L’Église polonaise souhaite des « cliniques » pour « aider » les personnes LGBT+ à devenir hétéro

L'épiscopat polonais a pris position pour la création de cliniques pour "aider les personnes qui veulent retrouver leur orientation sexuelle naturelle". L'Église qualifie les LGBT+ comme "une force morale et culturelle de transformation" de la société.

L'épiscopat polonais a officiellement pris "position sur la question des LGBT+". Pendant trois jours, jusqu'à ce dimanche 30 août, l'Église polonaise était réunie au sein de la Conférence épiscopale polonaise. Les instances religieuses devaient discuter de la manière d'enseigner le catéchisme à l'école publique et la réponse de l'Église aux abus sexuels sur des enfants, indique Notes of Poland.

Dans un document de 27 pages (en polonais), l'Église affirme que les personnes LGBT+ doivent, comme tout le monde, avoir droit au respect. Pour autant, cela "ne veut pas dire accepter leur vision sans la critiquer". Le "mouvement LGBT" est considéré comme "une force morale et culturelle de transformation qui habitue la société à des comportements qui étaient moralement répréhensibles jusqu'à récemment".

L'Église appelle donc à la création de "cliniques pour aider les personnes qui veulent retrouver leur orientation sexuelle naturelle".  Ces pseudo-cliniques sont censées aider les personnes à comprendre que leur sexualité est "un symptôme de blessures à plusieurs niveau de leur personnalité" et accompagner à "retrouver une identité saine et une harmonie spirituelle". De telles "thérapies de conversion" sont pourtant décriées par la communauté médicale. Elles sont inefficaces, dangereuses et ont été interdites par de nombreux pays. Le document reconnaît que ce plaidoyer est "en contradiction avec les positions dites scientifiques (sic) et le soit-disant 'politiquement-correct'".

A LIRE AUSSI : "On a tenté de me convertir à l'hétérosexualité" : Benoît raconte l'enfer des thérapies de conversion 

Rejet de "l'auto-détermination du genre"

L'Eglise polonaise a toutefois condamné les violences contre les personnes LGBT+. "L'exigence du respect de toute personne, y compris celles qui s'identifient comme LGBT+, est entièrement correcte, et un État démocratique régi par l'État de droit devrait s'assurer qu'aucun des droits fondamentaux de ces personnes n'est violé", détaille le document. "Tout acte de violence physique ou verbale, toute forme de comportement voyou ou d'agression contre les personnes LGBT+ est inacceptable", poursuit-il.

À LIRE AUSSI : Qui est Rémy Bonny, le militant qui fait avancer les droits des personnes LGBT+ en Europe

Mais les évêques ont aussi insisté pour que les droits fondamentaux des personnes LGBT+ n'incluent rien qui soit "clairement contraire à la nature humaine et le bien commun (comme les relations de même sexe ou l'adoption d'enfants par de tels couples)". Ils rejettent également "le droit à l'auto-détermination du genre sans référence à un critère objectif comme le génome et l'anatomie". Ils dénoncent "la séparation radicale entre le sexe biologique et le genre culturel".

L'Église, très puissante et très proche du pouvoir en Pologne, insiste aussi pour dire que la communauté LGBT+ doit, "en retour", respecter "les droits des autres membres de la société, notamment leur foi, les principes moraux et l'ordre public". Ce passage fait référence à l'arrestation de trois militants qui ont été arrêtés après avoir recouvert des statues de Varsovie de drapeau arc-en-ciel (dont une du Christ). La police leur la reproché une "offense aux sentiments religieux". Des manifestations pro- et anti-LGBT+ se sont fait face Varsovie début août.

À LIRE AUSSI : Pologne, un ministre veut étendre les « zones sans LGBT » à tout le pays

Où est la Commission européenne ?

Face à ces déclarations, le député européen (Renew) et ancien Premier ministre Belge Guy Verhofstadt en a appelé à la Commission européenne. "Réduire brutalement au silence les protestations, tolérer des zones "sans-LGBT" et maintenant, encourager les thérapies de 'ré-éducation'... Le gouvernement polonais avance dans son agenda anti-gay. Où est Ursula Von der Leyen (la présidente de la commission européenne, ndlr) ? Les valeurs de l'Union européenne doivent non seulement protéger la communauté LGBT+ mais chacun d'entre-nous !". En août, la commission européenne a refusé de subventionner le jumelage de six communes qui se sont déclarées "sans LGBT", mais le gouvernement polonais leur a accordé son soutien financier, pour compenser les pertes.

Plusieurs pays interdisent les "thérapies de conversion". La députée LREM Laurence Vanceneubrock souhaite qu'enfin, la France interdise de telles pratiques qui a des conséquences dramatiques sur les personnes "aidées". Le Refuge, qui vient en accompagne les jeunes LGBT+ dit recevoir une dizaine d'appels de détresse chaque mois à cause de ces "thérapies" qui sont en augmentation. Malte est le premier pays de l'Union européenne à en avoir entériné l'interdiction. L'Allemagne et l'Albanie ont entamé le processus législatif pour faire de même, tout en limitant la législation aux seuls mineurs. En 2017, l'Église d'Angleterre a déclaré que les "thérapies de conversion" étaient "discréditées" et "théologiquement malsaines", qu'elles représentent une forme "d'abus" et a appelé le gouvernement à les interdire.

À LIRE AUSSI : Au moins dix États dans le monde veulent interdire les « thérapies de conversion »

 

 

Crédit photo : Capture d'écran Youtube / Biuro Prasowe Konferencji Episkopatu Polski


Sur le même sujet

TÊTU
TÊTU La crème
de l'actualité LGBT
Toutes les semaines, dans votre boite mail