internationalL'Ouganda dément vouloir condamner les homos à la peine de mort, mais...

Par Antoine Patinet le 15/10/2019
ouganda

Un ministre ougandais a annoncé son intention de remettre sur la table un projet de loi condamnant les personnes LGBT+ à la peine de mort. Si le gouvernement a démenti, le mal est fait...

Un projet de loi funeste. Le ministre de l'Ethique et de l'Intégrité d'Ouganda, Simon Lokodo, a annoncé jeudi 10 octobre son intention ferme de remettre sur la table le projet de loi sobrement intitulé "Kill The Gays" (littéralement, "tuer les homosexuels")"Nous n'aimons pas le chantage, a-t-il déclaré à Reuters, et cité par The Independant. Bien que nous sachions que cela va irriter nos partenaires, nous ne pouvons pas baisser la tête et nous incliner face à ceux qui veulent nous imposer une culture qui nous est étrangère." 

Peine capitale

Ce projet de loi déjà proposé en 2009 et voté fin 2013 par le Parlement ougandais, avait provoqué la colère de la communauté internationale. La Banque mondiale et plusieurs pays européens avaient en effet annoncé suspendre leurs aides, tandis que les Etats-Unis avaient durci leur politique d'obtention des visas. Quand la Cour constitutionnelle a invalidé la loi, en 2014, le président actuel, Yoweri Museveni avait alors renoncé à faire appel. Pourtant, c'est un membre de son gouvernement qui revient, 5 ans plus tard, avec la même idée nauséabonde.

"Les gays organisent des recrutements massifs dans les écoles, particulièrement auprès des jeunes, où ils promeuvent l'idée fausse que les gens sont nés comme ça, a-t-il alors continué.  Notre loi pénale est limitée, elle ne criminalise que l'acte. Nous voulons qu'il soit clair que quiconque est impliqué dans la promotion et le recrutement est un criminel. Ceux dont les actes sont les plus graves doivent être condamnés à mort." 

Désaveu

Pourtant, dès samedi, face à la reprise médiatique internationale, le porte-parole du gouvernement Ofwono Opondo, a réfuté les propos du ministre de l'Ethique et de l'Intégrité. "Le gouvernement tient à être clair sur le fait qu'il n'a aucune intention d'introduire de nouvelles lois concernant la régulation des activités LGBT en Ouganda, car les les dispositions actuelles du code pénal sont suffisantes." 

Si l'homosexualité n'écope pas de la peine capitale, elle est tout de même lourdement pénalisée en Ouganda. Le paragraphe 145 du code pénal de 1950 stipule que « toute personne qui — (a) a connaissance charnelle d'une autre personne contre l'ordre de la nature ; (b) a connaissance charnelle d'un animal ; ou (c) permet à un homme d'avoir un contact charnel avec lui ou elle contre l'ordre de la nature, commet une infraction et est passible de prison à vie. »

Contacté par le média ougandais Daily Monitor, le ministre Simon Lokodo n'a pas souhaité répondre. Est-ce un rétropédalage face à la réaction internationale ou le ministre était-il vraiment en roue libre ? "On doit attendre et voir, analyse Roland Ebole, chercheur d'Amnesty International spécialisé sur la région. Quelqu'un ne nous dit pas la vérité, l'avenir nous dira qui c'est."  De toute façon, pour Amnesty comme pour les associations de défense des droits LGBT locales, le mal est fait.

Chasse aux sorcières

Car pour les LGBT+ ougandais, ce genre de déclarations sont une porte ouverte à une chasse aux sorcières particulièrement violente.  Interrogé par Reuters, Pepe Julian Onziema, de Sexual Minorities Uganda, une alliance d'organisations LGBT+, s'était dit vendredi très inquiet. "La dernière fois, quand la loi a été introduite, l'homophobie et les crimes de haines se sont multipliés. Des centaines de personnes LGBT+ ont alors du fuir le pays."

Une inquiétude largement partagée par Amnesty International. Interrogé par TÊTU, Sébastien Tüller, responsable LGBT+ pour Amnesty International rappelle : "avant la première présentation du projet de loi, en 2009, les gens ne dénonçaient pas les membres de leur famille ou leur amis LGBT+ à la police. Maintenant ils le font. Il y a même des articles de presse qui dénoncent les personnes LGBT, avec leur photo."

Et la situation ne fait que s'aggraver. Le harcèlement et les violences à l'égard des personnes LGBT+ augmente, le travail des associations est entravé, les subventions occidentales sont coupées... "Toute initiative visant à parler positivement des personnes LGBT+ ou de leur droits est lourdement sanctionnée"  termine Sébastien Tüller.

Une lueur d'espoir ?

Dans certains pays d'Afrique, pourtant, les choses commencent à changer. "Plein de pays progressent à l'égard de la situation des personnes LGBTI en Afrique. Le message passerait peut-être mieux si ça venait des voisins africains..." avance Sébastien Tüller. En effet, en juin dernier, le Botswana a dépénalisé l'homosexualité. En Afrique du sud, le mariage des couples de même sexe est même autorisé depuis 2006.

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Ces deux pays, comme une grande majorité des pays du continent (excepté le Soudan, exclu à cause de son régime politique), sont membres de l'Union Africaine. Une commission dédiée aux Droits de l'Homme et des peuples, a voté en 2014 une résolution visant à garantir à tous la « protection contre la violence et d’autres violations des droits humains de personnes sur la base de leur identité ou orientation sexuelle réelle ou supposée» dans tous les pays membres de l'Union Africaine, dont l'Ouganda, depuis 1963.

"On va rapporter ces violations auprès de la commission, assure Roland Ebole, et demander des réponses. Nos institutions doivent confronter les pays qui ne respectent pas la loi. Mais l'Union Africaine n'a pas une approche très progressive avec les pays qui passent ce genre de loi et qui violent les droits humains..." En attendant, les Ougandais seront appelés aux urnes en 2021. Et le régime tente déjà de décrédibiliser l'opposition en assurant qu'elle est de mèche avec les LGBT, et qu'elle drogue les jeunes... C'est mal parti.