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fétichisme"Je suis ton drone" : le jeu de rôle BDSM qui fantasme le corps-machine

Par Clément Des Ligneris le 16/07/2026
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[Article à retrouver dans le magazine de l'été, chez votre marchand de journaux ou sur abonnement.] Sous-culture fétichiste nourrie par la science-fiction, la dronification érotise la perte de contrôle et la disparition de l'égo dans la condition de robot soumis.

Illustration : Olivier Heiligers pour têtu·

"Dronification : venez et délestez-vous de votre identité. Pour les fans d’humains transformés en drones obéissants et à l’esprit vide" Sur Reddit, le forum consacré à la la pratique rassemble plus de 7.000 membres et des centaines de publications chaque semaine. Lumières violettes et bleues, combinaisons moulantes en latex, masques à gaz futuristes… Les images se succèdent : utilisateurs hypnotisés par des spirales sur leur écran, drones agenouillés, séances de bondage. Sous les publications, les mêmes phrases reviennent : "drone activé", "drone est drone", "drone en programmation"

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Sous-culture fétichiste apparue à la fin des années 1990, la dronification est nourrie par la science-fiction et les fantasmes transhumanistes. Des Borgs de Star Trek aux robots humanoïdes de Ghost in the Shell, ces figures mi-humaines mi-machines ont durablement marqué l’imaginaire érotique de certains adeptes de la pratique. "À l’époque j’explorais mon côté soumis et j’étais focalisé sur le latex", raconte Raskur, qui se présente comme "programmateur de drone". "En cherchant du contenu fétichiste, je suis tombé sur une histoire où deux mecs qui kiffent le latex ont une session. L’un d’eux se fait progressivement transformer et programmer en objet-machine obéissant, prêt à servir des mecs dominants. J’ai trouvé ça grave sexy."

Machines sans noms, mais vraie commu

Dans l’imaginaire BDSM, on a souvent en tête la figure du "gimp", soumis anonyme entièrement recouvert de latex. Le drone peut reprendre certains de ses codes esthétiques, mais explore une autre forme de soumission. "Il obéit aux commandes comme un ordinateur. Il ne va pas dépasser les règles qu’on lui donne, tandis qu’un gimp peut s’amuser à être un peu insolent", détaille Raskur. Lui entretient des relations régulières avec plusieurs drones, principalement en ligne. "Quand ils prennent contact, on commence par discuter de ce qu’ils aiment, de leurs limites… Ensuite, je leur donne des tâches, une routine à suivre. Ils doivent aussi utiliser ‘ça’ pour se désigner. Et on fait des séances d’hypnose, ou du jeu de rôle où je les entraîne à m’obéir."

Ces dynamiques D/s, pour dominant/soumis, reposent souvent sur des protocoles très codifiés. "Pour bien dessiner l’identité d’un drone, ce que j’aime faire, c’est leur attribuer un numéro. Une machine n’a pas besoin d’un nom, poursuit-il. C’est comme pour les puppies, qui utilisent souvent un surnom de pup pour entrer dans le rôle. Dans les deux cas, c’est aussi souvent le pseudo qui va être utilisé en ligne pour un profil kinky. Un nom, c’est important dans l’identité des kinksters."

Comme pour beaucoup de scènes fétichistes et BDSM queers, la dronification s’est largement développée grâce à Internet. On retrouve des drones partout : sur X, Instagram, Bluesky, Discord, Fetlife ou Recon. Les réseaux permettent à des utilisateurs aux fantasmes ultra-niches de se rencontrer, d’échanger et de construire une culture commune. "T’en as qui font ça en groupe, sur des plateformes spécialisées, genre Discord, ou des sites spéciaux comme HexCorp. Ça s’appelle des ‘serveurs’ ou des ‘ruches’", explique Raskur.

HexCorp est l’un des plus connus et compte des dizaines de milliers d’abonnés sur X. Uniformes, séances d’hypnose collective, règles internes : ces espaces brouillent les frontières entre communauté sociale, terrain de jeu sexuel et univers de roleplay. "Beaucoup de rencontres passent quand même soit par des réseaux kinky comme Recon ou Fetlife, ou juste par des réseaux sociaux mainstream. Pas mal de kinksters explorent déjà plusieurs rôles et pratiques qui peuvent bien se superposer avec le droneplay. Tu peux avoir des muscle drones, où les commandes sont liées à la prise de muscle, ou des drones puppies…"

Un lien intense avec l'hypnose érotique

La diversité des pratiques est large. Certains drones se définissent comme asexuels et recherchent surtout le fameux dronespace, état mental associé à la dronification. "T’es complètement détendu, sans pensées intrusives et focus sur des tâches simples. Ça aide à se concentrer", résume le guide. Comme d’autres pratiques fétichistes liées à l’incarnation de rôles, la dronification repose beaucoup sur cet état psychologique bien précis recherché pendant une session. Les puppies parlent par exemple de "pupspace" pour désigner cet état plus joueur et régressif. Dans le cas des drones, le fantasme tourne souvent autour de l’effacement de soi, de la discipline et de la sensation d’être transformé.

La pratique est également très liée à l’hypnose érotique, autre univers en pleine expansion. "Ça fait partie du fantasme, note Raskur. L’hypnose érotique, c’est assez méconnu et ça peut faire peur, mais en général, c’est plutôt safe si c’est pratiqué avec des gens de confiance." Il met cependant en garde contre certains contenus trouvés en ligne : "On peut trouver plein de fichiers d’hypnose érotique sur Internet, sans avoir besoin d’être directement en contact avec un hypnotiseur, et ça peut être risqué de les écouter et de tomber sur des suggestions avec lesquelles on n’est pas forcément à l’aise. Le mieux, c’est toujours d’avoir quelqu’un en face pour discuter de ses limites."

Pour Raskur, l’intérêt de la dronification dépasse largement les sessions en elles-mêmes. "Avoir un profil kinky sur les réseaux sociaux, ça m’a permis de grandir en tant que kinkster en apprenant des autres, en m’éduquant et en découvrant de nouvelles perspectives sur la sexualité en général, voire mon identité, confie-t-il. On peut faire des rencontres vraiment géniales et enrichissantes." Derrière les masques futuristes, les spirales hypnotiques et les fantasmes cyberpunk, la dronification raconte quelque chose d’un besoin de lâcher-prise et de jouer avec son identité. De trouver, aussi, une communauté où expérimenter librement ses désirs.

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