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La Hongrie sombre dans l’homophobie d’État, l’UEFA bégaye et l’Europe peine à agir

L'Union européenne peine à protéger les personnes LGBTQI+ persécutées en Hongrie

Face au tollé provoqué par le refus de l'UEFA de pavoiser le stade de Munich aux couleurs de l'arc-en-ciel pour le match de l'Euro Allemagne-Hongrie ce mercredi soir, les dirigeants européens ont dû réagir vite. Reste à agir, face à la montée de l'homophobie d'État en Europe de l'Est.

"Aujourd'hui, l'UEFA est fière de porter les couleurs de l'arc-en-ciel", a déclaré ce mercredi 23 juin l'instance organisatrice de l'Euro 2021 de football, après avoir repeint son logo aux couleurs du drapeau LGBT. Tentant de rattraper le fiasco de com' de la veille, quand la même UEFA a opposé une fin de non-recevoir à la ville de Munich (Bavière) qui, recevant ce mercredi soir le match Allemagne-Hongrie, voulait pavoiser son stade aux mêmes couleurs de l'arc-en-ciel, en soutien à la communauté LGBTQI+ dans le pays de l'Europe de l'Est. Là-bas, une loi nouvelle homophobe vient d'être votée, sous le prétexte d'interdire la "promotion de l'homosexualité" auprès des mineurs.

Par un cas d'école de l'effet Streisand, le "nein" de l'UEFA aux Bavarois a mis un sacré coup de projecteur sur le sujet. L'organisation a été conspuée par une bonne partie de l'opinion publique, poussant les dirigeants européens à monter rapidement au créneau. "La Hongrie n'est jamais allée aussi loin", reconnaît auprès de TÊTU Clément Beaune, le secrétaire d'État en charge des sujets européens. "C'est un sujet de vive préoccupation", nous souffle une source à l'Élysée. "Une honte", renchérit Ursula von der Leyen, la présidente allemande de la Commission européenne, devant la presse à Bruxelles avant un rendez-vous ce mercrdi avec Emmanuel Macron.

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Un manque de volonté politique ?

"S'il y avait une véritable volonté politique, il faudrait quelques jours à la Commission pour lancer une procédure d'infraction. Nous allons voir à quel point la commission s'engage", rétorque auprès de TÊTU Terry Reintke, eurodéputée allemande et coprésidente de l'intergroupe LGBTI à Bruxelles. Au cours de sa conférence de presse, Ursula von der Leyen a dit évaluer cette possibilité, s'engageant : "J'emploierai tous les pouvoirs de la Commission pour garantir les droits de tous les citoyens de l'UE, où qu'ils vivent". En février dernier, déjà, la commissaire européenne à l'Égalité assurait à TÊTU : "Nous regardons de très près ce qui se passe sur le terrain. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour attirer l'attention et alerter sur ce qui ne fonctionne pas. Nous refusons de financer des projets qui vont à l'encontre de nos valeurs". Tout en reconnaissant que "beaucoup de choses tiennent aux États".

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Dans l'entourage d'Emmanuel Macron, les mots sont nets ce mercredi. "Il y a besoin d'une explication entre chefs d'État sur le sujet. Il est difficile de poursuivre un projet commun lorsqu’on a des visions si différentes du respect et de la tolérance pour une partie de nos concitoyens", dit une source. "Il est très probable" que le sujet soit abordé lors du conseil européen des jeudi et vendredi 25 juin, ajoute-t-on. Clément Beaune admet : "Il y a dix ou vingt ans, on ne pensait pas que des pays rejoignant l'Union voudraient revenir sur ses valeurs. Nous devons renforcer la digue et les outils de défense des principes fondamentaux".

Des leviers nationaux

Il existe bien un outil de pression, budgétaire : la conditionnalité de l'État de droit, négociée l'été dernier avec l'accord de relance européen de 750 milliards d'euros, entrée en vigueur le 1er janvier 2021. En clair, si un pays prend des mesures anti-démocratiques, il peut se voir refuser ses financements européens. Des sommes dont sont particulièrement dépendants les pays de l'Est de l'Union. Problème : "Le mécanisme n'intègre pas encore la lutte contre les discriminations", nous indique Clément Beaune.

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Alors, l'Europe va-t-elle à nouveau se montrer impuissante face au recul évident de l'un de ses membres sur ses valeurs d'inclusion et de respect des personnes LGBTQI+ ? Une frilosité que ne comprend pas Sébastien Tüller, responsable des questions LGBTI chez Amnesty International. "Certes, beaucoup de procédures européennes sont difficiles à actionner. Mais les États peuvent individuellement prendre des sanctions financières ou au moins politiques", souligne-t-il. Par exemple, "le gouvernement aurait pu apporter son soutien en se déplaçant au procès des militantes poursuivies pour avoir orné la Vierge des couleurs de l'arc-en-ciel en Pologne. De même, les dirigeants européens pourraient se déplacer physiquement à la Pride de Budapest, le 24 juillet prochain".

"Je n'exclus pas d'y aller, je me rendrai en tout cas bientôt à Budapest", nous assure Clément Beaune, par ailleurs ouvertement gay. Pas sûr néanmoins que la Marche ait lieu cette année, justement… Remy Bonny, directeur exécutif de Forbidden Colours, ONG de défense des droits LGBTQI+ en Europe, craint en effet que la dernière loi votée par la majorité de Viktor Orban n'empêche les militants de manifester. "Le texte devait initialement être débattu en septembre mais le gouvernement a accéléré. La Russie a déjà utilisé sa loi 'anti-propagande' pour interdire une marche des Fiertés... Cela expliquerait pourquoi Viktor Orban est aussi pressé." Les dirigeants européens eux ont le temps.

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Crédit photo : Lukasz Kobus/Commission européenne


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