal, vu que je suis congolais : de base, j’ai un charisme. [Rires.]

  • As-tu toujours aimé ton reflet dans le miroir ?

Bitch, you’re going deep ! Je suis né en France dans les années 1990, quand ce n’était pas à la mode d’être noir. Le monde te fait alors comprendre que tu n’es pas beau. En grandissant, je n’aimais pas mon apparence. J’ai compris que c’était une force d’être noir à travers des rencontres, des lectures… et la ballroom !

  • Toi et la ballroom, ça a été l’amour au premier regard ?

La première fois que j’ai vu du voguing, j’ai détesté. Je trouvais que c’était too much, en mode “girl, on a compris, ils dansent, ils sont pédés, c’est bon !” Et puis plus j’en voyais, plus je me disais : “Mais en fait, ils ne sont pas too much, c’est les autres qui ne le sont pas assez !”

  • Tu te souviens de ton tout premier ball ?

Aux États-Unis, j’étais choqué de mes premières fois car ça finissait en bagarre générale. Je voyais un couteau par ci, un flingue par là… En France, c’est beaucoup plus safe, heureusement ! Pour mon premier ball à Paris, j’étais en Catwoman, alors que j’ai la phobie des chats. Et on a gagné !

  • Désormais, on te voit davantage à l’animation…

J’adore ça ! Le commentateur et le DJ sont le cœur et le poumon d’un ball. Sans eux, rien ne se passe, ils déterminent l’ambiance et la réussite de l’événement. J’ai un don pour faire en sorte que les performeurs se dépassent et pour fédérer le public. Il faut que ce dernier comprenne qu’il n’est pas au musée : tu ne restes pas silencieux dans un ball ! Quand tu animes, tu contrôles un peu tout ce qui se passe, et j’aime avoir le contrôle : je suis Capricorne !

  • D’ailleurs, en 2018, tu étais au palais de l’Élysée avec Kiddy Smile pour une performance de voguing. Quel souvenir en gardes-tu ?

Ah, les fameuses photos qui ont fait le tour du monde ! Figure-toi que c’est ce qui m’a servi de coming out, et c’était très violent, ça a créé une discorde dans ma famille. La première fois que mes parents sont venus à l’un de mes événements, c’était aux Jeux olympiques de Paris. Ils n’ont pu que s’incliner…

  • C’était important d’amener la culture ballroom aux Jeux olympiques ?

C’est crucial que notre culture soit visible, car elle sauve des vies. J’ai reçu tellement de messages bouleversants, notamment de parents d’enfants queers… On a marqué l’histoire de façon indélébile, c’est une grande fierté.

  • Quel est ton meilleur souvenir de salle de bains ?

Chez une amie qui avait une douche à l’italienne, disons que j’ai fait des bails dedans avec un gars… Je me suis cru dans un clip ! Comme toujours, il y avait de la musique mais là, c’était pour couvrir les bruits.

  • Et ton pire souvenir ?

Pleurer sous la douche sur l’album Rated R, de Rihanna. Comme dans un clip, encore une fois, mais pas du tout le même genre…

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