Le maire communiste de Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, dénonce des "menaces motivées par des arguments fallacieux traduisant l'obscurantisme" d'une minorité d'habitants qui ont obtenu la censure du film Barbie, de Greta Gerwig.
Barbie trop libre et Ken trop gay ? C'est ce qu'estime un groupe de jeunes de Noisy-le-Sec, en Seine-Saint-Denis, qui a réussi à faire pression pour empêcher une projection en plein air et gratuite du film Barbie, carton populaire qui avait réalisé 1,4 milliard de dollars de recettes en 2023. Menaçant les agents du festival "Les estivales de Noisy" qui l'avait programmé, la groupuscule a obtenu du maire communiste, Olivier Sarrabeyrouse, l'annulation de la séance prévue à 21h ce vendredi 15 août.
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"Entre une dizaine et une quinzaine d'individus ont encerclé les agents" du festival afin de les intimider verbalement, rapporte l'élu. "Si vous installez, on démonte tout et on met un terme à votre séance", auraient-ils menacé, accusant Barbie de constituer "une apologie de l'homosexualité" et "une atteinte à l'intégrité de la femme", rapporte encore le maire. Il faut croire qu'il ne l'ont pas vu : de fait, le long-métrage de Greta Gerwig est une critique ouverte du patriarcat, mais qui reste étonnamment corsetée dans un cadre hétéronormatif.
Plainte du maire de Noisy-le-Sec
Tout public, le film avait pourtant été sélectionné par les habitants de la commune, plébiscité notamment par ceux du quartier du Londeau où il devait être projeté. "C'est une forme de censure morale", dénonce Olivier Sarrabeyrouse. "Ces menaces ont été motivées par des arguments fallacieux, traduisant l’obscurantisme et le fondamentalisme instrumentalisés à des fins politiques" d'une "extrême minorité de voyous, qui, sans doute, n’a pas vu le film", développe le maire de Noisy-le-Sec sur sa page Facebook, sans plus de précisions, annonçant avoir déposé plainte pour mise en danger des agents du service public et menaces.
L'affaire a fait réagir le ministère de la Culture, qui a déposé une plainte pour entrave à l'exercice de la liberté de diffusion de la création artistique. "Encore une atteinte grave à la programmation privant familles et enfants d'une activité culturelle. Depuis un an, j'ai pris des mesures fermes contre ces atteintes graves devenues une nouvelle forme de délinquance", a déclaré sur X (Twitter) la ministre, Rachida Dati (LR). Son collège de l'Intérieur, Bruno Retailleau (LR), a abondé sur BFMTV : "En France, il n’y a pas de police des mœurs et de la vertu. Ces pressions d’une minorité violente qui veut hallaliser l’espace public ne sont pas acceptables."
Indignation de LR à LFI
À gauche également, Aurélie Trouvé, députée LFI-NFP de Seine-Saint-Denis, s'est indignée sur X : "Ce sont encore une fois les familles et les enfants, qui ne partent pas en vacances, qui sont privés de ces moments précieux de convivialité et de culture durant l’été. Je tiens à exprimer tout mon soutien au maire, qui a décidé de porter plainte, ainsi qu’aux agents municipaux qui ont été menacés. La culture doit rester un outil d’émancipation, d’unité et d’ouverture pour toutes et tous. Elle ne peut être confisquée."
Pour la sénatrice (LR) Valérie Boyer, "des intégristes religieux islamistes exercent un contrôle social fort et efficace", et "le maire PCF se soumet aux pressions d’un 'groupe agressif." Réponse de l'intéressé : "Je n'ai pas cédé à une pression, j'ai agi en tant que maire responsable pour la sécurité des agents et des familles." Et Olivier Sarrabeyrouse de fustiger "une manipulation bassement politicienne d’une poignée dont l’objectif principal est d’entraver la réussite de nos actions municipales", et ce à moins d'un an des prochaines échéances municipales.
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Crédit photo : Selcuk Acar / Anadolu Agency via AFP