musique"Confessions II" de Madonna : alors on danse !

Par Thomas Desroches le 03/07/2026
"Confessions II", le nouvel album de Madonna.

Avec son nouvel album en forme de suite au mythique Confessions on a Dance Floor, Madonna continue de parler à son époque, réinvestit avec force la piste de danse et livre sans doute son meilleur album depuis vingt ans.

Nous sommes en 2005. Après déjà plus de vingt ans de carrière, Madonna atteint un nouveau sommet avec Confessions on a Dance Floor. L'album, porté par l'imparable Hung Up, se vend à dix millions d'exemplaires et fait danser la planète entière. Depuis, la reine de la pop a encore vécu plusieurs vies, et nous aussi. Une pandémie globale, de nouvelles guerres et un contexte politique suffocant ont redéfini notre monde. "Je me suis dit que le monde traversait une période très sombre et que les gens avaient besoin de danser", confie-t-elle simplement dans Interview Magazine.

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La star de ta star préférée propose donc une suite : Confessions II. Un exercice potentiellement casse-gueule, puisqu'il place les attentes au niveau du premier opus, deux décennies plus tard. Pour mettre toutes les chances de son côté, Madonna retrouve Stuart Price, le producteur du premier Confessions, ce qui présente un autre risque, celui de se répéter. C'est mal connaître notre diva pop. À 67 ans, la chanteuse ne regarde pas seulement en arrière : elle utilise son propre passé pour dialoguer avec le présent.

Un œil dans le rétro

Pour lancer cette nouvelle ère, le 17 avril dernier, Madonna monte sur la scène de Coachella aux côtés de Sabrina Carpenter, superstar de la Gen Z. Ensemble, elles dévoilent Bring Your Love, premier single officiel de l'album. Avec ce duo dance parfaitement calibré pour les radios, il est déjà question de transmission, d'un passage de flambeau symbolique entre une reine de la pop, déjà dans l'histoire, et la relève. Cette volonté de rester ancrée dans son époque traverse tout le disque. Stuart Price ne cherche jamais à refaire Confessions on a Dancefloor. Les productions flirtent avec la house, l'EDM ou la dance contemporaine, tandis que Madonna s'entoure d'artistes de plusieurs générations. Le DJ néerlandais Martin Garrix électrise Bizarre, le Colombien Feid pose sa voix sur Read My Lips et, plus inattendu, Lourdes Leon partage avec sa mère The Test, un dialogue poignant sur leur relation mise à l'épreuve par la célébrité.

Mais Confessions II regarde tout autant vers l'avant que vers l'arrière. Forte de plus de quarante ans de carrière, Madonna transforme sa propre légende en matière première. Elle évoque ainsi son premier amour, Sean Penn, dans Bizarre, revient sur sa relation conflictuelle avec sa belle-mère Joan Ciccone dans Betrayal et livre le morceau le plus bouleversant de l'album avec Fragile, hommage à son frère Christopher Ciccone, mort d'un cancer en octobre 2024. Dans My Sins Are My Savior, duo avec Stromae construit autour d'un sample de Justify My Love, elle revisite également sa réputation de provocatrice. En français, elle résume quatre décennies de scandales en quelques vers : "Je n'étais pas perdue, j'étais juste cassée / Ils ont essayé de me faire tomber / Je m'en fous, mes péchés sont mes sauveurs…"

Madonna/Mylène, même combat

Cette plongée dans sa mémoire atteint son sommet avec Danceteria, sans doute le morceau le plus fascinant du disque. Madonna y ressuscite le New York qui l'a vue naître comme artiste. Le titre renvoie en effet à la boîte de nuit où elle avait confié la cassette de Everybody au DJ Mark Kamins en 1982. Dans un rap qui rappelle les couplets de Vogue, elle convoque les fantômes de Keith Haring, Martin Burgoyne, Jean-Michel Basquiat, Maripol ou encore les B-52's. Plus qu'un exercice de nostalgie, Danceteria devient une déclaration d'amour à un monde d'hier dévasté par la crise sida, mais dont l'énergie pionnière continue d'irriguer sa musique. Ce voyage dans le temps irrigue tout Confessions II. Pour parler du présent, Madonna s'autoréférence sans jamais s'enfermer dans la nostalgie. Les couleurs électroniques de Ray of Light ressurgissent dans One Step Away, Fragile ou L.E.S Girl. L'atmosphère de Bedtime Stories et d'Erotica affleure dans Love Without Words.

Au fond, Confessions II réussit précisément ce que son titre promettait. Il prolonge Confessions on a Dance Floor sans chercher à le reproduire. Madonna n'utilise pas son passé comme un refuge mais la nostalgie comme un élan. Dans un monde qu'elle juge plus anxieux que jamais, elle oppose les synthétiseurs aux discours de peur, les clubs aux guerres culturelles et la danse au désespoir. L'écho de ce message est frappant avec celui de Mylène Farmer, de trois ans sa cadette, dans son dernier single "C'est à qui le tour"… Vingt ans après Hung Up, Madonna ne danse pas pour oublier le monde. Elle danse pour lui résister. À 67 ans, là où tant d'icônes finissent par célébrer leur propre légende, elle continue de l'écrire.

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Crédit photo : Warner