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interviewMiles Heizer : "Boots entre dans un monde hypermasculin avec une perspective queer"

Par Florian Ques le 16/12/2025
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[Rencontre à retrouver dans le magazine têtu· de l'hiver, en vente chez votre marchand de journaux ou sur abonnement.] Déception pour les fans de Boots : la saison 2 de la série Netflix vient d'être annulée. Il y a quelques semaines, nous avions rencontré l'acteur Miles Heizer, qui interprète Cameron, le héros gay du show qualifié par le Pentagone de "déchet woke".

S'il n’a pas gardé la ponctualité des camps d’entraînement de Marines, Miles Heizer en a conservé l’humilité. En retard de quinze minutes à notre rendez-vous, manifestement tombé de son lit, vu ses cheveux ébouriffés et ses yeux pas tout à fait ouverts, le comédien de 31 ans se confond en excuses : "Je suis mortifié, d’habitude je suis hyperponctuel !" On hésite à l’humilier en retour en lui aboyant dessus comme aiment à le faire les instructeurs de l’armée américaine, mais on se dit qu’il est trop tôt pour faire la blague.

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Ajoutée cet automne au catalogue de Netflix, la série Boots, inspirée de l’autobiographie de Greg Cope White, intitulée The Pink Marine, raconte comment Cameron, un jeune homosexuel, décide, en 1990, d’intégrer les rangs des Marines. À l’époque, il est absolument interdit d’être gay dans l’armée américaine. Pour comprendre ce personnage, le blondinet aux yeux bleus – qu’on avait déjà remarqué dans les séries Parenthood et 13 Reasons Why – n’a pas eu à chercher très loin : après une adolescence dans le placard, il n’a plus jamais dissimulé son homosexualité, pas même pour préserver sa carrière. Peut-être parce qu’il est têtu ? "Je suis Taureau, alors c’est ce qu’on est censé être, fait-il remarquer. C’est peut-être aussi pour ça que cette interview devait avoir lieu !"

  • Un rôle de militaire, c’était sur ta liste de carrière ?

Certainement pas ! [Rires.] Je pense avoir décroché le rôle parce qu’on entre dans ce monde hypermasculin à travers une perspective queer. Si ça n’avait pas été le cas, on ne m’aurait sans doute jamais embauché pour incarner un militaire lambda.

  • Comprends-tu la décision de ton personnage d’intégrer les Marines ? Spécialement à une époque où il était dangereux d’être gay dans l’armée…

C’est la vraie décision qu’a prise Greg Cope White, l’auteur du livre dont s’inspire la série. En discutant avec lui, je l’ai comprise : il ne se sentait pas à l’aise avec sa famille et il n’avait qu’une seule personne sur qui compter, son ami ; et donc il le suit jusque dans l’armée. C’était un choix impulsif, mais logique, en un sens, même si je ne l’aurais pas fait.

  • L’armée est source de nombreux fantasmes gays – on le voit dans le porno –, mais Boots ne fait pas grand cas du sexe…

C’est justement ce qui m’a plu : la série n’est pas tant focalisée sur la sexualité de Cameron. Quand on commence l’histoire, il sait très bien qui il est, et n’a pas honte de son orientation sexuelle. La pression vient du fait qu’il est dans un environnement où être gay est illégal et donc risqué. Or, cette pression n’est pas très excitante, sexuellement parlant…

  • Dans les scènes de douche, cependant, on craint qu’une érection lui échappe et lui attire des ennuis…

Ce genre de situation était ma plus grande peur quand j’étais plus jeune. Se doucher avec des garçons hétéros, ça n’a rien d’amusant ou de sexy quand on ne s’assume pas encore. Tu te sens vulnérable, tu as peur que ton corps te trahisse et qu’on vienne t’outer. Tu stresses tellement que c’est impossible d’avoir une érection !

  • As-tu pu injecter de tes propres expériences d’homme gay dans ton rôle ?

On m’a vraiment laissé le champ libre pour m’approprier le personnage. Mais nous nous ressemblons beaucoup, donc je me suis retrouvé facilement en lui. J’ai tenté d’invoquer toute l’anxiété que je ressentais à l’adolescence quand j’étais dans le placard. Je me suis rappelé à quel point j’étais en détresse quand je me retrouvais seul avec des garçons. Il y a certaines scènes qui m’ont épuisé émotionnellement, donc j’étais content de pouvoir vite retourner dans ma loge pour retrouver mes deux chiens, ça me remontait le moral !

  • Tu arrives à mener de front ta carrière et l’éducation de deux chiens ?

Je n’ai pas travaillé pendant deux ans, donc c’était très facile de trouver du temps pour eux. Pendant le tournage de Boots, j’ai eu la chance qu’on m’autorise à les prendre avec moi. Mais ça ne m’empêche pas de me sentir coupable quand je les abandonne pendant trop longtemps pour être sur le plateau.

  • Dans la série, une camaraderie s’installe entre Cameron et ses compagnons de galère. As-tu déjà ressenti ça avec des hommes hétéros ?

Pas du tout. Plus jeune, je me tenais loin des garçons, car j’avais peur qu’ils se moquent de moi. Avec Boots, c’était la première fois que j’étais en comité restreint avec autant de mecs. Habituellement, je traîne avec mes amies filles ou mes potes gays, avec qui je peux parler de Drag Race ! Je savais évidemment qu’ils n’allaient pas avoir de souci avec mon orientation sexuelle, mais il restait tout de même un stress – inutile, car on s’est tous très bien entendus. Bon, bien sûr, je me sentais toujours ultragay, comparé aux autres acteurs !

  • Et se raser complètement le crâne, c’était aussi une source de stress ?

C’était à la fois stressant et excitant. Quand on me l’a fait sur le tournage, j’ai été surpris d’aimer cette nouvelle coupe. C’est agréable de ne pas avoir à se coiffer, de sentir le vent directement sur sa tête. Je le referai, mais peut-être pas rasé à blanc.

  • Au moins, tu auras appris deux choses : les cheveux ras te vont bien et les hommes hétéros ne sont pas si terribles que ça !

Tu as vu, c’est incroyable ! Mon futur s’annonce clairement plus radieux, maintenant.

  • J’ai lu que tu avais fait ton coming out à 19 ans. À tes proches ou au grand public ?

Je l’ai fait auprès de ma famille à 18 ans, et l’année suivante à mes amis. Personne n’a été choqué. Mais je n’ai pas vraiment fait de coming out public. Je pense que les gens m’ont vu et se sont juste dit que j’étais gay. C’est positif, il faut que l’orientation sexuelle devienne quelque chose qu’on n’a pas à déclarer. J’ai l’impression qu’on prend cette direction avec les jeunes générations ; mais bon, j’habite à Los Angeles, donc c’est subjectif.

  • Tu as évoqué Drag Race… As-tu regardé notre version Frenchie ?

En fait, je sais que la version française est l’une des meilleures de la franchise, mais je ne l’ai pas regardée, car j’ai peur que les sous-titres traduisent mal l’humour des blagues françaises. Mais apparemment, les looks sont dingues ! Je dois rattraper ça.

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Crédit photo : Erik Carter / Netflix

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