politiqueVote LGBT : non, les lesbiennes ne sont pas pas moins tentées que les gays par le RN

Par Romain Siraut le 05/11/2026
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La militante Alice Coffin affirme que le vote d'extrême droite concerne surtout les gays, tandis que les lesbiennes n'y prendraient aucune part de responsabilité. Le sondage qu'elle commente, réalisé par l'Ifop pour têtu·, ne dit pourtant pas cela, bien au contraire. Décryptage.

"Les LGBT qui vont voter à l'extrême droite, c'est surtout les G." Interrogée par le compte Instagram SimiliQueer lors du festival des Bibliothèques idéales de Strasbourg, où elle venait présenter son livre Le camp du bien, la militante lesbienne Alice Coffin, ancienne journaliste et ex-élue écologiste du Conseil de Paris, a opposé les comportements électoraux des gays à ceux des lesbiennes.

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La publication s'appuie sur un chiffre issu du sondage Ifop pour têtu· réalisé en février 2026 : 32% des personnes LGBT ayant exprimé une intention de vote choisissent une candidature d'extrême droite pour la présidentielle de 2027. "Comment en sommes-nous arrivés là, en tant que communauté ?", est-il demandé à l'autrice du Génie lesbien, qui propose cette réponse manichéenne : "Désolée les gays, mais il va falloir prendre vos responsabilités car ce n'est pas tout à fait comme ça dans la communauté lesbienne." Sauf que les données de l'enquête n'étayent pas cette affirmation. Ses résultats vont même plutôt dans le sens inverse, avec des limites méthodologiques qui méritent d'être précisées.

Intentions de vote LGBT : ce que dit le sondage Ifop

Dans le scénario testé par le sondage pour le premier tour de la présidentielle de 2027, Jordan Bardella recueille ainsi 25% d'intentions de vote chez les gays, contre… 37% chez les lesbiennes. Dans le scénario testé par le sondage pour le premier tour de la présidentielle de 2027, Jordan Bardella recueille ainsi 25% d'intentions de vote chez les gays, contre… 37% chez les lesbiennes. Éric Zemmour obtient quant à lui 4% d'intentions de vote chez les gays, contre aucune mesurée chez les lesbiennes. Le total atteint donc 29% chez les gays et 37% chez les lesbiennes, soit un écart de 8 points. Nicolas Dupont-Aignan, également inclus dans le bloc "droite radicale" de l'Ifop, ne recueille aucune intention de vote dans les deux groupes.

Lire ces résultats suppose toutefois de comprendre comment se construit un sondage auprès des personnes LGBT. Étudier une population minoritaire nécessite en effet une enquête de départ suffisamment large pour y identifier un nombre conséquent de personnes concernées. Pour être ainsi en mesure de réunir un échantillon de 1.137 personnes LGBT interrogées, l'Ifop a d'abord dû constituer un échantillon national représentatif de 10.196 adultes. Mais plus on détaille les réponses à l'intérieur de cet ensemble, plus les effectifs diminuent et plus l'incertitude augmente. L'enquête compte ainsi 434 hommes gays, bisexuels ou pansexuels et 322 femmes lesbiennes, bisexuelles ou pansexuelles. Si l'on isole ensuite les seuls gays et les seules lesbiennes, ces effectifs tombent respectivement à 214 et 78, avant même de retenir les personnes ayant exprimé une intention de vote.

Comparer les différentes lettres de l'acronyme est donc déjà un exercice qui exige des pincettes. Mais en l'espèce, Alice Coffin fait dire aux données disponibles l'inverse de ce qu'elles montrent. Une comparaison plus large entre hommes gays/bis et femmes lesbiennes/bies, qui permet de retrouver des échantillons plus importants, ne va pas davantage dans son sens : les intentions de vote pour le bloc d'extrême droite atteignent environ 27% chez les hommes et 26% chez les femmes. Soit une quasi-égalité.

Progression du RN plus marquée chez les lesbiennes

La précédente enquête Ifop pour têtu·, réalisée pour l'élection présidentielle de 2022, permet de prolonger la comparaison. Marine Le Pen recueillait alors déjà 21% des intentions de vote chez les lesbiennes, contre 16% chez les gays. Mais Éric Zemmour obtenait 14% chez ces derniers, contre 3% chez les premières. Avec Nicolas Dupont-Aignan, crédité respectivement de 1% et de 3%, le bloc "droite radicale" atteignait donc 31% chez les gays et 27% chez les lesbiennes. Ces dernières envisageaient donc davantage de voter pour le Rassemblement national (RN).

Ces résultats exigent les mêmes précautions que ceux de notre sondage pour 2027. Leur comparaison fait néanmoins apparaître une progression observée plus marquée chez les lesbiennes. Le RN passe ainsi de 21% à 37% chez celles-ci, contre 16% à 25% chez les gays : une hausse de 16 points, contre 9. Pour l'ensemble du bloc "droite radicale", les intentions de vote passent de 27% à 37% chez les lesbiennes, tandis qu'elles restent relativement stables chez les gays, de 31% à 29%. Les deux enquêtes suggèrent donc une dynamique différente de celle décrite par Alice Coffin. En aucun cas elles ne confirment sa présentation des choses.

Au-delà du seul vote LGBT, les recherches sur l'ensemble de l'électorat invitent également à relativiser l'idée d'un vote RN essentiellement masculin. Les politistes Anja Durovic, Nonna Mayer et Noémie Piolat ont étudié les comportements électoraux selon le genre, à partir d'une enquête menée auprès de 5.109 personnes après les législatives de 2024. Leurs travaux, publiés en 2025, ne montrent pas de différence significative entre femmes et hommes dans le vote RN au premier tour, y compris parmi les 18-29 ans. Aux élections européennes de 2024, les femmes avaient même davantage voté pour la liste RN que les hommes. Ces travaux portent sur l'ensemble de l'électorat et ne permettent pas de conclure spécifiquement sur le vote lesbien. Ils montrent cependant que l'idée d'une moindre propension des femmes à voter RN ne peut plus être tenue pour acquise en France.

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Crédit photo : AFP / JOEL SAGET