musiqueSt Graal : "J'ai envie d'écrire l'amour autrement"

Par Tessa Lanney le 08/10/2025
St Graal

Nous avons rencontré St Graal, prince charmant pas toujours sûr de lui qui chante la sérénade pour "Les garçons et les filles" dans son single sorti ce 8 octobre.

St Graal, un nom chevaleresque qui sied parfaitement au chevalier servant au cœur tendre qui le porte, Léo Meynard. Le chanteur de 28 ans originaire d’Angoulême a conquis le public depuis sa forteresse – sa chambre – pendant le confinement. Sur les réseaux sociaux, il joue la sérénade, associe des textes fleur bleue et introspectifs à de l’électro-pop, et ça marche. Ses vidéos TikTok dépassent le million de vues, notamment avec sa composition "Perdu", dans laquelle le jeune homme à l’attitude nonchalante et aux cheveux en bataille dévoile ses doutes, ses craintes et ses insécurités. Son premier EP de six morceaux, Le cœur qui cogne, sorti en 2023, est à son image, empli de romantisme. Il y déclare son amour pour le monde du drag dans "Drag", justement, succombant tour à tout au charme "d’une drag queen en topless" et "d’un drag king en jarretelles".

Sorti en septembre 2024, son premier album, Les Extraordinaires Histoires d’Amour de St Graal, retrace l'itinéraire amoureux d'un cœur d'artichaut. Un concentré de rythmiques club efficaces et de sons qui puisent leurs inspirations dans le rock des années 90 et témoignent de ses heures passées à écouter Green Day. St Graal a depuis maintes fois chanté ses béguins pour les femmes comme les hommes. Sa toute dernière chanson aux rythmes électro-pop, "Les garçons et les filles" exprime avec ce même ton attachant et déconcerté, sa fragilité face aux sentiments qui l'assaillent.

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Écouter St Graal, c’est se plonger dans un teen-movie mielleux comme on aime. En témoigne "Premier baiser", récit des amours adolescentes "tellement palpitantes et secouées par 10 000 dramas. Elles font ressortir le pire comme le meilleur", assure-t-il d’une voix teintée de nostalgie. S’il prend un malin plaisir à nous abreuver d’eau de rose, il twiste le tout à la sauce queer. "J’avais envie d’écrire l’amour autrement, comme je le conçois.", explique-t-il. Comprenez hors des schémas conventionnels, des amours exclusives et hétéros. Son éveil queer, il l'a en tombant par hasard sur le clip "Rock DJ" dans lequel Robbie Williams déambule nu. Il en est tout émoustillé et se rend compte qu’il aime les garçons autant que les filles. La nouvelle passe crème auprès de sa famille, enrichie par deux grands-mères lesbiennes et un papy gay. Il se confie à son meilleur ami qui s’empresse de répandre la nouvelle dans tout l’école. "J’essayais de nier, de me faire tout petit, mais je me faisais souvent frapper sur la gueule." se souvient-il avant de poursuivre après une courte pause : "En parallèle, je regardais la série "Glee" qui me montrait qu’autre chose était possible. Je me suis reconnu dans ces personnages de marginaux et c’était vraiment chouette."

Le chanteur à textes est un grand sensible. "Je n’ai jamais cherché à jouer les durs, à renvoyer une image qui ne me correspondait pas. Je n’arriverai pas à jouer au mec ultra-viriliste qui coche toutes les cases de la masculinité toxique", assume le chanteur. Bien que sa douceur l’ait parfois desservi, il est d’avis qu’il faut l'entretenir. Il développe ainsi dans ses chansons des thèmes comme la confiance en soi, les complexes ou la santé mentale… Avec "Oversize", il entame un dialogue difficile avec son corps : "J'ai pas confiance en moi / En mon amour oversize / Y'a comme un conflit / Entre moi-même et mon corps / Parfois c'est le love / Parfois c'est un désaccord." À travers sa musique, il fait passer le message que "c’est ok de ne pas s’aimer tout le temps, en particulier quand on est matraqués par des images de corps parfaits à longueur de temps. Les gars, dites-le que ça vous fait du mal, que vous n’êtes pas à l’aise."

