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"Mohammed je t'aime", clip choc sur l'homophobie dans les cités : interview du duo Gargäntua


Jan et Théo forment Gargäntua, un duo détonnant, oscillant entre techno et chansons à texte. Avec la sortie de leur clip pour « Mohammed je t’aime », le groupe s’attaque au tabou de l’homosexualité en banlieue. Une mélancolie brute, des basses dures comme le bitume et des textes engagés… Un cocktail explosif, pour un groupe ayant trois EP à son actif. Alors forcément, on a voulu en savoir plus.

Des flammes, un immeuble gris et un homme par terre en train de pleurer. C’est ainsi que s’ouvre le clip de « Mohammed je t’aime », dernier morceau du groupe Gargäntua. Un duo formé par Jan au chant et Théo aux machines. Ces deux artistes de 24 ans forment un cocktail explosif, oscillant entre la techno hardcore et la chansons française.

« Mohammed je t’aime, j’aurais aimé ne pas t’aimer comme je t’aime. (…) Sur tous les murs de la cité j’écrirai en lettres de sang : ton nom est le mien », peut-on entendre dans le titre. A l’écoute de ces paroles un petit frisson nous parcourt. Les basses sont lourdes, le texte est poétique, alors on écoute attentivement et on comprend l’histoire. Deux hommes vivant dans une cité s’aiment en secret, jusqu’au moment où ils sont découverts. On se retrouve face à un passage à tabac et on assiste, impuissants, au détournement du regard de Mohammed. « J’espère qu’un jour on se retrouvera main dans la main, moi dans tes bras, toi dans les miens. » Mais la fin est tragique : l’un des deux s’immole par le feu, au milieu de la cité. On est secoués. Alors on a décidé de les contacter pour en savoir plus sur eux, leur musique et leurs motivations.

C’est quoi Gargäntua ?

Jan : C’est un duo électro avec des chansons à texte, formé par Théo et moi-même. Le groupe est né en 2015 après quelques années d’expérimentations. On s’est rencontrés dans un internat à Orléans, du coup on était ensemble toute la journée et on a failli se détester à force de rester 24 heures sur 24 ensemble ! Mais étant les seuls à écouter de la musique électronique assez énervée, on peut dire que ça nous a véritablement liés. Gargäntua c’est aussi des influences étrangères, puisque j’ai grandi au Maroc et en Roumanie alors que Théo a passé son adolescence entre la France et l’Allemagne. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles on a mis un tréma sur « Gargäntua », ça représente nos inspirations françaises mais aussi étrangères.

Théo : C’est aussi un duo dans lequel rien ne se fait jamais sans l’autre. Jan chante donc il va plus travailler le texte, moi mon truc c’est la techno, mais dès qu’on crée on le fait ensemble.

Avec votre dernière chanson, « Mohammed je t’aime », vous avez choisi de traiter de l’homosexualité en banlieue. Qu’est ce qui vous a poussé à parler d’un sujet aussi tabou ?

Jan et Théo : Avant même d’aborder la question de l’homosexualité en banlieue, nous souhaitions écrire une chanson d’amour dramatique qui entrait dans les codes de la chanson française, à ce détail près qu’elle est chantée par un homme pour un homme. La cité était le cadre parfait pour symboliser l’enfermement, dans un endroit où il est mal vu d’afficher une différence telle que l’homosexualité. Le propos de la chanson, c’est de dire qu’aujourd’hui, en 2018, deux hommes qui s’aiment et qui vivent dans une cité, ça ne peut pas bien se passer.

La fin nous a secoués. S’immoler par le feu sous les yeux de Mohammed, on ne pouvait pas faire plus tragique.

Jan : On a décidé de faire une fin tragique et qui marque les esprits pour faire passer un message : on veut dénoncer l’homophobie. On a vraiment voulu choquer visuellement pour rendre compte de l’existence d’une violence parfois silencieuse, ou parfois plus concrète comme dans la scène du passage à tabac dans le clip.

Theo : La fin n’est pas plus violente ni plus tragique que celle de certains homosexuels, qui, partout dans le monde, sont susceptibles de vivre l’enfer. L’issue de ce clip ne nous semble ni exagérée et encore moins dramatisée.

Jan à droite, Théo à gauche (Gargäntua).

Avez-vous déjà été témoins ou victimes d’actes homophobes ?

Jan : J’ai grandi au Maroc, et très tôt, j’ai senti que l’homosexualité y était complètement taboue. J’avais le sentiment que les personnes homosexuelles n’étaient pas considérées comme des êtres humains mais comme des malades. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que j’étais bisexuel. J’ai fait mes premières expériences, qui ont été accompagnées d’une culpabilité qui m’a longtemps rongé. Je me voyais comme un monstre qui méritait de mourir pour sa déviance, comme si j’avais un défaut de fabrication. Alors oui, je me suis fait traiter de ‘pédale’, de ‘tapette’, c’était courant. En France, j’ai droit aux types qui tiquent sur la façon que j’ai de m’habiller et les insultes fusent. Mais heureusement, j’ai pu réussir à en parler et me rendre compte qu’on m’avait mis un ramassis de bêtises dans la tête. Ce morceau, c’est un peu mon coming-out sur la scène musicale.

Théo : Pour ma part, n’étant pas gay ou bisexuel, je n’ai jamais été victime d’homophobie. Mais j’ai déjà été témoin d’actes homophobes envers mes potes. J’ajouterais que le morceau a été composé et écrit en 2015, dans un contexte post-attentats avec les vagues d’islamophobie qui ont suivi. C’est le double sens de « Mohammed je t’aime », un cri d’amour et de réconciliation. Un appel à la fraternité.

Quels sont vos projets pour la suite ?

Jan et Théo : Notre prochaine date est à Bordeaux le 14 juillet au Café Pompier. À partir de septembre, nous allons nous remettre à organiser des évènements dans toute la France et nous travaillons actuellement sur un album qui devrait être prêt pour la rentrée.

 

Gargäntua sera en concert au Café Pompier à Bordeaux le 14 juillet 2018

Crédit photo : Gargäntua.

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