Vincent, bisexuel, aimerait qu’on arrête de lui demander s’il préfère les filles ou les garçons

À l'occasion de la journée internationale de la visibilité des bi, pan et plus, Vincent se livre à TÊTU. Le trentenaire raconte comment il s'est autorisé, avec sa copine, à assumer son attirance pour les hommes.

Alors que j'étais âgé de 12 ou 13 ans, je suis tombé amoureux d'un garçon en colonie de vacances. Enfin... c'était plutôt un crush qu'un véritable amour. Quoi qu'il en soit, je ne comprenais pas vraiment ce qu'il m'arrivait parce que je n'avais pas de grille de lecture. Au fond, j'ai toujours su que j'étais bisexuel mais cette identité s'est écrasée en moi, je l'ai totalement occultée. Pendant une dizaine d'années, j'ai été en couple avec une fille, ce qui ne m'a pas empêché de regarder les garçons et même de flirter avec.

Sortir avec des filles pour des raisons statistiques

Finalement, j'ai eu plus de relations avec des filles qu'avec des garçons. Il y a quelque chose de rassurant qui permet d'éviter de s'exposer à la LGBTphobie. Quand on est un garçon, c'est plus facile de draguer une fille qu'un homme, ne serait-ce que pour des raisons statistiques évidentes. Mais avec mes précédentes partenaires, je n'ai pas vraiment parlé de ma bisexualité.

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Au travail non plus, je ne parle pas de ma bisexualité. Je bosse dans le milieu de la tech, c'est un secteur assez difficile, plutôt sexiste et très masculin avec peu d'ouverture d'esprit sur certains sujets. C'est pour ça que je ne parle pas trop de mon orientation sexuelle avec mes collègues et je n'en parle qu'à mes amis proches.

Des identités qui s'additionnent

Pour blaguer, mes potes hétéros me disent que je préfère les filles et mes amis gays croient que je préfère les garçons sans me l'avouer. Certains me disent que je suis intéressé à 70% par les filles et à 30% par les mecs... C'est un peu agaçant de toujours vouloir nous mettre dans une case, comme si je ne pouvais pas aimer les filles et les garçons, il faudrait que j'ai une préférence. Je me sens appartenir à la communauté LGBT+,  et il m'arrive de traîner dans des bars gay. Mais je préfère les soirées techno qui sont peut-être moins cloisonnées à une attirance ou une préférence.

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Mon orientation sexuelle et mon métissage sont très liés. J'ai des origines algériennes et des origines françaises. Dans ma famille, on a difficilement accepté que je puisse être de culture française et en même temps algérienne. Pourtant, mes identités s'additionnent sans se nuire l'une et l'autre. Je n'ai jamais parlé de ma bisexualité à ma famille, d'autant qu'un coming out homo a déjà été fait et qu'il s'est mal passé... Je ne vois pas comment ma famille pourrait comprendre la bisexualité. D'autant que j'ai grandi dans un village du sud-ouest où les personnes LGBT+ ne sont pas vraiment visibles.

Des points pour la draguer...

Paradoxalement, c'est ma copine actuelle qui m'a permis de m'ouvrir sexuellement aux garçons. Avant que l'on sorte ensemble, elle me charriait en disant que j'étais un "mâle blanc, hétérosexuel". Je lui ai répondu que j'étais bi et métisse. Je crois que ce soir-là, j'ai gagné des points pour la draguer.

Elle-même est bi : c'est beaucoup plus facile de parler de bisexualité avec une partenaire qui en comprend les enjeux et qui n'a pas de stéréotypes. C'est même quelque chose qui renforce notre couple, on se comprend facilement. Avec elle, ça m'arrive de commenter les garçons et les filles qui passent dans la rue.

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Je me pose pas mal de questions sur l'identité de genre et sur la sexualité. Est-ce que les autres personnes bies ont un manque à combler ? Ont-elles davantage besoin de faire l'amour avec des personnes de l'autre genre que leur partenaire ? Je ne crois pas. Je pense simplement que certaines ont besoin de désirer d'autres corps, comme cela peut arriver chez les personnes hétéros ou homosexuelles.

 

Crédit photo : Marine Jeannin


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