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interviewNicolas Maury pour "Les Saisons" : "Il faut regarder les hommes"

Par Franck Finance-Madureira le 12/12/2025

[Interview à retrouver dans le magazine de têtu· de l'hiver ou sur abonnement.] En ce mois de décembre, c'est un Nicolas Maury réalisateur de série qui nous retrouvons. Il signe la très belle saga en quatre épisodes Les Saisons, à voir en ce moment sur arte.tv.

Poésie, théâtre, musique, cinéma, séries… À 45 ans, Nicolas Maury déborde toujours autant de projets. Entre deux jours de tournage pour le film Dix pour cent, c’est le réalisateur que nous rencontrons. Il a signé pour Arte la série Les Saisons, une saga en quatre épisodes qui se déploie sur trente ans, en forme de Jules et Jim contemporain et elliptique au bord de l’océan Atlantique.

Comme quoi, je ne suis pas tout à fait mytho !

  • Comment as-tu intégré le projet des Saisons ?

C’est une invitation. La productrice de la série, Carole Lambert, pensait que j’étais la personne idéale, mais je m’étais toujours promis de ne pas prendre la caméra quand je n’étais pas à l’initiative d’un projet. Lorsqu’elle m’a envoyé le scénario, je traversais une période difficile dans ma vie privée, et j’ai mis du temps à le lire. Et puis, un jour, je l’ai ouvert et je me suis senti un peu idiot, avec mes grandes phrases sur l’initiative d’un projet. J’ai accepté, et j’ai commencé à travailler sur l’écriture avec l’autrice et show-­runneuse de la série, Hélène Duchateau. J’ai vu ce qui me manquait, mais aussi ce que je n’aurais pas pu écrire. Je suis assez doué pour l’amour, le désastre, la famille, le destin, les liens qui se font ou se défont… toutes ces choses humaines, trop humaines. Je suis en revanche moins doué sur les sujets sociaux. Ça a été très beau, parce qu’il m’a semblé que l’on se complétait. Mon frisson d’auteur était là.

  • Tu apportes aussi ton regard d’homme gay…

J’ai voulu dépasser le sujet du trio amoureux, d’une femme déchirée entre deux hommes, pour parler de ces hommes. Je souhaitais insuffler dans cette fiction un peu de mes rencontres avec des hétérosexuels. Ils sont peut-être ceux qui m’ont tabassé quand j’avais 14 ans, ou qui me tabasseront un jour, mais ils ont aussi ceux qui, connus ou inconnus de moi, m’ont ouvert, le temps d’une soirée ou davantage, une tendresse, une vulnérabilité qui n’ont rien d’homo­érotique. Les hommes hétéros donnent peu en matière d’émotions et de sentiments, mais ils donnent quand même. Ils sont faibles et lâches, comme on dit chez Alfred de Musset, mais il faut aussi s’approcher d’eux, les regarder. Mon devoir de cinéaste est d’être proche d’eux, de les aimer. Je crois que la fiction permet de rééquilibrer l’homme à travers les héros masculins.

  • Tu t’es entouré d’un très beau casting, notamment Lucas Bravo, découvert dans Emily in Paris

Je pensais que je détestais ce mec, mais je l’ai découvert dans la vraie vie. J’ai vu ses brisures, ses désastres, et je l’ai accueilli, je l’ai aimé. Ça a été très fort pour moi de trouver un partenaire de jeu comme ça. Et j’aime bien le blues des beaux gosses, ils ont quelque chose de tragique. Et puis, il y a Géraldine Pailhas, qui joue ma femme. Il faudrait un paragraphe entier sur elle ! Je l’admirais déjà, mais je ne m’attendais pas à trouver une alliée si précise, précieuse, intelligente, incroyable, gourmande, amoureuse…

  • Tu joues aussi le père de Camille, l’héroïne de la série. Comment as-tu abordé ce rôle ?

Au départ, je ne voulais pas jouer dans la série, c’est la productrice qui a insisté. Je venais de perdre mon propre père, j’en faisais tout un truc, mais j’ai finalement embrassé ce rôle. Dans Garçon chiffon, je parlais beaucoup de l’amour de la mère. Là, c’est comme si mon papa était là. Stéphane Caillard, qui incarne le personnage de Camille, est une de ces actrices qui a cette combativité que j’affectionne particulièrement.

  • Dans Les Saisons, il y a deux personnages gays. C’était important pour toi ?

Ils sont là pour de bonnes raisons ! Je tenais à ce qu’un des personnages gays évoque Paris et ses rêves, et qu’il pense, comme moi je l’ai pensé, "un jour, j’irai faire ma vie là-bas".

  • As-tu relancé ton projet de deuxième long‑métrage pour le cinéma ?

Oui, et je vais jouer dedans. C’est une histoire d’amour entre un homme et une femme plus âgée. J’ai envie de filmer le sexe et de rendre hommage aux maîtresses et aux amants. Je vais attendre un peu pour commencer, car là, je tourne beaucoup comme acteur.

  • Tu tournes d'ailleurs en ce moment dans le film Dix pour cent, dix ans après la création de la série…

C'est magnifique de retrouver Hervé, qui a été un déclencheur. Hier, j’ai tourné des scènes avec Laure Calamy. On est vraiment les deux perruches du truc ! C’est beau l’amitié, c’est beau de vieillir ensemble. L’amitié, c’est le chapitre immense d’une vie.

  • Tu en es où côté musique, après ton premier et si bel album sorti en 2023 ?

Cela met parfois plusieurs années pour réussir à atteindre le cœur des gens. Aujourd’hui, des gens me disent qu’ils l’ont offert ou reçu en cadeau, et j’en suis très heureux. J’ai commencé à écrire un nouvel album avec Adrien Gallo [ex-BB Brunes, qui a composé la musique de la série, ndlr]. J’en suis à sept chansons, et cet album promet d'être très solaire.

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Crédit photo : Julien Vallon