[Article à retrouver dans le magazine de têtu· du printemps, disponible chez vos marchands de journaux ou sur abonnement.] Romance gay phénomène venue du Canada, la série Heated Rivalry mérite-t-elle vraiment tout le foin dont elle fait l'objet ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non…
Par Florian Ques & Laure Dasinieres
Pour Heated Rivalry
Des beaux garçons, de la romance et du bon sexe gay… On ne va tout de même pas bouder notre plaisir ! Heated Rivalry, c’est d’abord un bonbon pour les yeux. Alors d’accord, le choix des comédiens – Hudson Williams et Connor Storrie – n’échappe pas tout à fait aux standards des fameux cover boys qui ont fait la réputation de têtu·, mais puisqu’ils incarnent des athlètes, on accepte qu’ils nous fassent culpabiliser d’avoir oublié le chemin de la salle de sport. D’autant que le travail sur la lumière compense efficacement le laxisme des dialogues. Derrière la caméra et au scénario de la saison, le réalisateur gay Jacob Tierney, 46 ans, a de toute évidence puisé dans ses souvenirs de porno gay à la Sean Cody. Vintage, on valide.
L’ancrage de la série à une époque post-Me Too est tout aussi manifeste : ici, les garçons se demandent la permission avant d’entrer, standing ovation. Mais on n’est pas seulement dans Heated Sodomy : quand les corps sont apaisés, les cœurs parlent. Au troisième épisode, centré sur la vraie bombe de la série, le Québécois François Arnaud, les mouchoirs servent cette fois à essuyer nos larmes. Rebelote plus tard avec cette scène où Shane invite Ilya à passer par sa langue natale, le russe, afin de se livrer plus facilement, même si lui ne la comprend pas.
Vous l’aurez compris, Heated Rivalry est une bluette, rien qu’une bluette. Mais une bluette où des garçons s’enculent joliment, dans des chorégraphies qui délaissent le trope de la levrette bâclée entre deux portes, censée évacuer un trop-plein d’homophobie intériorisée. Le fait qu’une série si simple, mais si gay, connaisse un succès si universel aurait suffi à notre ravissement. Celui-ci se trouve décuplé par la satisfaction d’avoir offert aux copines hétéros une alternative masturbatoire à la dark romance. De rien, le monde !
Contre Heated Rivalry
Après tout le battage médiatique autour de la série, on n’arrive pas vierge au premier visionnage de Heated Rivalry. Les attentes sont donc élevées… mais déçues dès les premières minutes. Vous avez dit sexe gay ? Il est filmé avec un filtre hétéro aussi moderne que la première perruque de Mama Ru. On nous a vendu du désir incandescent, du cul novateur, on se retrouve devant des scènes de douches sexy comme une pub pour déodorant, du soft porn de téléfilm M6 pour diffusion après minuit. On bâille fort devant si peu de créativité ! Le jeu d’acteur est à l’image des dialogues, qu’on jurerait écrits par une intelligence artificielle. Les SMS affichés à l’écran achèvent une esthétique qui crie déjà bug de l’an 2000.
On aurait plus facilement pardonné l’hétéro gaze si celui-ci ne gangrénait pas aussi les dynamiques de pouvoir entre les deux protagonistes. Dix ans après Fifty Shades of Grey, le scénario nous rejoue le mythe du séducteur toxique – parce que plein de traumas, on lui pardonne (non !) – mais qui s’adoucira grâce à la force de l’amour. Évidemment, ce mec toxique, c’est Ilya, le joueur russe ; évidemment, il est bisexuel ; évidemment, il est top. On s’extasie du consentement explicité dans le sexe entre les deux amants‑rivaux ? Il ne saute guère aux yeux dans la première scène de douche… et n’efface pas la manière dont Ilya maltraite verbalement Shane pendant une large partie de la série.
En 2026, on a le droit d’attendre autre chose que des histoires naissant dans la haine de l’autre (et de soi) pour nous vendre une transformation qui, dans la vraie vie, n’arrivera jamais. Navrante leçon à la jeunesse. À ce compte-là, autant revoir Happy Together de Wong Kar-wai, tout aussi vénéneux, mais esthétiquement sublime. Au fait, où est le hockey ?
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Crédits photo : HBO Max