[Article à retrouver dans le magazine de l'automne.] Alors que le marché des drogues de synthèse évolue sans cesse et demeure opaque, savoir ce que l'on consomme vraiment est crucial. Réflexe encore trop peu adopté notamment par les amateurs de chemsex, l'analyse des produits permet de prévenir les surdoses et les interactions dangereuses.
"Alerte produit : NEP revendu pour de la 3-MMC." Les annonces comme celle-ci, diffusée sur Instagram par le SPOT Beaumarchais, sont de plus en plus nombreuses et témoignent d’une opacité grandissante concernant les drogues en circulation. Or, consommer de la 3‑MMC qui s’avère être de la 2‑MMC, des cathinones coupées, voire remplacées par un dissociatif ou un opioïde de synthèse, ce n’est pas comme boire du Pepsi à la place du Coca. C’est risquer un bad trip, une surdose et pire.
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"Dans près de 40% des cas, les produits achetés ne correspondent pas à ce qu’ils prétendent contenir, signale Naïra Meliava, directrice générale de l’association Oppelia et membre du conseil d’administration de la Fédération Addiction, où elle est référente sur la question de l’analyse des drogues. C’est particulièrement vrai avec la 2‑MMC, qui est couramment vendue pour de la 3‑MMC, notamment en raison de l’interdiction de cette dernière aux Pays-Bas. Dans un marché de prohibition, il est impossible de savoir ce que l’on consomme vraiment."
Un outil de réduction des risques
Ce marché non officiel est par ailleurs en constante mutation, souligne la Dre Anne Batisse, pharmacienne au Centre d’évaluation et d’information sur la pharmacodépendance-addictovigilance (CEIP-A) : "Dès qu’un produit est interdit, il est remplacé par un autre. Le secteur des cathinones de synthèse, et en général celui des nouveaux produits de synthèse, évolue en permanence. De nouveaux produits arrivent sans cesse, pour lesquels aucune étude n’a été réalisée, ni chez l’animal ni chez l’homme. Ce sont, pour ainsi dire, des produits aux propriétés pharmacologiques inconnues. Autrement dit : le cobaye, ici, c’est vous."
À cette opacité s’ajoutent des dosages aléatoires et des produits rendus visuellement attractifs à des fins marketing. Il devient alors extrêmement difficile de savoir ce que l’on achète réellement. Les effets peuvent donc s’avérer très différents de ceux attendus, avec parfois de mauvaises surprises. "Afin d’éviter les risques psychiatriques, de surdose ou de coma, il est pourtant essentiel que l’usager sache ce qu’il consomme, tant qualitativement que quantitativement, et qu’il s’informe sur les effets pharmacologiques des substances, ainsi que sur leur toxicité, insiste Anne Batisse. L’analyse de produits ne se résume pas à la réduction des risques, mais participe à l’autonomisation des personnes utilisatrices de substances."
Une démarche anonyme et légale
En matière de réduction des risques, faire analyser ses produits avant consommation est un outil aussi essentiel — et un réflexe à acquérir au même titre — que l’emploi d’un matériel à usage unique ou la tenue d’un carnet de prises. "Il faut banaliser le recours à cette pratique et en faire un geste intégré au processus de consommation", martèle Naïra Meliava. Concrètement, il s’agit d’apporter la substance à un point de collecte du réseau Analyse ton prod’ (la liste est disponible sur analysetonprod.fr) pour y faire prélever un petit échantillon (environ 20 mg) à des fins d’examen scientifique.
La procédure, assurée par des associations sans lien avec les autorités, est gratuite, anonyme et parfaitement légale. Depuis 2016, en effet, "l’analyse, la veille et l’information, à destination des pouvoirs publics et des usagers, sur la composition (…) et sur la dangerosité des substances consommées" sont inscrites à l’article L3411‑8 du code de la santé publique comme faisant partie des actions de réduction des risques et des dommages liés à la consommation de drogues.
Et pour y accéder, pas besoin d’habiter une grande ville ou d’être proche d’un laboratoire ! "Il existe un maillage de points de collecte à travers la France, qui organisent l’accueil des usagers, l’analyse et la restitution des résultats", précise Naïra Meliava. Il est même parfois possible de faire tester ses produits sur place lors d’événements festifs comme Solidays, la Fête de l’Huma ou l’Hadra Festival.
Ici, pas de jugement mais des conseils
Selon la méthode utilisée, les résultats sont disponibles en à peine quelques heures ou, au plus, quelques jours. Au-delà de l’analyse elle-même, les usagers bénéficient également d’un accompagnement. Lors de la collecte de l’échantillon, puis de la restitution des résultats, des entretiens permettent de les informer sur les effets et les risques des produits, de même que sur leurs interactions possibles. Et ce, évidemment, sans jugement. "Il ne s’agit pas ici de condamner les usages ni de recommander l’abstinence, rassure Anne Batisse, mais bien de discuter et de rappeler quelques conseils de réduction des risques : bien s’hydrater, manger, commencer par une petite dose, noter ses horaires de prise, etc."
Si vous ne pouvez pas vous déplacer, il vous est également possible d’envoyer un échantillon à tester par courrier via les forums Psychoactif, Psychonaut ou Safe, qui offrent aussi des conseils concrets de réduction des risques. "Nous avons de très bons retours d’expérience de la part des usager·es, ce qui montre à quel point l’analyse des produits est bénéfique et bienvenue", fait valoir Naïra Meliava, en espérant que cette pratique se généralise.
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Crédit illustration : Call me George(s) pour têtu·