Avec son EP K-LIVE, Kompromat rejoue la communion des corps et des machines. Quatre titres live entre chaos, ferveur et manifeste.
K-LIVE, dernière sortie du duo Kompromat, est une déclaration d’amour à la scène. Capté lors de la tournée française du groupe, le disque réunit quatre titres live emplis de cette fièvre que seule la scène peut procurer. Rebeka Warrior et Vitalic s’y livrent sans filtre, loin du rendu léché des sons studio. L’énergie brute prime sur la maîtrise. Aucun polissage ne vient adoucir les respirations du public, ni la sueur du live. Chaque pulsation renvoie aux mouvements d’un corps collectif traversé par la transe. Dans ce format, Rebeka Warrior retrouve son terrain favori : celui où la musique se vit physiquement dans la vibration partagée et la collision des sons.
À lire aussi : "Je déteste être adulte" : rencontre avec la chanteuse Marguerite Thiam
Sur le plan musical, K-LIVE prolonge la grammaire électro-industrielle et techno-punk que la chanteuse explore depuis deux décennies, de Sexy Sushi à Mansfield.TYA. Kompromat, né en 2018, incarne la fusion parfaite entre le romantisme noir de Vitalic et le militantisme charnel de Rebeka Warrior : un duo inspiré des années 1980, entre EBM berlinoise, cold wave et culture club queer. Leur dernier album, PLДYING/PRДYING, sorti en 2025, prolonge cette tension entre ferveur mystique et fureur politique. Trois des morceaux de leur nouvel EP en sont issus, mais transfigurés par la scène. Là où l’album se pensait comme une bible électro, le live devient messe collective. Le live amplifie la tension : kicks métalliques, nappes abrasives, voix scandée comme une exhortation à la révolte. Ici, la musique se vit plus qu’elle ne s’écoute — elle se crie, se partage, se tord. Le chaos devient matière, la sueur manifeste. Le quatrième morceau, "Traum Und Existenz", est tiré de l'album du même nom, sorti en 2019. Alors que ce dernier jouait la rigueur électronique et les structures quasi liturgiques, K-LIVE revendique un chaos maîtrisé où la déflagration sonore est mélodie. C’est du Kompromat à vif, sans filet, avec ce grain rugueux qui atteste de la sincérité du geste.
Le live, c'est le mouvement
Mais K-LIVE est aussi un manifeste politique, un cri techno où s’entremêlent provocation et soin communautaire. Le duo y rappelle qu’il n’est pas qu’un groupe. Ses membres sont des architectes de la scène queer. Cofondatrice du label WARRIORECORDS, Rebeka Warrior est une militante du DIY et passeuse d’énergie pour une nouvelle génération d'artistes. Kompromat conçoit la techno comme un outil d’émancipation, une façon de reprendre possession de nos corps, de nos nuits, de nos colères. Les morceaux live deviennent alors autant de slogans en mouvement. La fête se constitue en contre-pouvoir. Ce n’est pas un hasard si le duo se revendique du mot Kompromat, terme russe désignant un dossier compromettant. Avec Warrior, le son dénonce, tout en invitant à la communion.
Ce qui frappe, c’est la cohérence du parcours. De la gouaille punk de Sexy Sushi à la mélancolie mystique de Mansfield.TYA, Rebeka Warrior n’a jamais cessé de mêler sacré et profane, révolte et tendresse. Avec Kompromat, elle et Vitalic poussent cette dialectique jusqu'à son paroxysme. Si le corps est un temple, la techno est une prière. K-LIVE en est la trace vivante, enregistrée à chaud, à hauteur de foule. C’est la preuve que la rage peut être belle, et que dans le vacarme d’une salle comble, la communauté queer trouve encore et toujours sa pulsation. La transe collective de K-LIVE aura d'ailleurs l'occasion de gagner le public le 5 novembre au Zénith de Paris, le 28 novembre à Paloma Nîmes et le 5 décembre au Rote Sonne de Munich.
À lire aussi : Peaches : sur Arte, un portrait fiévreux de l'icône queer de l'électroclash
Crédit photo : Maxime Ballesteros