[Article à retrouver dans le magazine têtu· de l'été] Et si, parmi vos bonnes résolutions de la rentrée, vous pensiez à enfin prendre un rendez-vous chez un proctologue ? Allez hop, sur Doctolib, votre santé anale n'attend pas !
Tout le monde a un trou de balle, c'est la preuve que Dieu nous aime. "Mais tout le monde aura, au moins une fois dans sa vie, un problème d'anus", nous douche le Dr Laurent Abramowitz, proctologue et gastro-entérologue à l'hôpital Bichat-Claude-Bernard, à Paris. Il tient à le rappeler : avoir mal à l'anus, ce n'est ni rare ni honteux, et ça ne concerne pas uniquement les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes (HSH). Cela dit, ces derniers peuvent être plus exposés à certaines infections ou maladies, parfois simplement gênantes, parfois plus graves. "À partir du moment où l'on a des douleurs, des saignements, une boule ou des démangeaisons qui persistent, il faut consulter", insiste le praticien. D'ailleurs, on ne se pose pas autant de questions quand on a mal à la gorge ou au nez… Donc on prend soin de son cucul, et on va voir le procto !
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Il ne faut d'ailleurs pas attendre d'avoir des symptômes, ou de devoir effectuer un dépistage, pour en consulter un. "Si vous vous demandez « pourquoi j'ai mal lors des rapports ? », « quels sont les risques de telle ou telle pratique ? », « faut-il faire des lavements ? », prenez rendez-vous, conseille le Dr Aurélien Garros, proctologue et gastro-entérologue à Lyon. C'est important d'ouvrir la discussion sur ces sujets."
La première fois, c'est comme pour tout, on peut avoir le trac. Afin de trouver un proctologue en qui vous aurez confiance, commencez donc par faire marcher le bouche-à-oreille. "J'ai demandé à mon médecin PrEP et à des amis gays s'ils en connaissaient un, raconte Louis, 39 ans, deux consultations au compteur. Comme ça, tu es sûr qu'il connaît les spécificités d'une sexualité homo." Et si le médecin choisi ne vous convient pas, n'hésitez pas à en changer pour en trouver un qui assurera votre suivi régulier.
Hémorroïdes et fistules
L'anus n'est pas que le palais des délices, loin de là… Le procto pourra repérer dans le vôtre plusieurs causes assez classiques de gêne ou de douleurs. Tout d'abord, il y a les classiques hémorroïdes. Tout le monde en a un jour ou l'autre. Ce sont de petites poches de sang à l'intérieur ou autour de l'anus qui peuvent gonfler, devenir douloureuses et parfois saigner. La fissure anale, elle, est une petite coupure de la peau à l'entrée de l'anus : c'est bénin, mais très douloureux, surtout au moment d'aller à la selle ou lors des rapports anaux. Enfin, la fistule (pour la petite histoire, Louis XIV en a eu une en 1686) ou l'abcès anal sont des infections qui entraînent douleurs, rougeurs et parfois du pus ou des écoulements.
Ça, c'est pour tout le monde, mais par ailleurs les pratiques sexuelles anales exposent plus les HSH à certaines infections ou maladies du canal anal. Ainsi, la gonorrhée (gonococcie), la syphilis ou une chlamydia peuvent provoquer des faux besoins d'aller à la selle, ou des écoulements par l'anus avec du sang ou du mucus. Des pratiques anales non maîtrisées peuvent aussi causer de l'incontinence (fuite de selles ou de gaz). "C'est parfois tabou, et les patients n'osent pas l'évoquer", regrette le Dr Garros.
HPV : des condylomes aux lésions précancéreuses
Et puis il y a les papillomavirus humains (HPV). Il en existe de nombreuses souches. Certaines sont à l'origine des forts disgracieux condylomes, ou "crêtes de coq". Ces petites excroissances de couleur blanche, rose ou grise sont bénignes mais désagréables et contagieuses. Il faut les traiter rapidement, prévient le Dr Aurélien Garros, "car ils peuvent proliférer, et plus ils sont nombreux, plus le traitement est douloureux".
