Karl Lagerfeld : les punchlines que l’on retiendra du génie de la mode

Le monde de la mode pleure son empereur disparu. Le 19 février, Karl Lagerfeld s'est éteint à l'hôpital de Neuilly. Il avait 85 ans. Connu pour son style inimitable, on retiendra aussi de lui son avis tranchant, sur la mode et la vie, et son goût pour la provocation avec ses petites "vacheries" que l'on appelait les "karlismes". Des propos piquants, parfois choquants, mais aujourd'hui cultes, qui en disent long sur le personnage.

 

"Mon âge c'est moi qui en décide. Je suis intergénérationnel."

Il transcendait la mode, les âges, et on le pensait immortel. Et pourtant, Karl Lagerfeld nous a quittés le mardi 19 février, à 85 ans. Le pape de la mode a prouvé plus d'une fois qu'il savait vivre avec son temps mais ne se revendiquait d'aucune génération, comme il l'expliquait dans "Elle" en 2008. Il n'avait d'ailleurs jamais voulu dévoiler sa véritable date de naissance. Selon lui, sa mère l'aurait changée pour des raisons obscures. Malgré des prises de positions parfois datées, il a toujours insisté sur l'importance de s'adapter à son époque. Il disait se concentrer sur le présent et le futur, aimer les vêtements vintage, tout en précisant que que le vintage était bien pour les vêtements, "pas pour les gens" ("The luxury Channel", 2010).

 

« Les pantalons de jogging sont un signe de défaite. Vous avez perdu le contrôle de votre vie, donc vous sortez en jogging. »

Celui qu'on appelait le Kaiser disait être admiratif des marques comme H&M, et ne pas vouloir se réfugier dans le luxe ou dans sa tour d'ivoire. Il semblait avoir quand même son mot à dire sur le port du jogging : pour lui, les pantalons élastiques sont une preuve de laisser aller. En 2017, dans "Salut les terriens", il ajoutait que sans une certaine discipline, rien ne reste ferme et "tout fout le camp". Impensable de la part d'un homme obsédé - jusqu'à l'excès - par les corps minces.

 

« Voyez la vie en rose, mais n’en portez pas ! »

Une punchline griffée Karl Lagerfeld ! Réputé pour ses costumes noirs et blancs, il n'est pas étonnant que le couturier ne soit pas fan de la couleur rose, comme on l'apprenait en 2014 dans "Le Monde Selon Karl", paru chez Flammarion. Il avait également déclaré son aversion pour une autre couleur dans une campagne de pub pour la sécurité routière, où on le voit affublé d'un gilet jaune : "C'est jaune. C'est moche. Ça ne va avec rien. Mais ça peut vous sauver la vie".

 

« Si tu pisses partout, t’es pas Chanel du tout.»

Tout le monde veut connaitre la vie secrète du géant de Chanel. Le documentaire "Lagerfeld Confidential" promettait d'ouvrir les portes très fermées de ce monde doré. On y découvre notamment des images des toilettes de chez Chanel, habillées d'une pancarte "Pissing everywhere isn't very Chanel" (littéralement "Si tu pisses partout, t'es pas Chanel du tout"). Très chic.

 

« Si j’étais une femme russe, je serais lesbienne. Les hommes russes ne sont vraiment pas très beaux. »

Dans un numéro spécial de "Metro", paru en 2012 et intitulé sobrement "Le monde selon Karl", le couturier allemand revêt le costume de rédacteur en chef pour une journée. Il y fait des illustrations et y mène des interviews, ne manquant pas au passage de déclamer des petites phrases provocantes, qu'on lui connait bien.

 

« Je déteste avoir des conversations intellectuelles. Parce que seule ma propre opinion m’intéresse. »

Après s'être qualifié de "modestie même", on découvre en 2011 dans le "Parisien" que Karl Lagerfeld ne s'intéresse qu'à sa propre opinion. Il précisera plus tard vouloir tout de même se tenir informé de tous les sujets. Il a également déclaré qu'il avait toujours su qu'il deviendrait une légende. Rien que ça. D'ailleurs, il préférait la solitude (sans doute à cause de blessures familiales ou amoureuses). Dans "Elle", il disait être dans un "ménage qui tient" avec lui-même.

 

"Je suis une sorte de nymphomane de la mode qui n'atteint jamais l'orgasme."

Provoquer a toujours été un des jeux préférés du directeur artistique de Chanel (depuis 1983). Rapporté dans "Beautiful People" d'Alicia Drake (paru en 2010), il flirte avec le vulgaire en se comparant à une nymphomane. Lagerfeld ne connait jamais de satisfaction totale pour son travail, mais ce sentiment de frustration est en réalité très stimulant et le pousse à toujours se surpasser. Dans une vidéo pour "Paris Dernière", en 2012, il avouait n'être jamais content de lui-même, et que c'est ce qui lui permettait d'avancer. "C'est horrible les gens qui sont contents d'eux."

 

"Si l'on me demande quelle est la femme la plus élégante du monde, je dirais que c'est elle. Personne ne porte un manteau de fourrure comme elle."

Le géant de la mode n'a jamais caché son amour débordant pour sa chatte "sacré de Birmanie", Choupette, dont le compte Instagram approche les 120.000 abonnés, et qui semble désignée comme son héritière. Le couturier, qui était plus proche de sa chatte que des femmes (ou au moins autant ?), assurait à "Marie-Claire" en 2012 que Choupette est "la femme la plus élégante du monde", la comparant aussi à l'ancienne escorte Zahia, qu'il admire. "Choupette est la Zahia des chatons." 

 

« Je trouve les tatouages horribles. C’est comme vivre dans une robe Pucci à plein temps. »

Même s'il ne s'oppose pas complètement à un ou deux petits dessins discrets, Karl a horreur des tatouages. Dans "Salut les terriens" (2017), il se justifie notamment en expliquant que, quand les personnes tatouées vont vieillir, leurs corps vont devenir "des drapés imprimés". La mode du tatouage serait-elle d'ailleurs en train de tomber dans le mauvais goût ? Pour le Kaiser, la limite entre ce qui est tendance et ce qui est ringard est très fine.

 

"J'ai autour de moi des gens jeunes et beaux. J'ai horreur de regarder la laideur."

La provocation, une fois de plus ! "Le Monde selon Karl" (2013) nous confirme le goût prononcé de Karl pour les gens attirants, lui qui a toujours su s'entourer de modèles beaux et dans la fleur de l'âge (comme le mannequin Baptiste Giabiconi à qui il a "volé" Choupette).

 

« L’homosexualité est comme une couleur de cheveux, rien de plus. Et puis, cela évite une belle fille insupportable. »

Une phrase de sa mère Elisabeth cette fois, que Karl Lagerfeld a souvent évoqué et qu'il a toujours qualifiée de stricte et distante, mais en avance sur son temps. Quand le jeune Karl lui a demandé ce qu'était l'homosexualité, elle aurait comparé cela à une simple couleur de cheveux, qui ne dérange personne. Une citation suûrement un peu romancée qu'il a relayée dans "Paris Match" en 2013, mais qui nous plait bien. Comme quoi la répartie est de famille.

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Crédit photo : Pierre Guillaud/ AFP.


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