Sentiments et testostérone ne font pas toujours bon ménage

Dans la communauté gay, le culte du corps l’enquiquine. Les gym queens qui se la jouent mâles alphas blasés, très peu pour lui. "Ça s'la joue mec fort / Viril à la mort / Ça veut faire du sport / Victime de son corps", raille-t-il dans "Playboy". Le grand romantique a essayé de se frayer un chemin sur Grindr, mais a rapidement été rebuté par ses rencontres. "Je suis tombé sur pas mal de gars très virils, explique-t-il, exaspéré. Du genre 'masc for masc' qui me complimentaient sur le fait que je n’avais 'pas l’air d’un petit pédé'." Outre ces mésaventures, il a surtout eu du mal à tisser des connexions profondes avec des garçons réticents à toute forme de vulnérabilité. "Playboy" s’inspire d’ailleurs de son expérience de plans cul qui n’assument pas leurs sentiments. "Les relations gays aussi sont marquées par le virilisme, ce truc de faire le mec insaisissable, détaché", souffle-t-il Un comportement qu’il illustre dans un clip qui prend place dans des vestiaires, alors qu’il chante d’un ton posé, la tête sur les genoux d’un daddy bodybuildeur : "On s'embrasse que dans un lit / On s'adonne / À des plaisirs faciles / Oh Playboy / Ce n'est pas un délit / Si tu m'aimes."

C’est pourtant dans la communauté queer qu’il se sent le mieux. À sa majorité, il pose ses valises à Bordeaux pour étudier à la fac de musique. "C’était un soulagement de pouvoir enfin être moi-même", se souvient-il. C’est dans le milieu drag qu’il trouve sa place, aux côtés de son meilleur pote, alias la drag queen La Maryposa. "Je me suis senti accepté, on m’a fait comprendre que je n’avais pas à correspondre à un quelconque cliché ni à répondre aux attentes des autres, développe-t-il. Ce corps que j’ai tellement détesté, j’ai appris à l’aimer davantage en assistant à des shows drag." Lui-même s’essaye aux talons et aux paillettes, mais est beaucoup plus talentueux aux platines, alors il se cantonne aux DJ sets pendant les cabarets, s’immerge à 100% dans le milieu de la fête et en imprègne son travail. C’est tout son univers et sa bande de copains qu’on retrouve dans le clip de “Drag”. La scène libère. Ça vaut pour les queens, mais aussi pour Léo, qui lorsqu’il incarne St Graal devant un public, se déchaîne complètement. "La scène m’aide de ouf. Elle déclenche quelque chose en moi, je cours, je saute partout… Je n’aurais jamais imaginé ça, confie-t-il. Je me voyais plutôt dans ma chambre, avec un faux micro devant mon miroir et c’est tout. Petit à petit, grâce à la musique, j’ai pu me défaire d’un poids."

La pression du coming out

D’un naturel discret, il fait son coming out public en 2018, via le clip "Violence" dans lequel il roule un gros palot à Maryposa. Il voulait passer le message tranquillement, sans passer par de longs discours. "Quand tu es queer, tout est revendicatif, même quand ce n’est pas ce que tu recherches. Je ne cache pas qui je suis, mais je ne suis pas un porte-étendard parce que ça ne me ressemble pas. L’étape du coming out public peut être compliquée et j’avoue qu’au début, je me suis un peu forcé la main, lâche-t-il gêné. On lui avait déjà reproché de ne pas mettre en avant sa bisexualité et de pouvoir jouir du privilège hétéro. Ce type de pression rappelle celle exercée sur l’acteur Kit Connor, qui joue le rugbyman bi de la série pour ados Heartstopper. Accusé de queerbaiting, il s'était finalement résolu à sortir du placard. "Quand j’ai fait ce coming out, j’ai reçu plein de messages de gros cons auxquels je n’étais pas prêt. C’est toujours un peu complexe pour un artiste de poser ses limites en restant authentique, insiste-t-il. Il ne faut pas oublier la part d’individualité dans le processus. On est les premiers à dire que chacun vit sa sexualité, son genre et ses histoires d’amour."

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Crédit photo : ilanbrk_