mondeTraque anti-LGBT au Sénégal : 71 homos renvoyés en procès, 8 lesbiennes arrêtées

Par Romain Siraut le 10/08/2026
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La justice sénégalaise a abandonné les accusations de transmission du VIH visant 99 hommes arrêtés depuis février, mais 71 d'entre eux seront bien jugés pour homosexualité. Une décision qui s'inscrit dans un contexte de durcissement inédit de la répression anti-LGBT, qui s'étend aux lesbiennes.

C'est une affaire emblématique du durcissement de l'homophobie d'État au Sénégal. La justice dakaroise s’est prononcée ce vendredi 7 août sur le sort de 99 hommes arrêtés depuis le mois de février pour homosexualité et poursuivis pour "actes contre nature", "association de malfaiteurs" et "mise en danger de la vie d'autrui". Le parquet a annoncé que 28 d'entre eux bénéficiaient d'un non-lieu total. Parmi eux figure notamment un ressortissant français arrêté le 14 février. Les 71 autres sont renvoyés devant le tribunal correctionnel de Dakar.

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Tout part de 12 arrestations menées début février à Dakar. Parmi les interpellés figurent deux personnalités connues du public sénégalais : Cheikh Ahmed Tidiane Diallo, dit "Pape Cheikh", animateur de télévision, et Djiby Dramé, artiste et chanteur. Tous sont accusés d'"association de malfaiteurs", "actes contre nature avec transmission volontaire du VIH/Sida" et "mise en danger de la vie d'autrui". En quelques jours, l'affaire se transforme en feuilleton médiatique national. Plusieurs médias publient alors les noms des personnes arrêtées et détaillent leur statut sérologique, SeneNews allant jusqu'à titrer : "Affaire Pape Cheikh Diallo : les quatre derniers interpellés sont porteurs du VIH".

Une traque hors norme

Le 24 février, alors que le dossier fait les choux gras de la presse homophobe, Ousmane Sonko, alors Premier ministre, annonce devant l'Assemblée nationale qu'il portera, comme promis durant la campagne présidentielle, un projet de loi durcissant la répression de l'homosexualité. Adopté le 11 mars puis promulgué par le président Faye, le texte porte la peine encourue pour homosexualité jusqu’à dix ans de prison. S'ensuit une multiplication des interpellations dans le dossier "Pape Cheikh". La traque change alors d'échelle. Par une exploitation systématique des téléphones saisis, la police arrête en tout 99 personnes. Saliou Mbaye, tiktokeur populaire connu sous le pseudonyme "Zale", est lui aussi arrêté, alors qu’il s’apprêtait à fuir vers la Gambie voisine.

Dans ce climat de surenchère homophobe, le VIH permet aux autorités d'entretenir un amalgame entre homosexualité et "mise en danger de la vie d'autrui". Au terme de six mois de procédure, la justice dakaroise a néanmoins conclu à un non-lieu, "faute de preuves", pour l'ensemble des 99 hommes concernant ce chef d'accusation et celui de "transmission volontaire du VIH-Sida". L'un des principaux fondements du dossier s'effondre donc, sans remettre en cause les poursuites pour "actes contre nature". Le procureur, qui a fait appel de la décision, réclame toujours que les 99 hommes soient bien "tous jugés sans exception".

Sur le terrain non plus, la répression ne faiblit pas. Le 30 juillet, à leur tour, huit femmes âgées de 21 à 31 ans ont été présentées au procureur pour "association de malfaiteurs" et "actes contre nature". L’affaire est présentée comme le démantèlement d’un "réseau de lesbiennes actif depuis 4 ans entre Dakar, Mbour et Thiès". Inculpées, les huit femmes ont été placées en détention provisoire.

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Crédit photo : Seyllou / AFP