Quatre ans après la loi prostitution, les travailleur.euse.s du sexe se mobilisent en ligne

Pour dénoncer les conséquences de la loi de pénalisation des clients de la prostitution, des travailleuses et travailleurs du sexe ont organisé pendant cinq jours une "manif virtuelle".

Il y a quatre ans quasiment jour pour jour, le 13 avril 2016, était promulguée une loi qui pénalise notamment les clients de la prostitution. Depuis, les associations de travailleuses et travailleurs du sexe et autres acteurs de la société civile n'ont eu de cesse que de dénoncer les conséquences de cette loi sur les personnes exerçant comme métier la prostitution : précarisation accrue, baisse des tarifs et du nombre de clients, difficultés à imposer la capote ou encore insécurité, tragiquement illustrée par les meurtres de Vanesa Campos en août 2018 et de Jessyca Sarmiento fin février 2020, deux prostituées trans originaires d'Amérique latine.

Manifestations, saisines du Conseil constitutionnel et de la Cour européenne des droits de l'homme... Aucune action n'est de trop pour alerter l'opinion. Et ce n'est pas le confinement qui va y changer quelque chose. Du 8 au 13 avril, des travailleuses et travailleurs du sexe, militants ou non au Syndicat du travail sexuel (Strass), ont en effet organisé une "manif virtuelle". L'objectif : "prendre Internet en appelant à faire du bruit pour dénoncer l’impact de la loi, dire que l’abolition n'est pas la solution, que ça suffit les campagnes de désinformation, qu'il se passe des trucs graves", développe Awen, qui tient le compte Instagram @tds_vs_grindrr.

Manif sur Animal Crossing

"Aujourd’hui à cause du confinement, nous ne pouvons pas manifester dans les rues pour rappeler notre opposition aux politiques de pénalisation, a souligné le Strass dans un communiqué. Nous choisissons donc de nous exprimer via les réseaux sociaux au travers de différents hashtags dont #4ansloiprostitution." Sur Facebook, Twitter, Instagram et même... Animal Crossing, les "alliés" de la cause étaient invités à manifester massivement leur soutien.

"J'avais peur que ça fasse un flop, avoue Awen, qui s'occupait d'organiser l'action sur Instagram, tout comme le compte @beverluxe_on_the_flux. Mais ça a plutôt bien pris. Il y a eu sur l'ensemble des réseaux sociaux plus de 400 photos de personnes tenant une pancarte avec la phrase "Someone I love is a sex worker" (en français "Quelqu'un que j'aime est une travailleuse ou un travailleur du sexe", ndlr)." Un concept lancé par le compte @par.et.pour. Sur le jeu vidéo Animal Crossing, des travailleuses et travailleurs du sexe ont fait manifester leurs avatars au milieu des sapins et des pommiers, brandissant des parapluies rouges, symbole de leur lutte, des toiles clamant "Sex work is work" dans leur dos.

Cagnottes solidaires

La précarité des travailleuses et travailleurs du sexe, déjà creusée par la loi de pénalisation du client, s'est accrue depuis le début du confinement. Si bien que certains d'entre eux ont dû continuer à travailler, au risque de s'exposition à une contamination au Covid-19. Awen, lui, n'a vu qu'un client depuis un mois. Il a aussi vendu des photos de lui sur son site Internet. "Sortir ce n'est pas cool pour la santé publique. Mais manger, c'est cool aussi."

https://www.instagram.com/p/B-z_DEkg_x8/?utm_source=ig_web_copy_link

Face à l'inaction des pouvoirs publics, des travailleuses et travailleurs du sexe se sont organisés entre eux pour lancer des cagnottes solidaires, recensées par l'association Polyvalence, qui participait à la manif virtuelle. Des associations et des députés de la majorité ont demandé au gouvernement la création d'un fonds d'urgence pour combler la restriction forcée d'activité dans la prostitution, mais le cabinet de Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'Égalité femmes-hommes et à la Lutte contre les discriminations, a botté en touche auprès de nos confrères du HuffPost, évoquant un dispositif "très compliqué" et affirmant à tort que ces activités n'étaient pas déclarées. "On fait le travail de l’État, soupire Awen. Ce n'est pas nouveau dans la lutte des putes."


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