Le mois Avril Utile s'adresse aussi aux proches des personnes directement concernées par le chemsex. Voici quelques pistes d'action pour soutenir un ami, un amant ou un parent tombé dans la spirale de l'addiction.
Illustration : Laurier The Fox pour têtu·
"Face à l’addiction d’un proche, on se sent souvent impuissant, pose la docteure Hélène Donnedieu, cheffe du service d’addictologie du CHU de Montpellier, qui reçoit des personnes en difficulté avec le chemsex. On essaie différentes techniques, mais souvent rien ne fonctionne." Faut-il pour autant baisser les bras ? Certainement pas, car l’entourage est partie prenante dans la rémission des personnes dépendantes. À condition d’adopter la bonne posture et de ne pas s’user dans un rôle d’aidant qui peut être épuisant.
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Comprendre
"La première étape est de se renseigner pour comprendre ce qu’est le chemsex", explique le docteur Jean-Victor Blanc, médecin psychiatre, auteur du livre Des amours chimiques, le fléau du chemsex. Il s’agit d’arriver à un niveau suffisant d’information pour comprendre d’une part ce qu’est l’addiction et ses mécanismes et, d’autre part, ce qu’est le chemsex dans ses spécificités, c’est-à-dire une pratique mêlant sexualité, drogue et sociabilité, qui a une forte dimension émotionnelle et identitaire, et qui peut susciter une forme de honte et de culture du secret.
Repérer
Souvent partenaires des addictions, la honte et le secret sont d’autant plus fréquentes dès lors que l’on parle de dépendance au chemsex. Dans ces conditions, il est plus que probable que la personne dépendante ne s’ouvre pas directement de ses difficultés, mais que celles-ci se dessinent dans un faisceau de signes qui doivent alerter. En premier lieu, des changements liés à la sociabilité qui montrent que le chemsex prend le dessus sur le reste de la vie :
- - Vie en "deux temps" : sociale et cachée
- - Disparitions prolongées
- - Annulations fréquentes ou imprévisibilité
- - Isolement progressif en dehors du chemsex
Ensuite des signes relatifs à la santé physique et mentale :
- - Fatigue
- - Stress
- - Irritabilité
- - Déprime, notamment après les plans
- - Amaigrissement
- - Malaises ou pertes de connaissance
- - Marques d’injection (slam)
Puis les signes liés à l’impact de l’addiction sur la la vie quotidienne :
- - Difficultés professionnelles
- - Problèmes financiers
- - Conflits relationnels
- - Retrait des activités habituelles
Parler
Face à une accumulation de ces ces signes, il ne s’agit pas de mener l’enquête, encore moins de surveiller ou de chercher à "faire avouer" (personne ici n’est coupable !) mais de préserver le lien afin d’ouvrir le dialogue.
- - Commencez d’abord par choisir le moment adéquat, hors session, hors descente, dans la calme et sans urgence.
- - Évitez la confrontation à chaud et les discussions de groupe façon "intervention" collective.
- - Privilégiez les phrases en "je" telles que "Je m’inquiète pour toi", "Je t’ai senti très fatigué ces derniers temps", "Je tiens à toi et j’avais envie d’en parler", plutôt que de partir dans l’attaque frontale et le jugement ("Tu fais n’importe quoi", "Tu es addict", "Tu dois arrêter"…).
- - Expliquez les motifs concrets de votre inquiétude ("Tu as disparu tout le week-end", "Tu avais l’air épuisé lundi"…).
- - Posez des questions ouvertes, pour comprendre et non pour convaincre : "Comment vis-tu ça en ce moment ?", "Qu’est-ce que ça t’apporte ?", "Est-ce qu’il y a des moments où c’est plus difficile ?".
- - Validez les émotions, sans jugement, sans volonté de contrôle.
- - Intégrez le principe de la réduction des risques : l’objectif n’est pas forcément d’arrêter et, de toute façon, ça n’est pas à vous de le décider.
Aider une personne dépendante, c'est d’abord accepter que les choses prennent du temps, car la personne doit souvent dépasser un stade de déni et de dissimulation. "On ment beaucoup quand on est addict, notamment pour se protéger, témoigne Fabien, 30 ans, abstinent depuis plusieurs mois. Ne prenez pas les mensonges pour vous, comme une trahison. Ils font partie du processus."
Agir
Aider un proche dépendant, ce n’est ni jouer au soignant, ni se voir en sauveur. "Ce que vous pouvez faire en tant qu’ami, c’est avant tout être présent et maintenir le lien, non vous substituer à un professionnel” pose Fred Bladou, sexothérapeute et professionnel de l’addictologie. Il explique d'ailleurs que lorsqu’un des ses amis proches a été concerné par l’addiction et a fait état de sa volonté d’en sortir, il l’a aidé à organiser sa prise en charge chez une soignante. "Ne cantonnez pas la personne à ses usages, souvenez-vous pourquoi vous êtes ami avec elle et intéressez-vous à elle, ajoute Hélène Donnedieu. Signifiez votre présence, notamment dans les moments de descente après les plans et efforcez-vous de créer un environnement social bienveillant. Continuez par exemple de proposer des activités pour éviter l’isolement."
La communication étant la clef, Jean-Victor Blanc recommande de discuter avec la personne de la place que vous pouvez avoir et, par exemple, des moments où vous pouvez l’appeler.
Orienter
Si votre rôle ne saurait en aucun cas se substituer à celui d’un professionnel, vous pouvez orienter votre ami vers des personnes qui sauront l’accompagner, qu’il s’agisse de soutien communautaire, de groupes de parole, de centres de santé, de psychologues, psychiatres, addictologues, sexologues, etc. Vous trouverez ici une liste de ressources disponibles.
Se protéger
"C’est hyper difficile, c’est douloureux, c’est parfois révoltant et difficile à comprendre que la personne qu’on aime, son mec, son ami 'se détruise' sans réagir, acte Fred Bladou. Pour les proches, adopter une posture positive susceptible d’aider peut présenter un réel danger pour la santé mentale. Il faut donc aussi prendre soin de soi, ne pas penser que l’autre est au centre." Il conseille notamment de poser des limites : "Un déjeuner sobre par semaine, une soirée, un coup de fil par jour, quelque chose de simple qui ne sert pas à faire des reproches ou à une injonction au soin, sinon la personne cherchera à fuir, par culpabilité, ces moments privilégiés." Mais également de se protéger : "Ne culpabilisez pas, ne réglez pas ses problèmes d’argent, ne soyez pas complice de la consommation mais plutôt celui qui comprend et va l’accompagner, quand il le pourra, vers une autre voie." Enfin, ne restez pas seul·e, parlez-en par exemple à votre porpre psy, ou rejoignez un groupe de soutien comme celui comme ceux proposés par les Narcotiques Anonymes ou encore les groupes mixtes de Chems Pause qui, un dimanche par mois, accueillent des personnes concernées et des proches.
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