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interviewAdèle Exarchopoulos : "Je serai toujours du côté de l’amour"

Par Florian Ques le 22/09/2026
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[Interview à retrouver dans le magazine de l'automne, chez votre marchand de journaux ou sur abonnement.]Trois ans après Je verrai toujours vos visages, Adèle Exarchopoulos retrouve la réalisatrice Jeanne Herry dans Garance au cinéma ce mercredi 23 septembre. Elle y incarne une comédienne aux prises avec l’alcoolisme qui découvre son attirance pour Pauline, incarnée par Sara Giraudeau.

Àseulement 32 ans, elle possède l’un des CV les plus marquants du cinéma français. La première fois qu’Adèle Exarchopoulos était en interview dans têtu·, c’était en 2013 pour La Vie d’Adèle, le film d’Abdellatif Kechiche qui lui a valu un César du meilleur espoir féminin et de devenir, avec Léa Seydoux, la première actrice à recevoir personnellement la Palme d’or. Depuis, elle danse avec les genres, du Règne animal ou BAC Nord aux films de Quentin Dupieux. D’ici à 2028, elle jouera même dans le prochain western sud-coréen de Park Chan-wook.

Sa première collaboration avec Jeanne Herry, dans Je verrai toujours vos visages, lui apporte son deuxième César, celui de la meilleure actrice dans un second rôle, en 2024 – l’année, aussi, de son succès ouf avec le film d’amour de Gilles Lellouche. Pour leurs retrouvailles, la réalisatrice lui confie avec Garance un film presque tout entier. Présente dans chaque scène, Adèle Exarchopoulos accompagne son personnage dans tous les aspects de sa vie : son métier de comédienne, son alcoolisme et la découverte de son attirance pour les femmes. Après La Vie d’Adèle et Les Cinq Diables, c’est la troisième fois qu’elle incarne une femme attirée par les femmes.

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Qu’as-tu mis de toi dans ce nouveau personnage ?

La passion du jeu et une certaine conception plus mature de l’amour, que j’ai découverte au fil de ma vie. Quand on est jeune, on n’est pas toujours entièrement soi-même avec l’autre. On attend de grandes preuves d’amour, on s’accroche à des fantasmes. Dans l’histoire entre Garance et Pauline, il y a quelque chose d’absolu : leur présence l’une auprès de l’autre suffit. En mûrissant, tu te rends compte qu’accorder du temps à quelqu’un constitue déjà une très belle preuve d’amour.

On suit Garance dans toutes les dimensions de sa vie, tu es présente dans chaque scène. Comment se prépare-t-on à un rôle d’une telle ampleur ?

Je savais que la préparation serait une montagne. Dans un temps limité, il fallait rendre aussi crédibles son alcoolisme que son histoire d’amour ou son métier de comédienne, avec tout ce qu’il comporte de passion et de galères. Pour comprendre la maladie, Jeanne [Herry] m’a permis d’entrer dans des centres d’addictologie, où j’ai assisté à des groupes de parole réservés aux femmes. Tout le monde s’écoute et personne ne se juge. Ça m’a vraiment bouleversée.

Pauline réagit d’une manière assez inattendue à l’alcoolisme de Garance. Elle ne la culpabilise jamais et ne la rejette pas non plus…

Moi-même, je la trouvais parfois trop gentille ou passive. Mais Jeanne tenait à ce qu’elle soit ainsi et je pense qu’elle avait raison. L’entourage doit trouver sa juste place, ce qui n’a rien d’évident. Il ne faut ni se poser en sauveur ni recréer, pour la personne malade, une autre forme de dépendance.

Le film montre que la fête est un espace de tentation mais aussi un refuge. En avais-tu conscience ?

Pour beaucoup de gens, la fête est un lieu de paix et de compréhension. Dans le cas de Garance, c’est aussi un espace de révélation, où elle explore une nouvelle part de son identité. Mais la fête est aussi une masse dans laquelle il est facile de se noyer.

Garance découvre son attirance pour les femmes sans remise en question douloureuse…

Il faut des films qui montrent le chemin parfois sinueux vers l’acceptation, mais il faut aussi représenter des personnages queers dans des récits où leur orientation est considérée comme allant de soi. Pourtant, quand j’embrasse Sara Giraudeau en pleine gare Montparnasse, je vois bien dans le regard des gens que ce n’est pas perçu de la même manière que si j’embrassais un homme. Moi, j’aime autant embrasser une fille qu’un garçon, voire davantage une fille quand il s’agit de Sara ou de Léa Seydoux.

Tu as toujours été si détendue à ce propos ?

La découverte de ma sexualité n’a jamais été un sujet. À 16 ans, je rentre du lycée et mon père me demande si j’ai quelqu’un dans ma vie et si je veux l’inviter à déjeuner. Je lui réponds qu’elle s’appelle Christina, que c’est la plus belle fille du lycée et que je suis amoureuse d’elle. Il me dit simplement : "Ramène-la demain." Je suis consciente que c’est une chance. La Vie d’Adèle m’a amenée à rencontrer des personnes qui n’ont pas eu ce privilège.

Interpréter un personnage queer, c’est une responsabilité particulière ?

Je ne fais aucune différence dans ma manière d’aborder ces rôles. Mais lorsque La Vie d’Adèle sort et que nous devons être entourées de gardes du corps pour assister à l’avant-première en Russie parce que notre présence pose problème, je prends conscience qu’il s’agit d’une véritable responsabilité. Je l’accepte avec fierté. Je serai toujours du côté de l’amour. Quand des gens viennent me dire qu’ils ont osé faire leur coming out après avoir vu La Vie d’Adèle, tout prend soudain son sens.

Puisque tu évoques La Vie d’Adèle, tu dois savoir que le film divise parmi les lesbiennes…

Bien sûr, on m’en a parlé dès la sortie. Je peux comprendre que la manière dont le sexe a été filmé ait dérangé. En revanche, quand on m’affirme que les femmes ne font pas l’amour comme ça, je bloque un peu. Je doute que nous ayons toutes la même manière d’aborder la sexualité.

Et toi, si tu devais choisir une actrice avec qui incarner une grande romance, qui choisirais-tu ?

Peut-être Sandra Hüller ou Susan Sarandon. Ou Alexa Demie, de la série Euphoria !

Enfin, une œuvre lesbienne qui t’a marquée ?

The L Word, mais bon, c’est attendu comme réponse. Sinon, je dirais My Summer of Love avec Emily Blunt, ou bien Boys Don’t Cry, qui m’avait chamboulée. Il laisse un souvenir assez indélébile.

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