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Ce que nous apprennent les manchots (et les autres espèces) sur l’homoparentalité

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L'éthologue Fleur Daugey explique que l'homosexualité et l'homoparentalité sont beaucoup plus répandues dans la nature qu'on ne l'imagine. Et qu'elles jouent un rôle dans la perpétuation des espèces.

Des manchots papous gays et parents à Sydney. D'autres qui se "marient" au Royaume-Uni. Des couples gays et lesbiens plus nombreux que les couples hétéros dans un aquarium irlandais. Y aurait-il une (évidemment dangereuse) vague d'homosexualisation chez ces animaux ? Ou est-on (enfin) en train de découvrir une évidence sur laquelle scientifiques et société civile ont volontairement fermé les yeux ?

L'éthologue Fleur Daugey s'est intéressée à l'homosexualité chez les animaux suite aux discours tenus par la Manif pour tous. "Les humains sont très souvent incultes lorsqu'il s'agit de nature, explique-t-elle. C'était mon cas concernant ce sujet, que j’ai décidé de creuser.Selon l'autrice d'Aminaux Homos, l'homosexualité des animaux est un fait avéré, observé bien plus largement que chez nos chers manchots papous.

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Pas "d'effet prison"

Chez ces oiseaux, des comportements "de parades amoureuses, de cadeaux, de construction de nid et de rapports sexuels entre couples de mêmes sexes sont désormais avérés", liste l'éthologue. Des observations faites dans la nature, et de manière plus fréquente en captivité. L'enfermement favoriserait-il donc les rapprochements entre individus de même sexe ? Difficile à dire.

"Pendant longtemps, et encore aujourd'hui, l'étude de ces phénomènes a subi le biais du tabou, rappelle Fleur Daugey. Les scientifiques rangeaient très souvent leurs observations dans le champ de 'bizarreries', faisant passer la morale de leur époque avant leur rigueur scientifique."

Il lui semble par ailleurs probable que les couples homos soient plus facilement observés en captivité du fait de notre proximité avec ces individus. En somme, plus d'observations de couples gays et lesbiens dans les zoos et aquariums ne signifient pas qu'ils y sont plus nombreux que dans la nature.

Un rôle dans la perpétuation des espèces

Fleur Daugey nous explique que les manchots papous sont en réalité l'une des 1.500 espèces chez lesquelles des comportement homosexuels ont été observés. Parmi elles, le phénomène a été expressément étudié chez 500 espèces. Mais pour la scientifique, on peut imaginer qu'il y en a encore davantage.

On peut se demander pourquoi les comportements homosexuels ont perduré à la sélection naturelle. D'abord, l'évolution est soumise à d'autres critères. Ensuite, "la reproduction peut-être favorisée par les couples homos", nous étonne l'éthologue. Les scientifiques ont en effet démontré le rôle des couples homoparentaux dans la perpétuation des espèces.

Chez les éléphants de mer, les femelles élèvent seules leur petit. C'est en tout cas la règle que les scientifiques pensaient générale. Ils ont pourtant découvert que des couples de femelles pouvaient élever ensemble des bébés... qui ne sont pas d'elles. Elles adoptent des petits abandonnés par négligence ou dont la mère a été tuée par un prédateur. Les éléphanteaux de mer sont ainsi sauvés d'une mort certaine.

Un phénomène proche du comportement de certaines femelles grizzlis qui élèvent à deux leurs portées. Il arrive ainsi qu'une seule des deux allaite l'ensemble des petits. L'autre femelle est ainsi précocement en capacité de se reproduire. Après avoir rencontré un mâle, elle revient élever ses nouveaux petits avec la femelle avec laquelle elle forme un couple. Le nombre d'oursons en développement est ainsi radicalement accru.

On retrouve cette intimité entre certaines femelles grizzlis jusque dans leur terrier d'hibernation. Ils sont creusés très proches l'un de l'autre, là où tous les autres grizzlis cherchent absolument à s'éloigner des autres individus de leur espèce.

"PMA artisanale"

Autre exemple : les albatros de Laysan. Ils vivent sur des îles isolées de l'archipel d'Hawaii. Et les femelles y sont plus nombreuses que les mâles. Ces derniers fécondent parfois plusieurs femelles, mais ne restent en couple qu'avec une seule. Problème, les petits de cette espèce ont besoin de deux parents pour se développer : l'un qui surveille le nid, pendant que l'autre va chercher à manger. Le petit de la femelle isolée n'a donc aucune chance de survivre.

C'est comme ça que se créent de nombreux couples de femelles, qui, après cette sorte de "PMA artisanale", élèvent ensemble un petit (et dans de rares cas deux à la fois). Pendant ce temps, le mâle élève les petits conçus avec la femelle avec laquelle il forme un couple. Résultat : il y a davantage de nouveaux nés par saisons que si tous les couples étaient hétéroparentaux.

Tout le règne animal concerné

Mais l'homosexualité ne concerne pas que les espèces dites "sociales", qui auraient besoin d'évoluer en couples ou en groupes pour faire grandir leur petits. "On retrouve des accouplements choisis entre individus de même sexe parmi tout le règne animal, y compris chez les reptiles et les insectes", précise Fleur Daugey.

Que les fanatiques - qui s'inquiètent que les humains "deviennent" un jour tous homosexuels et fassent courir l'humanité à sa perte - se rassurent donc. Même dans un tel cas, notre espèce serait toujours en capacité de se perpétuer.

Crédit photo : Shutterstock / Canva.


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