Plus inquiétant, certaines souches de HPV sont à l'origine du cancer de l'anus, qui se manifeste par de petits saignements, des douleurs peu intenses et parfois une petite boule. Si ce type de cancer est rare – "deux patients sur 100 000 par an", précise le Dr Abramowitz –, les hommes gays multipartenaires y sont davantage exposés que d'autres populations moins actives sexuellement. Il est aussi le troisième cancer le plus fréquent chez les hommes vivant avec le VIH, même traités efficacement. C'est la raison pour laquelle il est recommandé à ces derniers, à partir de 30 ans, d'effectuer un dépistage du HPV 16 tous les cinq ans en l'absence de symptômes – celui-ci n'est hélas pas pris en charge par l'Assurance maladie. Si le test est positif, d'autres examens ainsi qu'un suivi sont proposés afin de prendre en charge le plus tôt possible un éventuel cancer. Le Dr Aurélien Garros estime que cette recommandation pourrait être élargie à toutes les personnes sous traitement immunodépresseur.
De manière très précoce, le cancer anal provoque des lésions précancéreuses appelées dysplasies. "Seules 0,8 % des lésions précancéreuses se transforment en cancer et elles peuvent également régresser d'elles-mêmes", rassure le Dr Abramowitz. Les médecins recommandent néanmoins un dépistage régulier, tous les ans ou tous les deux ans, même pour les gays séronégatifs. Cet examen clinique, simple et rapide, chez le proctologue, permettra de traiter rapidement les lésions afin qu'elles n'évoluent pas en cancer.
"Sur les vingt minutes que dure une consultation, j'en consacre plus des trois quarts à poser des questions sur les symptômes, sur l'environnement, sur le transit, etc.", précise le Dr Laurent Abramowitz. Après plusieurs rendez-vous avec un procto, Thibault, 45 ans, a un conseil : "Il faut vraiment parler cash au médecin, ne pas tourner autour du pot, dire exactement ce que tu fais, ce qui t'amène, ne pas avoir honte."
Un examen simple...
Ensuite vient l'examen, qui peut intimider. "Les patients ont parfois peur de confronter le médecin à la présence de selles. Mais d'une part, c'est rarement sale, et d'autre part, une petite trace n'embêtera jamais aucun proctologue, rassure le Dr Aurélien Garros. Il n'y a donc pas besoin de faire de lavement avant la consultation !" Pour pratiquer l'examen, le patient est généralement invité à se placer sur la table en position genu-pectorale, c'est-à-dire à quatre pattes sur les genoux et les coudes – vous avez l'habitude. "Je trouve qu'on voit mieux certaines choses, c'est pour cela que je propose cette position, note le Dr Garros. Mais j'explique toujours pourquoi, tout en précisant qu'il est aussi possible de se placer sur le flanc."
Alors bien sûr, la première fois, ça peut surprendre – imaginez la tête des hétéros… "Moi, cette position ne me dérange pas, d'autant qu'elle ne nécessite pas d'enlever son pantalon mais juste de le baisser un peu, et donc de ne pas découvrir les parties génitales, rapporte Franck, 44 ans, qui est suivi régulièrement en raison de sa séropositivité et de condylomes récidivants. Et puis mon médecin parle d'autre chose pendant l'examen, ce qui le dédramatise." Tous les spécialistes ont en effet leur technique pour détendre l'atmosphère et mettre le patient à l'aise. "Un jour, je suis tombé sur un médecin qui faisait de l'humour pendant l'examen, ce qui a réussi à nettement dissiper ma gêne", se souvient Sylvain, 45 ans et cinq consultations à son actif.
... et rapide
Ensuite – un bon médecin doit vous expliquer au fur et à mesure ce qu'il va faire en s'assurant de votre accord – le proctologue écarte les fesses de quelques millimètres. Parfois cela suffit à établir un diagnostic. Sinon, il introduit l'index puis enfin un petit tuyau appelé anuscope, lubrifié et dont la taille est adaptée à la morphologie et à la pathologie éventuelle de chacun. "Il est plus petit qu'un pénis en érection", précise le Dr Abramowitz.
Ce geste, normalement doux et indolore, permet d'inspecter l'intérieur de l'anus et de repérer notamment des condylomes internes, une petite fissure, des sécrétions au niveau du rectum, une pathologie hémorroïdaire interne, une fissure anale ou un orifice de fistule. Après que le proctologue a retiré précautionneusement l'instrument, l'examen est terminé ! "C'est fait en cinq minutes, et sans aucune douleur. Tu en sors rassuré ou en sachant ce que tu as et comment le soigner, c'est l'essentiel", conclut Fabrice, 30 ans, qui a connu récemment sa première fois chez le proctologue. Alors, les garçons, on se le dit : le procto, c'est comme le gynéco pour les filles, on s'en trouve un qu'on va voir régulièrement, sans se prendre la tête.
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Crédit illustration : Call me George(s)