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nudesSalaire, anonymat... Les confessions de trois utilisateurs d'OnlyFans

Par Nicolas Scheffer le 18/09/2020
OnlyFans

En quelques années, OnlyFans a réussi à s'imposer comme le nouveau moyen de consommer les nudes et les vidéos homemade, créant un rapport direct entre les performeurs et leurs "fans". Pro ou amateurs, trois utilisateurs de la plateforme nous emmènent dans les coulisses de la plateforme.

Romain, 28 ans :  “C’est très addictif”

Romain a toujours eu une sexualité assez intense. Quand il a connu les contenus sensibles de Twitter, ça a été une petite révolution. “C’est très addictif !” révèle-t-il à la terrasse d’un café du Marais, à Paris. En l’occurrence, lui passe au moins trois heures par jour sur les réseaux sociaux, essentiellement pour répondre et commenter des publications. Une stratégie qui fonctionne. Il sort son téléphone et montre ses statistiques : plus de 68 000 abonnés à son compte Twitter, où il publie des extraits de vidéos et des photos qui renvoient vers son OnlyFans.

Désormais, Romain dispose de plusieurs centaines d’abonnés à 8,99 dollars par mois, qui viennent des quatre coins du monde, notamment des États-Unis. S’il publie surtout des nudes pour satisfaire son côté exhibitionniste, il a appris de nombreuses techniques marketing pour avoir plus de visibilité : commenter les vidéos d’autres performeurs avec des extraits des siennes, inscrire un logo dynamique afin que les internautes soient encouragés à s’abonner, ou encore proposer à ses abonnés fidèles des réductions et “solder” régulièrement son contenu.

Trouver des garçons qui acceptent d’être filmés, ce n’est pas difficile. Ce qu’il faut, c’est être très réglo sur la discrétion”

Aujourd’hui, le jeune homme est devenu une petite star. À tel point qu’il n’a plus tellement besoin des applications pour chopper, même s’il garde Grindr allumé régulièrement avec un lien qui redirige vers son compte Twitter. “Trouver des garçons qui acceptent d’être filmés, ce n’est pas difficile. Ce qu’il faut, c’est être très réglo sur la discrétion”, avertit-il. Si un garçon le reconnaît, ce n’est pas à sa tête qu’il l’identifie... mais plutôt à son membre inférieur. Parce que Romain fait attention à cacher tout ce qui pourrait le démasquer : il ne montre pas ses tatouages et camoufle sa voix.

S’il protège tant son identité, c’est pour ne pas être reconnu par son employeur et fuir les situations explosives. “Il suffit d’un ex qui digère mal la rupture et ça peut vite être problématique”, juge- t-il, prudent. Il garantit évidemment la même discrétion à ses partenaires. Quant à ses parents, “s’ils savaient que je fais ça, c’est comme s’ils entraient dans ma chambre alors que je suis en train de me masturber”.

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Stéphane, 35 ans : “C’est beaucoup plus rentable que les studios”

Depuis dix ans, Stéphane travaille dans le X derrière le pseudo Stef Killer. “Un jour, je tape mon nom sur Google et je vois des photos de moi accessibles gratuitement. Pourtant, mon compte bancaire, lui, était toujours au plus bas.” Ni une ni deux, il crée un compte Twitter et observe la concurrence. Il poste ensuite un extrait qui totalise, selon lui, 1,5 million de vues en deux semaines. Mais il a une déconvenue avec le réseau social : ayant oublié de se signaler comme “contenu sensible”, l’oiseau bleu a tout simplement supprimé son compte, qui ne respectait pas la charte d’utilisation. Stéphane recommence alors en évitant de répéter la boulette.

Un mois et quatre vidéos plus tard, 300 euros sont tombés sur son compte. “C’est beaucoup plus qu’avec des studios, qui me paient entre 100 et 120 euros par scène”, s’emporte le modèle au look de banlieusard, qui regrette d’être payé la même somme, que sa vidéo fasse 10000 ou un million de vues.

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Avec lui, pas besoin de matériel imposant : deux smartphones suffisent à prendre deux angles de vue différents, et une connaissance basique des logiciels de montage permet de faire le reste. “Il y a un côté ludique, c’est beaucoup moins industriel que le porno professionnel”, trouve-t-il. Selon lui, les studios ont beaucoup plus de mal à trouver des acteurs maintenant qu’OnlyFans permet à ces derniers de gagner plus d’argent. Même s’il reste plombier à côté pour finir de payer son loyer

 

Dylan, 20 ans : “En 2019, la nudité ne devrait pas être un problème”

“J’assume totalement. Je ne considère pas que ça m’engage, ni émotionnellement ni psychologiquement.” À 20 ans, Dylan gagne environ un Smic par mois grâce à OnlyFans, mais ne voit pas cette activité comme un métier à part entière : il cherche un travail à côté, car la fluctuation de ses revenus ne lui permet pas de véritablement compter dessus. “Ça doit rester du bonus.”

“J’aimerais travailler dans le milieu artistique et avoir une image publique”, explique-t-il. C’est lorsqu’il constate que ses photos torse nu explosent sur les réseaux sociaux qu’il décide de créer son compte OnlyFans. Avec son look méditerranéen, ses tatouages sur le torse, ses cheveux bouclés et son regard percutant, Dylan plaît rapidement.

"Si mes parents apprenaient que je suis travailleur du sexe, je crois que ça me pousserait à quitter le domicile familial.”

Si autour de lui plusieurs de ses amis proches sont au courant de son activité parallèle, certains la lui ont reprochée. Il dénonce le slut-shaming (stigmatisation et culpabilisation des comportements jugés trop ouvertement sexuels), facilité par l’anonymat des réseaux sociaux, notamment sur la plateforme Curious Cat, qui permet de poser des questions de manière masquée. “On trouve que c’est une activité vulgaire mais on est en 2019, la nudité ne devrait pas être un problème”, s’exclame-t-il en se comparant à Kim Kardashian.

À la différence que cette dernière est soutenue par sa famille. Chez Dylan, c’est plus compliqué : “Mes parents ferment les yeux sur mon homosexualité et sont dans le déni. S’ils apprenaient que je suis travailleur du sexe, je crois que ça me pousserait à quitter le domicile familial.”