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Purge anti-gay en Tchétchénie : les geôliers présumés répondent

Tchétchénie prison d'Argoun Vice News

Nos confrères de chez Vice ont obtenu l'autorisation exclusive de filmer et d'interroger les gardiens de la prison d'Argoun où des homosexuels disent avoir été torturés. Visite au cœur de l'absurde.

Alignés en rangs, plusieurs hommes vêtus de treillis militaire, la mitrailleuse dirigée vers le sol, répondent à l'unisson à leur supérieur. "Vous ai-je une seule fois demandé d'arrêter des gays ? - Non. Vous ai-je une seule fois ordonné de torturer ici quelqu'un, illégalement ? - Non."
Ces scènes irréalistes ont été filmées par Vice News dans la prison qui, selon les rescapés et les associations de défense de droits de l'homme, ont servi à la détention et à la torture en masse d'homosexuels, et d'autres citoyens tchétchènes. Lors du tournage, les locaux sont abandonnés.
"Des centaines d'empreintes de pieds couvraient le sol des couloirs, bien qu'ils aient nié plusieurs fois que le bâtiment avait été utilisé récemment", note le média.

Les contradictions s'accumulent

Face aux questions de la journaliste Hind Hassan, Ayub Kataev, gardien de la prison à Argoun et également ministre des Affaires intérieures, corrobore la version d'État : les homosexuels tchétchènes, ça n'existe pas, ces fausses informations ne servent qu'à déstabiliser la Tchétchénie, les demandeurs d'asile mentent pour rejoindre l'Europe centrale. Croyant se dédouaner, l'homme en uniforme renchérit : "mes agents ne voudraient même pas toucher de telles personnes [homosexuelles, ndlr], si elles existaient, et encore moins les frapper ou les torturer." Autre preuve de son innocence : l'absence de barreaux aux fenêtres qui atteste, selon lui, que personne n'a été emprisonné dans ces lieux.
Pourtant, l'un des réfugiés gay tchétchène interviewé par Vice assure être "certain à 200%" qu'il a été battu par Kataev en personne, et qu'il a été électrocuté dans ces locaux.
Fin mai, Novaïa Gazeta, premier journal à révéler cette escalade de violence contre les gays, rapportait qu'en arrivant à la prison d'Argoun, la commission d'enquête approuvée par Vladimir Poutine avait déjà découvert les lieux détruits, enterrés sous des débris de construction. Selon eux, les détenus avaient été déplacés plus au nord, à Terek, mais les enquêteurs s'y étaient vu refuser l'accès. Selon Tatiana Lokshina, directrice du programme russe à Human Rights Watch citée par Vice News, c'est cette "pression internationale, forte et concentrée" qui a permis l’ouverture de cette enquête, mais aussi l'arrêt des persécutions. N'ayant pas reçu de nouvelles plaintes, elle suppute que le Kremlin ait urgé Ramzan Kadyrov, le leader tchétchène, de stopper la purge.
En France, un premier homosexuel tchétchène a trouvé dans l'Hexagone une terre d'accueil fin mai, suivi par un second quelque jours plus tard, rapportait RTL. D'autres pays européens ouvrent progressivement leur porte à ces demandeurs de visa humanitaire. Début mai, la principale association de secours, le Russian LGBT Network, assurait avoir exfiltré une quarantaine de personnes de ces prisons secrètes.
Découvrez le reportage de Vice News, ici en anglais (sous-titres anglais disponibles en cliquant sur CC) :


 
Couverture : capture écran Vice News
 

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