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interviewDavid LaChapelle, le kitsch en rédemption

Par Tessa Lanney le 23/09/2026
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[Interview à retrouver dans le magazine de l'automne, chez votre marchand de journaux ou sur abonnement.]Révélé par Andy Warhol, David LaChapelle a fait du kitsch un langage et de la photographie de mode un théâtre pop où se rencontrent célébrités, religion, critique sociale et culture queer. À l’occasion de la rétrospective que lui consacre le festival Portrait(s), jusqu'au 4 octobre à Vichy, le photographe américain de 63 ans revient sur les origines de son esthétique.

Vous rêviez de galeries d’art. Comment êtes-vous devenu photographe de mode ?

Quand j’ai commencé, mes héros étaient Richard Avedon, Helmut Newton ou Jean-Paul Goude. Je voulais exposer dans les galeries de l’East Village, à New York. Mais au début des années 1980, personne n’achetait vraiment de photographies. À 17 ans, je suis donc entré à Interview Magazine, la revue d’Andy Warhol. Cette rencontre m’a ouvert les portes de la presse. J’ai travaillé pour The Face, British Vogue, Vogue Paris… Pourtant, je m’y suis toujours senti un peu comme un outsider. Enfant, déjà, je ne trouvais pas ma place parmi les autres. Certaines personnes cachent mieux que d’autres leur féminité, leur homosexualité ou ce qui les rend différentes. Moi, je cherchais surtout à repousser les limites.

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Votre photographie a immédiatement détonné dans l’univers de la mode. Qu’apportiez-vous de nouveau ?

À l’époque, la mode se photographiait sur des plages ou dans des lieux somptueux. Moi, j’emmenais la haute couture dans des centres commerciaux, chez McDonald’s ou à Euro Disney. Les autres faisaient du grunge, des images sombres et désaturées. Moi, je faisais du disco. J’utilisais des couleurs éclatantes et je revendiquais le kitsch. J’essayais de révéler la beauté d’une Amérique populaire que beaucoup méprisaient.

Vous avez raconté que votre passage à la couleur était lié à l’épidémie de VIH-sida. Cela paraît contre-intuitif…

Mon premier amour est mort en 1984. J’étais persuadé que j’allais mourir moi aussi. J’avais 21 ans, lui 24. Les gens disparaissaient du jour au lendemain. Je me demandais où allait toute cette énergie. Que devient la vitalité d’un jeune homme de 24 ans, un danseur magnifique, débordant de vie et de rire ? J’avais besoin de donner une forme à cette énergie disparue. Le véritable déclic est arrivé quand j’ai finalement accepté de me faire dépister, en 1996. Pendant longtemps, j’avais refusé. J’étais militant d’Act Up à New York et, honnêtement, nous avions parfois l’impression d’en savoir davantage que certains médecins.

Vous avez photographié Lady Gaga, Elton John, Amy Winehouse, Michael Jackson… Qu’est-ce qui distingue une star d’une icône ?

C’est le temps qui décide. Jeff Buckley ou Amy Winehouse ont eu des carrières très courtes, mais un impact immense. Kurt Cobain aussi. Et puis, il y a ceux dont l’influence traverse les décennies. Aujourd’hui, les mots "légende" ou "icône" sont employés pour tout et n’importe quoi. À force, ils ont un peu perdu leur sens.

L’iconographie chrétienne traverse votre œuvre. Comment conciliez-vous foi et homosexualité ?

Je refuse que la religion soit définie par sa récupération politique. Je préfère écouter l’enseignement du Christ, plutôt que certaines interprétations misogynes ou homophobes. Ma foi n’a jamais été entamée. J’ai toujours cru en un Dieu d’amour. Nous avons été créés ainsi. Nous sommes parfaits tels que nous sommes.

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Crédits photo : David LaChapelle