"Love, Simon" : 5 garçons racontent comment le film les a aidés à faire leur coming-out

La comédie romantique gay, « Love, Simon », a engendré une vague de coming-out aux Etats-Unis suite à sa sortie. Et en France ? Cinq jeunes hommes racontent à TÊTU comment ce film les a aidés à s’assumer auprès de leurs proches.

Voilà un mois que « Love, Simon » est sorti en salles en France. Véritable phénomène aux Etats-Unis, cette première comédie romantique consacrée à un ado gay raconte l’histoire de Simon, un lycéen qui assume difficilement son homosexualité. Jusqu’à ce qu’il découvre qu’il n’est pas le seul dans son lycée.
Positif, « feel good » et touchant, le film a engendré une série de coming-out outre-Atlantique. A commencer par ceux des protagonistes du film eux-mêmes : Joey Pollari, qui incarne Lyle, a profité de ce succès fulgurant pour rendre publique son homosexualité. L’acteur principal, Nick Robinson, a quant à lui confié, dans l’émission d’Ellen DeGeneres, que son petit-frère avait fait son coming-out pendant le tournage. Et en France ? Cinq jeunes hommes racontent à TÊTU comment « Love, Simon » les a motivés à assumer leur sexualité auprès de leurs proches. Pas de filles, ce n’est pas faute d’avoir cherché, peut-être parce qu’elles s’identifient moins au héros du film ? Mais si l’une d’entre elles lit ces lignes, qu’elle contacte TÊTU sur-le-champ !

Jean, 20 ans, Paris : « Le film m’a clairement donné la motivation dont j’avais besoin »

« Après avoir lu le livre ‘Moi, Simon, 16 ans Homo Sapiens‘ de Becky Albertalli il y a un an et demi, j’ai voulu faire mon coming-out. Il m’a clairement motivé à dire qui j’étais. Mais je n’ai rien fait. Quand la bande-annonce du film est sortie, ça m’a replongé dans ce que j’avais ressenti quand j’avais découvert l’histoire de Simon. J’ai décidé d’aller le voir à l’avant-première au Grand Rex à Paris. 
Ce jour-là, j’ai ressenti une réelle bienveillance dans la salle et à la sortie du cinéma. Le film était vraiment ‘feel good, rafraichissant. Ça changeait de ce qu’on avait l’habitude de voir en termes de représentations LGBT. Je me suis beaucoup identifié à la famille de Simon. Voir cette histoire qui se passe bien malgré les difficultés m’a fait beaucoup de bien.
Quelques jours après, j’ai décidé de faire mon coming-out auprès de ma famille. Nous étions tous à table, il y avait une discussion sur la copine de mon frère et j’ai lancé : ‘Moi, je n’aurai pas de copine, je suis homo’. Mes parents ont très bien réagi et m’acceptent tel que je suis.
S’il n’y avait pas eu ce petit coup de pouce moral, j’aurais sans doute attendu encore un moment. Le film m’a clairement donné la motivation dont j’avais besoin à ce moment-là. »

Alexis, 23 ans, Villejuif : « Ça m’a montré qu’il faut simplement rester soi-même et qu’aimer n’est jamais un tourment »

« J’ai été très touché par Love, Simon‘. Pour une fois, nous n’étions pas dans une atmosphère dramatique ou mélancolique, comme l’homosexualité peut souvent apparaître au cinéma. Le personnage de Simon était très accessible et permet au plus grand nombre de s’y identifier. Avec humour, ce film met en avant des questions que je me suis posé en tant que gay : ‘Pourquoi devons-nous absolument faire une annonce parce qu’on est amoureux de quelqu’un du même sexe ? Comment l’annoncer à sa famille ? Doit-on aussi changer notre manière d’être pour montrer qu’on assume notre homosexualité ?’ J’ai mis du temps à trouver ces réponses quand j’avais l’âge de Simon, mais voir tourner ça en dérision au cinéma m’a montré qu’il faut simplement rester soi-même et qu’aimer n’est jamais un tourment.
J’ai une relation très fusionnelle avec ma mère, et voir cette scène entre Simon et la sienne m’a rappelé que, ne pas lui dire qui j’étais, c’était comme lui démontrer un manque de confiance ou encore une peur de la perdre. J’avais très peur de mettre à mal notre relation. Pour lui annoncer, je l’ai emmenée voir le film, qu’elle a beaucoup aimé, puis je lui ai tout révélé après, en allant dîner. C’était assez intense, mais notre relation est toujours la même et j’en suis comblé ! Aujourd’hui, ma mère sait que je suis heureux, que je vis ma vie pleinement et que mon orientation sexuelle ne change en rien qui je suis. »

