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Constance Joly a reçu le prix du livre Orange pour "Over The Rainbow"

Culture

Constance Joly, prix du livre Orange : « Je voulais en finir avec la honte qui a entouré le sida »

Crédit photo : Fanny Chesnel

Dans Over The Rainbow, prix Orange du livre, la romancière Constance Joly retrace le chemin parcouru par son père gay pour vivre son homosexualité et dépeint sans fard la violence de la maladie qui l’a emporté à 53 ans, en 1992.

[Mise à jour, 16.06.2021] Constance Joly a reçu ce mercredi 16 juin le prix Orange du livre 

Constance Joly est entrée en littérature en 2019 avec son premier roman, Le matin est un tigre. Salué par la critiquece galop d’essai mettait en scène une adolescente atteinte d’un symptôme étrange : un chardon poussait à l’intérieur de sa poitrine… L’auteure poétisait-elle une douleur cachée ? Evoquait-elle, sans pouvoir l’affronter, l’épreuve qui lui a volé ce père tant aimé dont elle était la fille unique ?

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« Même si ce livre parlait d’autre chose, je pense que j’ai inconsciemment métaphorisé sa maladie. Et je me suis aperçue que la représentation du VIH ressemblait étrangement à cette plante épineuse. » Constance avait 23 ans à la mort de Jacques. Depuis, elle a construit sa vie professionnelle dans le monde des Lettres. Comme éditrice et responsable de collection pendant deux décennies. Comme conseillère et agent littéraire* aujourd’hui.

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TÊTU : Qu’est ce qui a motivé l’écriture de ce livre ? 

Constance Joly : J’avais envie de présenter mon père. Au monde, à mes trois enfants et à mon mari qui ne l’ont pas connu. C’est une joie de le faire et je suis très émue de son exposition.  Je souhaitais qu’on voit son visage et je voulais le porter haut. C’est un homme qui, comme tous les homosexuels de son époque, a beaucoup souffert de discriminations, y compris au sein de sa propre famille. Dès le premier chapitre, je raconte la violence folle qui s’est plantée en moi, en 1998, lors de la visite d’une amie que je n’avais pas vue depuis dix ans. Au moment de repartir, elle m’a demandé des nouvelles de mon père, elle avait oublié qu’il était mort. Je peux totalement comprendre une telle bourde, mais il y a eu ces phrases et la façon dont elle les a appuyées : « Oui, je me souviens, il a fait partie des vieux homos qui sont morts les premiers ».

Quand j’ai refermé la porte ce jour-là, un sentiment de dégoût, de honte m’a assaillie et, avec lui, la volonté de restaurer quelque chose, de contrer l’ignominie de ces mots, d’en trouver d’autres. Sa vie, ce n’était pas cela, c’était l’inverse, il était un modèle de joie et je voulais retrouver son récit à lui, cheminer vers lui… Je salue son courage et l’héritage très fort qu’il m’a transmis : celui d’assumer son identité. A travers son exemple, je voudrais dire à ceux qui n’osent pas qu’ils doivent suivre leur désir : même si ça ne fait pas que du bien, c’est la seule voie possible. C’est aussi un hommage à ma mère qui, malgré tout, a su préserver intacts son amour et son admiration pour lui. 

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