50 pays interpellent la Pologne pour protéger les personnes LGBT+… sans évoquer les zones « sans-LGBT »

Une cinquantaine de pays ont publié une lettre ouverte aux autorités polonaises pour "travailler ensemble sur un environnement de non-discrimination" des personnes LGBT+. Mais les diplomates sont encore frileux...

La pression diplomatique monte d'un cran contre les LGBTphobies d'État en Pologne, mais on est loin de la dénonciation forte. Une cinquantaine d'ambassadeurs interpellent les autorités polonaises dans une lettre ouverte publiée ce dimanche 27 septembre. "Nous exprimons notre soutien aux efforts visant à sensibiliser le public aux questions touchant la communauté lesbienne, gay, bisexuelle, transgenre et intersexuée (LGBTI) et d'autres communautés en Pologne confrontées à des défis similaires", écrivent ces diplomates à l'initiative de la Belgique.

Pas de référence aux zones "sans-LGBT"

Les ambassadeurs regrettent que la Marche des Fiertés de Varsovie n'ait pas pu se tenir cette année en raison de l'épidémie due au coronavirus, tout comme dans de nombreuses villes. "Pour protéger les communautés qui ont besoin d'être protégées contre les abus verbaux et physiques et les discours haineux, nous devons travailler ensemble sur un environnement de non-discrimination, de tolérance et d'acceptation mutuelle", demandent-ils sans évoquer de sanctions.

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Mais la lettre, dont la France est signataire, n'évoque pas non plus la centaine de zones "sans-LGBT" qui représentent environ un tiers du territoire. Elle ne dénonce pas la dérive du discours LGBTphobe du gouvernement qui a qualifié les personnes LGBT+ "d'idéologie" comparable à du "néo-bolchevisme". La lettre ne fait pas non plus état de l'arrestation de l'activiste Margot qui a été détenue plusieurs semaines pour avoir détérioré un van qui lançait des slogans homophobes dans Varsovie. Le texte ne fait pas non plus mention des mensonges qui sont propagés par l'ambassade de Pologne aux États-Unis.

Des zones "sans humanité" en Pologne

Vendredi, la Commission européenne a reçu une pétition signée par plus de 300.000 personnes pour interpeller l'UE. La présidente de la Commission européenne Ursula Von der Leyen a qualifié les zones "sans-LGBT" de zones "sans humanité". Dans son sillage, le candidat à l'élection présidentielle américaine du 3 novembre, Joe Biden, les a également condamnées. "Laissez-moi être clair : les droits des personnes LGBT+ sont des droits humains - et les zones "sans LGBT" n'ont pas leur place dans l'Union européenne ou n'importe où dans le monde", a-t-il déclaré sur Twitter.

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Sur son compte, l'ambassade de Pologne a osé déclarer que "l'assertion du vice-président Biden est basée sur des informations erronées des médias, car des zones "sans LGBT" n'existent pas en Pologne. Le gouvernement polonais est attaché à l'État de droit, des droits égaux et l'inclusion sociale. Il n'y a pas de place pour les discriminations dans nos sociétés".

Un gouvernement qui soutient les LGBTphobies

"Pas de place pour les discriminations" et pourtant... Lorsqu'une ville ne reçoit pas de subventions européennes parce qu'elle s'est déclarée "sans-LGBT", le ministre de la Justice déclare : "Nous soutenons une municipalité qui a des ambitions pro-famille, qui promeut les familles qui fonctionnent bien (sic), et les combats contre l'idéologie LGBT et de genre, qui est encouragée par la Commission européenne". Il annonce également qu'il doublera sur son budget les subventions qui n'ont pas été perçues.

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Début août, un ministre disait vouloir étendre les zones "sans LGBT" à tout le pays. L'Église polonaise a elle, souhaité mettre en place des "cliniques" pour aider les personnes LGBT+ à devenir hétéro. Ces "thérapies de conversion" sont pourtant quasi-unanimement décriées... sauf par le gouvernement polonais.

 

Crédit photo : Ron Przysucha/ Public Domain


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