Ligue du LOL : « Toute personne qui n’est pas forte, hétéro et riche peut être harcelée par un boys’ club »

[PREMIUM] Les révélations sur le harcèlement et les discriminations subies par les femmes, mais aussi les hommes, notamment homosexuels, et pratiqués par la ligue du LOL, ont mis en lumière l’existence des « boys’ club ». Ces groupements d’hommes hétérosexuels pratiquent l’entre-soi. Pour TÊTU, l’universitaire et spécialiste du sujet Martine Delvaux décrypte ce phénomène.

Révélations en cascade. Le monde du journalisme a appris avec effarement, vendredi 8 février, l’existence de la « ligue du LOL », un groupe Facebook très actif entre 2009 et 2012. Il rassemblait une trentaine de journalistes et de professionnels de la communication très influents sur les réseaux sociaux, et notamment sur Twitter. Ses membres ont harcelé et discriminé leurs collègues femmes, mais aussi hommes, souvent homosexuels.

La multiplication des témoignages sur les réseaux sociaux a mis en lumière un système de harcèlement extrêmement violent. Plusieurs autres affaires ont ainsi été depuis révélées, mettant en cause des journalistes de Vice et du HuffPost. Elles ont entraîné le licenciement de plusieurs d’entre eux.

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Selon Martine Delvaux, professeure de littérature à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et autrice de « Les Filles en série » (février 2019, éditions du Remue-Ménage), son dernier ouvrage, la Ligue du LOL est une incarnation des « boys’ club » anglais du XIXe siècle. Des groupes essentiellement masculins et hétérosexuels, qui favorisaient la cooptation et la culture de l’entre-soi. Des « clubs » que l’on trouve bien au-delà des médias. Interview.

Qu’est-ce qu’un « boys’ club » ? 

À l’origine, ce sont des clubs formés à la fin du XIXe siècle en Angleterre, par des hommes qui étaient issus de classes privilégiées. La plupart étaient d’anciens élèves d’écoles privées qui se regroupaient par dizaines, voire centaines. Il y avait jusqu’à plusieurs années d’attente pour ceux qui voulaient en faire partie.

Le mot « club » renvoie au fait de séparer et de procéder par ségrégation. C’est-à-dire que les participants, encore de nos jours, sont pour la plupart des hommes bourgeois blancs et hétérosexuels, qui excluent les femmes et les hommes qui ne correspondent pas au moule. 

Comment s’incarnent-t-ils dans nos sociétés aujourd’hui ?

De mille et une façons ! L’une des incarnations la plus probante, ce sont les fraternités américaines. Il s’agit d’un lieu où les garçons procèdent par élection pour décider des nouveaux entrants. On a pu observer un couloir direct entre les fraternités américaines et la Silicon Valley, par exemple. Le boys’ club est avant tout un lieu de pouvoir relationnel. Les hommes sont assis ensemble. Ils se regardent et s’admirent, sans doute. Surtout, ils se passent le bâton du pouvoir, s’entraident et se protègent.


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