Michael, 27 ans, Brive-la-Gaillarde : « Si lui avait réussi à traverser tout ça, alors je devais pouvoir en être capable »

« J’ai un frère aîné qui est aussi gay. Quand mes parents l’ont découvert pour lui il y a quelques années, cela s’est assez mal passé. A cette époque, ils étaient plutôt homophobes. J’ai donc entendu des choses très dures, des choses qu’on n’oublie pas forcément. En conséquence, ils avaient placé tous leurs espoirs sur moi pour ramener une fille à la maison.
Avant de voir ‘Love, Simon‘, je n’avais pas l’intention de faire mon coming-out auprès de mes parents. Je savais que je devrai le faire un jour, mais je n’en ressentais toujours pas le besoin, ni l’envie. J’avais l’impression que j’avais tout à perdre, et surtout je n’étais pas prêt à décevoir mes parents.
J’ai vu le film deux fois. La première fois avec une amie. Cela m’a beaucoup travaillé car j’ai eu l’impression de voir un miroir de ma vie et de ce qu’il me restait à faire.
Le film m’a fait comprendre que le coming-out n’est pas une perte, mais un gain. En ayant pu autant m’identifier à Simon et le voir se lancer auprès de ses parents m’a donné du courage. En fait, je me suis senti mal à la fin, je culpabilisais presque d’avoir tant de retard par rapport à lui. Si lui avait réussi à traverser tout ça, alors je devais pouvoir en être capable. Et quelque part, les paroles de ses parents m’ont fait du bien. C’était ce que je souhaitais entendre de la part de mes parents et cela m’a encouragé à le faire.
J’ai beaucoup repensé au film et à ma situation personnelle les jours suivants, et je me suis décidé à retourner au cinéma le voir sans trop oser m’avouer que c’était pour me lancer après. Mais en sortant de la séance, c’était devenu un besoin de le dire. Il fallait que cela sorte.
Je souhaitais le dire en rentrant du cinéma, mais mes parents étaient déjà en train de dormir, donc j’ai attendu le lendemain soir. J’ai patienté jusqu’à ce qu’ils se posent tous les deux sur le canapé. C’était terrifiant d’ouvrir la porte de ma chambre pour les rejoindre… J’ai dû regarder une vingtaine de fois les bandes-annonces du film pour me donner du courage, puis je me suis lancé.
Je me suis assis sur le fauteuil et je leur ai annoncé que j’avais quelque chose à leur dire. Les mots ont eu beaucoup de mal à sortir. Mon père m’a demandé si j’avais rencontré quelqu’un, j’ai répondu ‘non’. Puis j’ai dit : ‘Je préfère les garçons’. Ma mère a tout de suite dit qu’elle s’en doutait, qu’elle y avait toujours pensé parce que je n’avais jamais eu de copine, qu’elle avait bien vu que je cachais quelque chose. Je m’attendais à des reproches, qu’ils se présentent comme les plus à plaindre. Mais ma mère a tout de suite voulu comprendre pourquoi j’avais toujours été célibataire et si le fait d’avoir gardé le secret avait joué un rôle là-dedans. C’est à ce moment qu’ils m’ont dit que je devais vivre ma vie pour moi et pas pour eux, que je devais être heureux. Dès le lendemain, la vie a repris son cours comme si de rien n’était. 
Sans le film, j’aurais terminé l’année avec mon secret sans aucun doute ! Il a été le déclic dont j’avais besoin. Merci Simon ! »

Maxime*, 23 ans, Montpellier : « J’ai compris que j’étais en train de gâcher ma jeunesse et ma vie avec des mensonges stupides »

« ‘Love, Simon n’aborde pas uniquement le comingout, mais de façon plus générale, également l’acceptation de soi, la difficulté de faire son coming-out dans un monde véhiculant en permanence des clichés débiles et dégradants sur les homos.
Je me suis reconnu dans le personnage de Simon. J’ai vécu les mêmes choses que lui, j’ai eu les mêmes doutes, la même façon de voir les choses. En sortant de la salle de cinéma, j’ai été envahi par une émotion très forte : j’ai compris que j’étais en train de gâcher ma jeunesse et ma vie avec des mensonges stupides. Je n’ai plus eu envie de me cacher, j’ai compris en voyant Love, Simon que j’étais parfaitement normal, que je n’avais pas à être honteux de ça. Quinze ans de mensonges résolus en 1h45 de film !
Quelques jours après avoir vu Love, Simon‘, j’ai fait mon coming-out à ma meilleure amie. C’était le soir de la victoire de l’équipe de France à la Coupe du monde. J’ai commencé en lui disant que j’avais quelque chose à lui dire, rien de grave, mais quelque chose d’important pour moi. Que j’avais eu des copines, mais que maintenant j’allais certainement avoir des copains, et peut-être un jour encore une copine. Je veux être moi, plus un autre. Elle a été légèrement surprise, vu que, pour elle, j’étais le parfait hétéro de 23 ans. Mais elle a surtout insisté pour que j’arrête de lui mentir sur ça, pour que je sois avant tout moi-même sans avoir honte ou peur, en me disant que j’ai parfaitement le droit d’être un fan de foot, de formule 1, mais aussi gay. Et j’ai également encouragé ma meilleure amie, très ouverte le sujet, à voir Love, Simon‘, pour peut-être mieux me comprendre.
Si je voulais le dire à mes ami.e.s pour être libre en leur compagnie, je ne prévois pour l’instant pas d’en parler à mes parents, ma famille n’étant pas vraiment des plus tolérantes concernant l’homosexualité. »

William*, 22 ans, Lille : « Ça a été un électrochoc pour moi »

« Un ami, gay, mais qui ignorait que je l’étais moi-même, m’avait conseillé Love, Simon prétextant que c’était un film, qui abordait très bien le sujet de l’homosexualité et de comment elle est ressentie et acceptée. Le voir a été un électrochoc pour moi. Cela fait des années que je sais que je suis gay, et malgré cela je n’ai jamais trouvé la force d’en parler avec mes amis ou ma famille. Pourtant mon entourage est très ouvert. Moi et mes amis avons plusieurs gays dans notre groupe. Je crois que je n’avais jamais réussi, jusque-là, à envisager le fait d’être homo comme autre chose qu’un handicap, un déclassement, quelque chose qui me limiterait dans la vie.
C’était la première fois que je regardais un film sur un personnage LGBT qui n’était pas caricaturé, ou qui finissait pas se suicider ou être tué, par être malade, viré de chez lui, ou à ne pas pouvoir vivre d’histoire d’amour. Ici, l’homosexualité est banalisée dans le bon sens du terme et montre que cela peut ne rien enlever à notre vie. Au contraire, on se sent plus libre, on ‘respire’ à nouveau après un coming-out et on peut enfin vivre une ‘belle histoire d’amour’, comme dit dans le film.
Cela m’a donné la force d’en parler à mes amis, puis à ma soeur, même si cela m’a paru irréel au début. Mais la boule au ventre que j’avais depuis des années est partie au moment où j’ai prononcé les mots ‘je suis gay’.
Je l’ai annoncé à mes amis au début du mois de juillet, et à ma soeur il y a quelques jours. Je leur ai simplement dit : ‘Il faut que je te parle d’un truc, tu es mon ami.e/ma soeur et je veux t’en parler ; je suis gay’. Ils ont tous très bien réagi, chacun à leur manière. Certains étaient plus à l’aise que d’autres, tous voulaient plus ou moins savoir depuis combien de temps je le savais, un ou deux ont pu être maladroits mais rien d’inapproprié. Ils m’ont tous apporté ce dont j’vais besoin : une sécurité émotionnelle, un soutien, un regard et une attitude identique (je n’avais aucune envie de les voir agir différemment avec moi, dans un sens où dans l’autre, cela m’aurait fait du mal), et évidemment une oreille attentive pour en parler parce qu’il y a encore du chemin à parcourir avant d’être tout à fait à l’aise avec mon homosexualité.
Alors que plusieurs de mes amis proches ne sont pas encore au courant, je voulais témoigner ici parce que je pense que ce film peut changer les mentalités, y compris celles que les jeunes LGBT ont d’eux-mêmes. Je serai toujours redevable envers ‘Love, Simon et ceux qui ont rendu ce film possible. »

 
*Leurs prénoms ont été changés à leur demande.
Crédit photo : Twentieth Century Fox.

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